Traditionnellement en ce début du mois de juillet, pour la dernière chronique jeunesse avant des vacances méritées, nous vous donnons 20 idées de lectures pour nos chers enfants ; des tout petits aux presque adultes. Pour faire simple, nous vous rappelons dix titres qui nous ont enthousiasmés et dont nous vous avons parlés sur BDzoom.com depuis janvier, auxquels nous ajoutons dix titres récents que nous ne vous avons pas présentés faute de place dans notre rubrique hebdomadaire. En vous souhaitant un bel été et de belles vacances, prenez soin de vous, surtout en période de canicule.
Lire la suite...« Les Irradiés de l’île Longue » : une enquête en sous-marin…
En 1965, le général de Gaulle choisit l’île Longue, dans la rade de Brest, pour y installer la base opérationnelle des sous-marins nucléaires français. Jusqu’en 1996, les ouvriers vont s’exposer sans le savoir à de dangereuses radiations ; un bras de fer est alors engagé contre les responsables militaires du site… La journaliste Carole Collinet décrypte cette affaire très sensible, mise en images par Éric Appéré, un habitué des sujets documentaires évoqués dans les revues Topo et Casiers.
Très régulièrement, la BD reportage et le journalisme d’investigation s’associent pour nous permettre de mieux comprendre des enjeux de société, des thématiques complexes ou de véritables affaires d’État. Ainsi de « Vert de rage : les enfants du plomb » (Sébastien Piquet et Martin Boudot, 2024 ; Prix Eco-Fauve Raja 2025 à Angoulême), « Champs de bataille : l’histoire enfouie du remembrement » (Pierre Van Hove et Inès Léraud, 2024), « Le Paradoxe de l’abondance » (Dominique Mermoux, Vincent Ravalec et Hugo Clément, 2025) ou de « Les Sacrifiés du paradis : enquête au cœur du colonialisme vert » (Chico et Guillaume Blanc, 2026).

La base de l’Île-Longue et un sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE) de la Force océanique stratégique - Archives Ouest-France (Thierry Creux).
Dans le présent album, c’est donc la scénariste Carole Collinet qui s’est saisie d’un sujet lui tenant à cœur. Journaliste pour la presse écrite et France Télévisions depuis 1999, œuvrant notamment à la rédaction brestoise de France 3 Bretagne, elle croise en effet dès 2012 la route des « Irradiés de l’île Longue ». En 2013, elle rencontre un ancien ouvrier de la base : victime d’un cancer, il cherche alors à faire reconnaitre le caractère professionnel de sa maladie. Et il n’est pas le seul… Face à l’inertie politique et à l’obsession du secret de la Grande Muette (l’Armée française), un long combat pour la vérité débute. Carole Collinet, engagée dans une démarche citoyenne et la volonté de faire justice, commence par proposer un scénario de huit planches sur l’histoire des ouvriers de la base nucléaire, à destination de Casiers, une revue brestoise de bande dessinée. De là naitra l’idée d’un roman graphique plus complet.
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Les impressionnants travaux de terrassement laissent apparaître l’emplacement des deux grands bassins de 120 m de long, creusés dans la roche (Photo : Stéphane Jézéq).
Située en rade de Brest (Finistère), sur le territoire de la commune de Crozon, l’île Longue est en réalité une presqu’île, jadis utilisée comme camp d’internement pendant la Première Guerre mondiale. Débutés en 1967, les travaux de la base opérationnelle des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) vont durer cinq ans. Le chantier le plus important d’Europe mobilise 3 500 ouvriers, 300 000 m3 de béton coulés et 6 000 tonnes d’acier, tout en débutant…. par l’expropriation des fermiers qui résidaient sur les lieux. Bassins de radoub, ateliers, bâtiments annexes, bureaux, logements, clôtures et système de surveillance transforment radicalement le paysage, tout en devenant un site hautement stratégique de la Marine nationale. L’un des 11 gérés depuis 2017 par la société Naval Group, dont l’actionnaire majoritaire reste l’État français. Si l’album précise l’historique et les chiffres associés à l’île Longue, retenons ces trois éléments : 2 000 personnes employées dont 600 civils, aucun service de radioprotection avant 1996, 16 missiles de six têtes nucléaires par sous-marin.
