Attention, attendez-vous à ne pas lâcher les 340 captivantes pages de ce roman graphique addictif, tenant à la fois du thriller, du film catastrophe et de la saga familiale. Prévu à l’origine pour la télévision belge, le récit a été entièrement réécrit pour le support BD, tout en gardant les codes de la série TV… À la suite d’une tempête solaire à l’échelle mondiale, une coupure de courant généralisée s’éternise et entraîne une cascade d’infinis bouleversements. L’habile et puissant scénario de Romain Renard (1) et d’Olivier Tollet, profondément ancré dans l’actualité politique et sociale de la Belgique et de l’Europe, nous permet de suivre le destin croisé de plusieurs femmes et hommes qui tentent de survivre à ce véritable black-out, où la population est aux abois.
Lire la suite...L’ombre des derricks et du Ku Klux Klan…
Emily, l’héroïne de la série « La Venin », reprend sa fuite… Cette fois avec la jeune Claire, qu’elle a délivrée de l’institution (1), et arrive en Alabama : terre des Sudistes. À la fois victime d’un passé lourd et vengeresse exécutant des coupables puissants, elle y défend une femme noire : Susan. Ensemble, elles entrent dans Oil Town, la ville des puits de pétrole tenue par un nommé Drake. Allers et retours entre 1900 et 1890 éclairent encore un peu plus le passé mystérieux d’Emily. Fusillades, défense des opprimés, cavalcades, poursuites et tueries, avec un mystérieux Indien qui veille de loin, sont au menu de la fin du premier cycle.
Échappées des griffes de l’infect révérend, après bien des tribulations, Emily et Claire sont les témoins d’une pendaison d’un père de famille noir par les encapuchonnés du Klan. Elles les mettent en fuite et Susan, qui a tout perdu, les accompagne. Siringo et Horn, comme l’agence Pinkerton, sont toujours sur la piste de la tueuse.
Arrivée à la boue pétrolière d’Oil Town, Emily se présente comme la nouvelle institutrice, puis incite les ouvriers exploités à la lutte pour les droits. Le cruel Drake se devine être la cible d’Emily. Le temps de l’explication est arrivé. Parmi les retours vers le passé de la jeune femme, on assiste soit à des scènes dures avec un alligator, soit à de superbes paysages enneigés en Arizona : des planches totalement maîtrisées.
Les aventures de la fuite et de la vengeance d’Emily sont toujours palpitantes et très bien mises en scène. D’abord par le dessin impeccable (avec encore quelques visages inutilement caricaturaux) qui nous fait découvrir l’ambiance de nuit d’Oil Town, la Floride, l’Arizona sous le soleil ou la neige ou New York et son quartier de la gare très bien rendu.
L’auteur parsème son histoire de propos actuels (et éternels) : la place et le droit des minorités (ici les Noirs), l’exploitation capitalistique, le droit des femmes… On peut s’interroger sur la confusion créée avec le nom Drake : figure historique, inventeur du derrick et mort en 1880. Mais l’essentiel est qu’avec ce tome le cycle participe pleinement, sans reprise ni copie, au renouveau du bon western en BD.
(1) Voir le tome 2 : Emily, toi La Venin, attention aux autres serpents, autrement plus dangereux….
« La Venin T3 : Entrailles » par Laurent Astier
Éditions Rue de Sèvres (15 €) — EAN : 9 782 369 815 884













