“ Mortemer ” par Mario Alberti et Valérie Mangin - Editions Soleil (12,90 Euros)
La nouvelle collection « Hanté », dirigée par Christophe Bec, démarre plutôt bien ! Ce label, axé sur les lieux les plus effrayants du monde, fait la part belle à des auteurs venus d’horizons différents mais qui partagent ce goût pour les fantômes et les maisons hantés. Rien d’étonnant, donc, d’y retrouver la scénariste Valérie Mangin qui mêle, avec talent, Histoire (avec un grand H) et fantastique depuis quelques années (« Le fléau des dieux », « Le dernier Troyen », « Petit Miracle », « Luxley », « KGB »…). Elle a choisi l’abbaye de Mortemer (l’un des sites les plus hantés de France !!!) pour développer son intrigue digne des EC Comics des années 1950 : le fils unique de parents retrouvés morts, un soir de Noël, dans le lac de ce domaine effrayant et romantique à la fois, décide d’utiliser les mystères du lieu pour en faire une attraction touristique. Ce héros cynique installe donc à Mortemer une sorte de fête foraine afin de rendre son héritage rentable… Non seulement le scénario, très documenté et très bien agencé, tient tout à fait la route et se révèle passionnant malgré son côté grand-guignolesque (qui est certainement voulu), mais le dessin envoûtant de l’Italien Mario Alberti (« Nathan Never », « Morgana », « Redhand »…) explose littéralement, collant parfaitement à cette ambiance de terreur, tout en rendant très crédibles ces décors fantomatiques.
“ Le tour en caravane : première étape ” par Germain Boudier- Editions Futuropolis (16 Euros)
Germain Boudier est certainement un grand de demain ! Son premier album (« Le Serin est un pigeon comme un autre », paru en 2005 à La Boîte à Bulles et réédité sous une autre forme, pour l’occasion, par ce courageux éditeur) nous avait déjà attiré par sa lisibilité et son atmosphère polar plutôt bien rendue. Ici, marchant sur les traces d’un Pascal Rabaté, il a entrepris de nous montrer cette France profonde que les bobos chers aux Dupuy/Berberian ne doivent pas connaître, à travers les mésaventures d’une bande de copains au volant de l’un des véhicules publicitaires du Tour de France. Entre le dernier p’tit verre pour la route et ceux que nos héros distribuent aux spectateurs de la Grande Boucle pour promouvoir la ville de Surseines (« La ville officielle de la petite reine ! »), nous sommes loin des exploits sportifs et des affaires de dopage : et c’est tant mieux ! Manifestement, Germain Boudier préfère ce qui se passe en coulisses et la « Première étape » de son « Tour en caravane » n’est qu’un prétexte à un superbe road-movie : une belle histoire d’hommes simples, des banlieusards passionnés de cyclisme, certes assez pathétiques, mais jamais méprisables…
“ Le trône d’argile T.3 : Henry, roi de France et d’Angleterre ” par Theo, Nicolas Jarry et France Richemond - Editions Delcourt (12,90 Euros)
Voici l’occasion de saluer comme elle le mérite la récente collection « Histoire & histoires » des éditions Delcourt qui a déjà six séries historiques à son catalogue : il n’y a rien à jeter, un véritable sans faute ! On est loin de ces nombreux albums, simples resucées de succès d’une époque révolue, qui vous tombaient des mains au bout de deux pages et qui ont tué le genre dans les années 1990. Ce passionnant « Trône d’argile » est, sans soute, le plus beau fleuron de ce label dirigé par Grégoire Seguin : l’alchimie scénaristique entre Nicolas Jarry (d’habitude plus ancré dans la fantasy avec « Les chroniques de Magon » ou « Les brumes d’Asceltis ») et l’érudite historienne France Richemond, est une évidence, tellement la narration est fluide et passionnante, tout en nous donnant une grande leçon d’Histoire en nous éclairant, avec intelligence et finesse, sur la guerre de Cent ans : une période bien méconnue mais qui se révèle riche en intrigues, alliances, complots, vengeances et romances. Tous ces affrontements sanglants entre Armagnacs et Bourguignons, alors que le roi d’Angleterre, Henry V, est plus que jamais décidé à s’emparer du trône de France, sont formidablement illuminés par le dessin minutieux et flamboyant (et de plus en plus maîtrisé) de l’italien Théo Caneschi, lequel signe désormais de son seul prénom : voilà une série qu’on devrait prescrire obligatoirement dans toutes les écoles, ceci afin de faire aimer l’histoire aux jeunes générations !
Gilles RATIER