Décrivant tant les mécanismes de la dissuasion nucléaire que les témoignages et procédures intentées par les victimes irradiées, les courriers reçus et les bilans des rapports d’études sanitaires, l’ensemble des risques professionnels et la condamnation pénale des fautes commises par le ministère des Armées, sans qu’une reconnaissance officielle par l’État ne soit encore effective, l’album se traduit graphiquement par un style volontiers jeté et faussement naïf. Rendant immédiatement accessibles les tenants et aboutissants de cette affaire, il éclaire cette thématique anxiogène saisissante, appuyée par plusieurs années d’investigation et de recherche de la vérité. Il y a des silences d’État qui font à vrai dire, 30 ans après le dévoilement de manquements graves, autant de bruit qu’une explosion atomique…
Philippe TOMBLAINE
« Les Irradiés de l’île Longue : enquête sur un silence d’État » par Éric Appéré et Carole Collinet
Éditions Dargaud (23 €) — EAN : 9782205214710
Parution 19 juin 2026





















Ca ne vous choque pas, la haute qualité du dessin ?
Pourquoi la bd va mal dont les ventes ne cessent de décroitre ? J’en vois plusieurs raisons : la première concerne le prix beaucoup trop élevé, la deuxième a mon sens et la principale est bien sûr la surproduction : éditeurs qui publient n’importe quoi, des centaines de livres qui ne devraient même pas voir le jour, moins par la qualité du scénario que par la piètre qualité du dessin (et je suis gentil en disant cela) qui vont vendre quelques centaines d’exemplaires et qui iront au pilon rapidement. Et qui les vendent très chers. C’est vraiment prendre les gens pour des cons. De plus des dizaines de nouveaux éditeurs se lancent chaque année dont très peu survivront. On ne s’improvise pas éditeur, dessinateur ou scénariste par un coup de baguette magique. La folie des romans graphiques qui pour leur immense majorité n’ont strictement aucun intérêt, pas tous évidemment mais les meilleurs (je pourrais en citer plein) sont noyés dans la majorité, pratiquement illisibles. D’autres parts, toutes les BD qui viennent de blogueurs sans intérêt toujours auto centrées sur leur petite personne. Mais qu’est-ce qu’on s’en fiche de leur vie sexuelle, de leur petit problème de tous les jours ! Le gens veulent rêver, s’évader .. C’est un peu comme le cinéma français, les fameuses comédies romantiques.. Et qu’est-ce qu’on voit ? Que les BD qui résistent le mieux sont les fameuses bd franco belges et à raison. J’ai acheté pendant 40 ans environ 50 BD par an mais depuis une dizaine d’années, je n’achète plus que 10 ou 15 BD par an, que des valeurs sûres car je sais que je ne serai pas déçu et c’est le cas.
Pour finir, cette BD « Les irradiés de l’île longue » en un exemple parfait de BD que je n’achèterai pas, même si le sujet semble intéressant, mais vous avez vu le dessin ? C’est l’exemple typique de BD que les éditeurs ne devraient jamais publiées.
Patydoc et Pascal, où voyez-vous du dessin ?
Dans l’article, il n’est pas écrit « dessin » mais « mise en images ».
Je n’aime pas uniquement les dessins réalistes ou très léchés, j’ai rien contre un dessin plus lâché ou expérimental, mais là… C’est juste moche. Non seulement le mec ne sait pas dessiner, mais en plus il s’en fout, il dessine un trait pas droit à la main, il se reprend sans effacer ce qui ne va pas, il s’en fout.
Et Dargaud tolère (et publie) ça ?… Y a décidemment plus de boulot éditorial chez les éditeurs (sic) ?…
Marcel: vous avez raison. Moi aussi j’aime bien les dessins moins « lâchés ». Reiser était un génie!, Vuillemin en est un aussi. t Mais il n’ont jamain prétendu faire du dessin réaliste. Gotlib était excellent dans les visages, les expressions portées à leur paroxysme, comme Edika d’ailleurs..Et ils n’étaient pas très bons pour les décors, ce n’était pas le problème. Dans leur domaine c’étaient des très grands. Mais rien à voir avec ce dont on parle. Vous avez raison, Dargaud est tombé bien bas, Pilote reviens!!
Capitaine kérosène:: Voius jouez avec les mots. Que ce soit une bd ou une mise en images, le résultat est le même, c’est simplement mauvais.
Bien sûr que je joue avec les mots. C’était une manière de dire qu’avec cette BD, on n’est clairement pas en présence de dessin mais d’autre chose. Il faudrait inventer un nouveau mot. « Mise en images » a l’avantage d’être neutre : « OK, ce sont des images, ne nous appesantissons pas sur le sujet et passons vite à autre chose », c’est comme cela que je l’interprète.
Bref, je partage vos avis : c’est une honte.
