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	<title>BDzoom.com &#187; Bernard Joubert</title>
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		<title>Romanini, auteur protéiforme…</title>
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		<pubDate>Sat, 23 May 2020 22:23:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Bernard Joubert</dc:creator>
				<category><![CDATA[Patrimoine]]></category>

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		<description><![CDATA[Giovanni Romanini est mort le 20 mars 2020, à Bologne, à l’âge de 74 ans. Il avait été le principal assistant de Magnus et sa carrière dans la BD populaire fut un mélange des genres typiquement italien : pockets érotiques, personnages Disney, séries Bonelli… L’interrogeant à ce sujet, Bernard Joubert avait préfacé le volume de sa série « Pornostar » chez Dynamite, en 2019. C’est ce texte, enrichi d'images, qu’en guise de nécrologie nous reproduisons ici.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify" align="center">Les lecteurs français ayant une bibliothèque érotique bien constituée connaissent deux albums de Giovanni Romanini : « Les Aventures de la Cicciolina » et « Dodo, la petite pensionnaire », qui datent d’il y a une trentaine d’années. Les plus collectionneurs possèdent des <em>pockets</em> Elvifrance traduisant certaines de ses séries des années 1980. Rarissimes sont ceux qui peuvent, à l’œil, reconnaître sa participation aux BD de Magnus, dont il était l’assistant, il y a un demi-siècle. Et on attend encore l’expert français capable de discourir sur son œuvre non érotique, la plus récente, faite de « Donald » pour Disney et de « Martin Mystère » chez Bonelli.</p>
<div id="attachment_156079" class="wp-caption alignleft" style="width: 260px"><a href="http://bdzoom.com/156078/patrimoine/romanini-auteur-proteiforme%e2%80%a6/attachment/photo-9/" rel="attachment wp-att-156079"><img class="size-medium wp-image-156079" src="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2020/05/photo-250x160.jpg" alt="" width="250" height="160" /></a><p class="wp-caption-text">Magnus (à gauche) et Romanini : des décennies de collaboration.</p></div>
<p style="text-align: justify">Une chose est frappante : quand on interroge Romanini sur sa carrière, aujourd’hui encore, à soixante-quatorze ans (il est né le 27 décembre 1945, à Bologne), il ne cesse de rappeler combien ses débuts auprès de Magnus <strong>(1)</strong> , de six ans son aîné, ont été primordiaux, et un bonheur pour lui.</p>
<p style="text-align: justify">À la fin des années 1960, le jeune Giovanni travaille dans le dessin animé et comme peintre. Il expose ses tableaux dans le salon de coiffure de son père. En les voyant, une cliente fait savoir que, dans le quartier, à deux pas, un dessinateur de <em>fumetti </em>cherche un assistant. Giovanni se présente à l’adresse indiquée et est engagé par Magnus pour l’aider à encrer ses <em>fumetti neri</em>.</p>
<p style="text-align: justify">Les deux voisins travaillent ainsi sur « Kriminal », mettant en scène un malfrat au costume de squelette, puis « Satanik » avec une tueuse à queue-de-cheval et « Alan Ford », une série humoristique tout public : les scénarios de ces trois bandes étant assurés par Max Bunker. La main de Romanini adopte le style de Magnus et, quand ce dernier quitte une série pour se consacrer à d’autres projets, son assistant prend la relève.</p>
<div id="attachment_156081" class="wp-caption aligncenter" style="width: 1191px"><a href="http://bdzoom.com/156078/patrimoine/romanini-auteur-proteiforme%e2%80%a6/attachment/kriminal-voir-legende/" rel="attachment wp-att-156081"><img class="size-full wp-image-156081" src="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2020/05/Kriminal-voir-légende.jpg" alt="" width="1181" height="1759" /></a><p class="wp-caption-text">Tout comme Satanik, Kriminal a été créé par Magnus et repris, entre autres, par  Romanini, ici dans le n° 252, en 1970.</p></div>
