Grand Prix d’Angoulême 2010, Hervé Barulea, qui signe Baru (1), est né le 29 juillet 1947, à Villerupt (un bled de la Meurthe-et-Moselle, en Lorraine). Ado dans les années 1960, il découvre le rock`n`roll par l’intermédiaire de juke-box laissés dans les cafés après le départ de militaires américains des bases du coin, quand la France est sortie de l’OTAN. Comme l’auteur de « L’Autoroute du soleil » le déclare pour présenter ce nouveau diptyque : « Le rock`n`roll, ça reste encore et toujours ma réserve d’énergie ! » Dans ce premier volume de 140 pages tendres et drôles, et un brin nostalgiques, Baru s’intéresse à cette « musique du diable » — qui est loin d’être une musique de vieux réservée aux baby-boomers — et à ses icônes qui ont fait vibrer sa jeunesse, et toute sa vie… à travers des anecdotes vécues ou des récits fictifs, évoquant notamment les Rolling Stones, mais aussi les Yardbirds, les Who, Vince Taylor…
Lire la suite...Madagascar ou le Nord-Pas-de-Calais ?
« Tananarive » : le titre de l’album promet Madagascar, mais le lascar qui promet l’Île Rouge peut-il vraiment nous y emmener ? Voire, car celui qui est aux commandes du récit s’appelle Joseph Seigneur, dit Jo, et c’est un voisin d’Amédée Petit-Jean. Ce dernier, 70/80 ans, écoute religieusement les souvenirs que le premier égraine avec un bon sens du récit, du rebondissement, du spectacle…
C’est que Jo en a vécu des vies et des aventures, un peu partout sur la planète, souvent à ses risques et périls. C’est comme ça les guerriers, ça rigole pas ! Son gentil voisin, Amédée, s’abreuve de ces récits rocambolesques. Lui le casanier, ça le fait rêver les déserts, les Caraïbes… Mais Amédée est du genre hypocondriaque, le genre à se protéger de tout et donc à ne pas prendre de risques. Et voilà que ce voisin et ami, coquin de sport, meurt d’une crise cardiaque…
Alors, après la douleur, le notaire à la retraite qu’il est s’interroge tout à coup sur la succession de son ami. Qui va hériter de Jo, né à Madagascar ? Enfin, Madagascar, c’est ce qu’il prétendait ! Dès lors, le road-movie s’installe mais pas du côté de l’Océan Indien, plutôt dans le Nord-Pas-de-Calais où la vérité sortira peu à peu du puits, lentement, péniblement. Pour l’occasion, au grand dam de son épouse, Amédée ressort sa vieille Triumph du garage pour enquêter sur l’hypothétique famille du disparu…
En voiture, imaginant encore son ami à ses côtés, croisant des girafes ou des rinos au bord des rues, Amédée ne recule devant aucune ville : Charleville-Mézières, Maubeuge, Lille, Calais… rien ne lui fait plus peur ! C’est ça un aventurier, ça ne recule pas ! Sous l’œil des zèbres ou des autruches, il fonce ! Et puis il faut bien savoir qui va hériter de la collection des « Aventures de Pinpin » qui trônait aux côtés de Kessel ou de Conrad. Pinpin, c’était pas du fretin, pas le genre Tintin…
Les deux drôles de zèbres qui animent ces pages sont d’une incroyable force et humanité, des personnages de comédies tendres et pittoresques qui en disent long sur les individus et tellement campés par Sylvain Vallée sur ce très beau scénario de Mark Eacersall, maniant le plein et le délié. Tout dans cette histoire souligne que l’ailleurs n’est pas toujours là on l’on croit, pas toujours si loin qu’on croit, que Don Quichotte n’est pas mort et qu’il habite le cœur de tous les humains.
Didier QUELLA-GUYOT ; http://bdzoom.com/author/DidierQG/
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« Tananarive » par Sylvain Vallée et Mark Eacersall
Éditions Glénat (19,50 €) – EAN : 9782344038390












Remarquable critique de M Quella Guyot, à laquelle je souscris à 100%
Album remarquable, que ce soit par le dessin ou le scénario