En choisissant cet album, je savais que le dessin allait faire réagir. Mais, ne vous en déplaise, non seulement une bande dessinée ne se juge pas à la « qualité » ou à la « beauté » (très subjective par définition) de son graphisme, mais surtout, encore faut-il arriver vaincre ses a priori pour s’attacher à ce que cet album raconte : car, au final, ce qui fait la force d’un récit, c’est bien souvent le fond, le scénario et la manière dont les choses nous sont dites. Ici, l’intérêt premier, c’est l’enquête, exprimée – avec pédagogie – sous la forme d’un BD reportage. Un dessin faussement naïf, jeté, style dessin de presse, fait parfaitement l’affaire. La « belle image » n’a à vrai dire aucun intérêt pour cet album, que Dargaud a validé car le sujet était par ailleurs inédit.
Relisez enfin ces quelques « innovateurs » en matière de 9e art : Töpffer, Forton, Hergé à ses débuts, Reiser, Bretécher, Luz ou encore, dans un autre genre, Druillet et Bilal. Il n’est pas certain que leurs styles et leurs dessins aient satisfait tous les « puristes » du trait, fanatiques du classicisme franco-belge ! Et pourtant…
Alors, là, non ! Il ne s’agit pas de l’éternel débat des anciens et des modernes, des classiques et des novateurs !
Je suis du coup allé voir ce que le dessinateur est capable de faire par ailleurs et c’est clair : ici, il se fout ouvertement du lecteur. Dans ses autres récits, il y a un coté stylisé, même si parfois maladroit ; ici, il n’essaye même pas de bien faire. Le comparer à du « dessin de presse » est une insulte pour ce dernier.
Et comparer ce dessinateur à de prestigieux débutants est limite malhonnête : il a 20 ans de métier ! Et il a prouvé qu’il savait faire par ailleurs.
Quant au fait de juger que le dessin n’est pas important dans une bande dessinée (sans blague ?), que seule l’enquête compte… Ben autant faire un livre, alors ! Le propos n’en serait pas moins intéressant.
Sauf à considérer que la BD est un moyen d’informer les neuneus qui ne savent pas lire de livre sans image… Ce qui est à nouveau une insulte pour le genre.
Il se trouve qu’Eric Appéré a été jadis… dessinateur de presse et d’humour, ce pendant plus dix ans, pour Ouest-France dans les Côtes-d’Armor. D’où ma référence à ce genre artistique et journalistique. Il a poursuivi ses travaux dans les revues évoquées, dont Topo.
Et ?… Justement, de ce que j’ai pu voir, ses dessins de presse n’atteignent pas ce niveau de hideur.
Cet album précis a un dessin indigne d’un travail pro. Peut-être a cause de deadlines trop courtes, ou juste de la flemme, je ne sais pas, mais le résultat parle de lui-même.
Pourquoi un tel sujet aussi fort doit être traité avec un graphisme aussi indigent (pour rester poli) ?
À 13 ans, je dessinais mieux que ça quand je réalisais de petites planches de bd dans des cahiers d’écolier. Et aucun éditeur sérieux n’aurait imaginé un jour me publier avec ce niveau !
Merci Mr Erik Arnoux (si c’est bien vous ?), vous remettez l’église au centre du village ! Ça fait du bien!
Je lis, respire et vis BD depuis plus de soixante ans, j’en ai fait mon job parce que j’aime plus que tout le (beau) dessin et la narration, comment peut on publier des trucs aussi indigents et les défendre ensuite en essayant d’argumenter et d’y trouver des qualités à « ça » en justifiant le néant ? Tu m’impressionnes, Philippe !
Après, si ça se vend et qu’il y a des gens pour acheter… mais ça donne au grand public une idée désastreuse et totalement dévalorisante de la bd, pensant que finalement n’importe qui peut en faire !
Si le dessin compte pour si peu, pourquoi faire une bande dessinée ? Quand à la « pédagogie », que l’on nous sert à toutes les sauces, c’est bon pour les enfants.
Et pourquoi se faire traiter de puriste, avec guillemets, et fanatiques dès que l’on émet une réserve sur quoi que ce soit. Il n’y a pas de voie du milieu, pas de débat possible ?
Pour ma part, j’apprécie aussi bien Lewis Trondheim que Lee Bermejo (pour ceux qui connaissent), pour prendre deux extrêmes.
Le dessin est une question de cohérence graphique tenue. On éduque aux mots, pas au dessin en dehors des écoles d’art. D’où ce genre d’albums et le raisonnement cynique qui consiste à dire que l’histoire seule compte et que le dessin n’a finalement aucune importance.