<div id="attachment_156080" class="wp-caption alignnone" style="width: 974px"><a href="http://bdzoom.com/156078/patrimoine/romanini-auteur-proteiforme%e2%80%a6/attachment/satanik-voir-legende/" rel="attachment wp-att-156080"><img class="size-full wp-image-156080" src="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2020/05/Satanik-voir-légende.jpg" alt="" width="964" height="1411" /></a><p class="wp-caption-text">Satanik est le personnage qui, peu après Diabolik, a lancé le genre du fumetti neri en Italie : des héros qui sont en fait de dangereux délinquants. Créée en 1964 par Max Bunker au scénario et Magnus au dessin, la série eut quelques continuateurs, dont Romanini, ici dans le n° 201, en 1974.</p></div>
<p style="text-align: justify">Étant à présent reconnu comme professionnel des petits formats pour adultes, de plus en plus érotiques dans les années 1970, puis porno à la décennie suivante, Romanini reprend des personnages existants (Wallestein, la vampire Zora/Zara) ou crée les siens, dans un style qui n’est plus celui de Magnus : la lycanthrope Ulula<em> </em>(en France dans <em>Satires </em>à partir du n° 33), la femme aux prothèses Bionika (dans <em>les Drôlesses</em> à partir du n° 1), la sadique Lady Domina (inédit en France) et, bien sûr, « Pornostar », pour la première fois traduit en français chez Dynamite en 2019.</p>
<div id="attachment_156089" class="wp-caption aligncenter" style="width: 1885px"><a href="http://bdzoom.com/156078/patrimoine/romanini-auteur-proteiforme%e2%80%a6/attachment/ulula-voir-legende/" rel="attachment wp-att-156089"><img class="size-full wp-image-156089" src="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2020/05/Ulula-voir-légende.jpg" alt="" width="1875" height="2823" /></a><p class="wp-caption-text">Ulula n° 15 (Edifumetto, 1982). Cette héroïne lycanthrope, créée par Romanini en 1981, fut traduite en France par Elvifrance dans le pocket Satires.</p></div>
<div id="attachment_156090" class="wp-caption alignnone" style="width: 1347px"><a href="http://bdzoom.com/156078/patrimoine/romanini-auteur-proteiforme%e2%80%a6/attachment/bionika-voir-legende/" rel="attachment wp-att-156090"><img class="size-full wp-image-156090" src="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2020/05/Bionika-voir-légende.jpg" alt="" width="1337" height="1940" /></a><p class="wp-caption-text">La fabrication de l’héroïne Bionika par un savant sosie d’Albert Einstein… Cette série, créée par Romanini en 1984, a été traduite chez Elvifrance dans le pocket les Drôlesses.</p></div>
<div id="attachment_156091" class="wp-caption alignnone" style="width: 979px"><a href="http://bdzoom.com/156078/patrimoine/romanini-auteur-proteiforme%e2%80%a6/attachment/pornostar-voir-legende/" rel="attachment wp-att-156091"><img class="size-full wp-image-156091" src="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2020/05/Pornostar-voir-légende.jpg" alt="" width="969" height="1389" /></a><p class="wp-caption-text">Première page de la série « Pornostar » parue dans le supplément à La Professionista n° 9 (Edifumetto, 1983). Les aventures de cette actrice (fictive) de films X ne seront pas traduites par Elvifrance.</p></div>
<p style="text-align: justify">Romanini garde un excellent souvenir de Renzo Barbieri, l’éditeur d’origine de ces <em>pockets</em>, et nous confie aujourd’hui : <em>« Ma relation avec Renzo était devenue une amitié. Il m’invitait à passer des vacances sur son yacht. Il me payait très bien et il me laissait une grande liberté de création. Quand j’avais l’idée d’un nouveau personnage, il m’a toujours laissé le faire et même d’écrire les scénarios. J’écrivais la dizaine de premiers numéros pour définir la série et puis les scénaristes maison continuaient. Nous nous sommes fréquentés jusqu’à sa mort [en 2007]. Un grand ami ! »</em></p>
<p style="text-align: justify">Pour Barbieri, Romanini réalise aussi des séries non érotiques et humoristiques, inédites en France, comme « La Compagnia della Forca » avec Magnus (l’œuvre étant dûment signée de leurs deux noms) ou « I Ragazzi della 3aB », éphémère série pour ados avec Lucio Filippucci. Ce dernier est un excellent dessinateur de BD érotique (nous avons lu son « Raimbo », en France, dans « Mat-cho », que Dynamite rééditera en août 2020) dont la rondeur du trait est dans la filiation, elle aussi, du maître Magnus.</p>
