Celles-ci furent bientôt suivies par divers autres courts récits d’ Hiroshi Hirata, sans que le nom de ce dessinateur soit mentionné (comme pour cette « Histoire terrible de Bushido », publiée dans le n°6 de juin 1970, et dont nous vous montrons quelques planches). Il s’agirait d’histoires regroupées sous les titres « Bushidô Muzanden » ou « Retsu Ganki » : réalisées en 1968, elles ont été rééditées, au Japon, en septembre 2005 dans le recueil « The consequence of the broken promise : Hirata Hiroshi Chronologies 1968 ». Hiroshi Hirata fait également partie des premiers auteurs japonais auxquels les éditeurs américains se sont intéressés puisqu’il a vu son œuvre exposée au Comic Convention de Saint Diego, dès 1978, et traduite en langue anglaise, à partir de 1987.
Ce fait historique signalé, dès 2002, par Patrick Gaumer dans son « Guide Totem » sur la BD (chez Larousse) et qui sera confirmé, trois ans plus tard, par le bloggeur David Yukio semble, cependant, parfaitement inconnu de tous les « grands » spécialistes du sujet ! En effet, que ça soit Fabien Tillon dans ses pourtant très intéressants ouvrages au Nouveau Monde (« Les mangas », en 2005, ou « Culture manga », en 2006), Julien Bastide et Anthony Prezman dans leur indispensable « Guide des mangas » chez Bordas, en 2006, ou Rodolphe Massé dans le « Guide Phénix du manga » chez Asuka, en 2006, tous font remonter la première tentative, pour présenter au public francophone des bandes dessinées traduites du japonais, presque 10 ans plus tard (en 1978, et non en 1979 comme c’est écrit dans la plupart de ces ouvrages susnommés), lors de la parution du 1er numéro du Cri qui tue d’Atoss Takemoto, revue trimestrielle qui publia Osamu Tezuka, Takao Saito ou Yoshihiro Tatsumi :
quand ce n’est pas en 1989, avec la revue « Akira » de chez Glénat (en oubliant même les tentatives de Kesselring avec Shotarô Ishinomori, d’Artefact avec Yoshihiro Tatsumi, ou des Humanoïdes associés avec la première version du « Gen d’Hiroshima » de Keiji Nagazawa) comme l’annonce de façon erronée Jérôme Schmidt dans son « Génération manga » paru chez Librio, en 2004. Seul Stéphane Ferrand, dans le récent collectif « Dico Manga », sorti en mars 2008, sous la direction de Nicolas Finet, chez Fleurus, mentionne le fait ; mais il ne cite pas le nom d’ Hiroshi Hirata et se trompe d’une année puisqu’il fait apparaître le manga en France en 1970, dans Budo (cette revue, qui existait depuis 1951, redémarrait au n°1 à chaque début d’année : ce qui peut expliquer les erreurs d’interprétation sur les dates).

Pourtant, le style réaliste, aussi fouillé que dynamique, d’Hiroshi Hirata y est assez reconnaissable : la plupart de ses histoires épiques, à la valeur historique indéniable, ayant souvent pour toile de fond la période d’Edo (1600-1868). Hiroshi Hirata, qui se qualifie lui-même d’excentrique, est même devenu un spécialiste de la représentation des grandes figures des samouraïs à travers le gekiga (genre revendiquant une bande dessinée adulte au Japon). Les éditions Delcourt, via leur partenaire Akata (structure dirigée par Dominique Véret), ont publiés les titres les plus prestigieux de ce mangaka né en 1937 et qui commença à être publié, au Japon, dès 1958 : que ça soit sa plus célèbre série en 6 volumes « Satsuma : l’honneur de ses samouraïs » (qui date de 1977) ou ses récits légendaires de guerriers japonais réalisés pour le Magazine Five de Tokyo : « Zatoïchi » (1965), « L’âme du Kyûdô » (1973) et « Tueur ! » (2005).
Il reste encore pas mal d’œuvres inédites en France de cet artiste, qui est également un maître calligraphe reconnu par ses pairs (il a calligraphié les titres de nombreux mangas et anime japonais comme, par exemple, celui d’« Akira ») : telles son autobiographie « Histoire d’un père » (1990), ses bandes dessinées comiques « Hiroshi Nobunaga sketch comic strip » réalisées pour Leeds (depuis 2007), ou encore « Kuroda san ji ni roku kei » (2003) et « Mother’s Strongman » (2005)… Cependant, Akata et Delcourt ont préféré nous proposer, pendant cette période estivale, « La force des humbles ». Il s’agit d’un recueil de onze courts récits mettant encore en scène des soldats féodaux ayant réellement existé, en proie à un sort cruel, qui incarnent la quintessence de l’esprit du Bushido. Véritable bouffée d’espoir à méditer, ces petites nouvelles graphiques ont été publiées, à l’origine, chez Kodansha (dans la revue Mister Magazine, de 1991 à 1993), à l’exception d’une histoire plus ancienne (datant de 1961) réalisée pour le magazine Mazô.
Comme les démarches patrimoniales, en ce qui concerne les mangas, sont plutôt rares en Europe francophone (à l’exception des éditions de l’œuvre de Tézuka qui, elle, est mise à toutes les sauces), il convient de saluer cette initiative comme il se doit : d’autant plus qu’Akata et Delcourt sortent, simultanément, un autre classique de la bande dessinée japonaise : « Au bord de l’eau » de Mitsuteru Yokoyama (un mangaka au style graphique très proche de celui d’Osamu Tezuka), publié, en 1969, par Ushio Shuppan Publishing.
Invité, en 2007, par le festival d’Amiens et par son éditeur Dominique Véret (qui lui consacre une biographie enfin fiable sur son site : http://www.akata.fr/auteur.php ?id=27), Hiroshi Hirata, séduit par notre pays, a accepté de participer au prochain festival d’Angoulême, dans le cadre des rencontres internationales ; alors, qu’à 71 ans, il ne cesse de travailler, encore et toujours, sur de nouveaux projets…
Gilles RATIER