<div id="attachment_156087" class="wp-caption aligncenter" style="width: 1037px"><a href="http://bdzoom.com/156078/patrimoine/romanini-auteur-proteiforme%e2%80%a6/attachment/la-compagnia-della-forca-voir-legende/" rel="attachment wp-att-156087"><img class="size-full wp-image-156087" src="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2020/05/La-Compagnia-della-forca-voir-légende.jpg" alt="" width="1027" height="1453" /></a><p class="wp-caption-text">D&#039;assistant, Romanini passe à coauteur qui signe à égalité avec le Maître, en 1977, pour cette série humoristique de Magnus, la Compagnia della forca, de format pocket, mais destinée à la jeunesse. Dix-huit volumes parurent, de multiples fois réédités, mais inédits en français.</p></div>
<div id="attachment_156088" class="wp-caption aligncenter" style="width: 565px"><a href="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2020/05/I-Ragazzi-della-3aB-voir-légende.jpg" rel="lightbox[156078]" class="lightbox"><img class="size-large wp-image-156088" src="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2020/05/I-Ragazzi-della-3aB-voir-légende-555x768.jpg" alt="" width="555" height="768" /></a><p class="wp-caption-text">Cette éphémère série pour la jeunesse (six numéros), inspirée d’une série télé, fut surtout pour Romanini et Filippucci l’occasion de bien rire et bien boire durant sa réalisation. Le second avait connu le premier lors d’un stage chez Magnus en 1974, alors que, sortant de l’école, il n’avait encore jamais rien publié.</p></div>
<p style="text-align: justify"><a href="http://bdzoom.com/156078/patrimoine/romanini-auteur-proteiforme%e2%80%a6/attachment/dodo-couverture-voir-legende/" rel="attachment wp-att-156086"><img class="alignright size-thumbnail wp-image-156086" src="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2020/05/Dodo-couverture-voir-légende-150x202.jpg" alt="" width="150" height="202" /></a>À la même époque, Romanini et Filippucci (avec un coup de main, pour l’écriture, d’un ami à eux, Giovanni Ubaldi) travaillent ensemble à un album <em>one-shot</em> que l’agent parisien Luca Staletti vend un peu partout dans le monde : il s’agit de celui consacré à la Cicciolina, qu’ils rencontrent à cette occasion pour recueillir des anecdotes. Publié en France par Média 1000, l’ancêtre de Dynamite, cet album les fait remarquer par les éditions Albin Michel qui ont produit plusieurs albums de Georges Lévis sur scénario de Francis Leroi. Lévis est mort en 1988, après un fameux « Dodo, 13 ans, en présence de sa tante seulement » ayant pour cadre une maison close — décor qui avait déjà inspiré Leroi comme réalisateur, pour « Petites Filles au bordel ». Directement pour le marché français, sur scénario de Leroi, Romanini et Filippucci dessinent une seconde et dernière aventure à la jeune prostituée Dodo, dans un style qui évoque le classicisme de Lévis.</p>
<div id="attachment_156085" class="wp-caption alignnone" style="width: 2387px"><a href="http://bdzoom.com/156078/patrimoine/romanini-auteur-proteiforme%e2%80%a6/attachment/dodo-page-voir-legende/" rel="attachment wp-att-156085"><img class="size-full wp-image-156085" src="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2020/05/Dodo-page-voir-légende.jpg" alt="" width="2377" height="3304" /></a><p class="wp-caption-text">« Dodo, la petite pensionnaire », sur scénario de Francis Leroi. Prenant la suite de Georges Lévis, décédé, Filippucci et Romanini s’efforcèrent de rappeler son style pour raconter l’histoire d’une maison close française à la Libération.</p></div>
<div id="attachment_156092" class="wp-caption alignnone" style="width: 1866px"><a href="http://bdzoom.com/156078/patrimoine/romanini-auteur-proteiforme%e2%80%a6/attachment/cicciolina-page-voir-legende/" rel="attachment wp-att-156092"><img class="size-full wp-image-156092" src="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2020/05/Cicciolina-page-voir-légende.jpg" alt="" width="1856" height="2551" /></a><p class="wp-caption-text">C’est à un festival du livre à Bologne que Romanini et Filippucci rencontrèrent Luca Aurelio Staletti et lui présentèrent leurs planches des « Aventures de la Cicciolina ». L’agent de Magnus et Crepax en vendra les droits dans de nombreux pays — en France à Média 1000, en 1988 (avec une version poche l’année suivante). Réédité chez Dynamite en 2009.</p></div>
<p style="text-align: justify">Après cela, ils s’éloignent de l’érotisme. Ils illustrent des cartes à collectionner pour Panini, mettent en BD la chanteuse Raffaella Carrà… De 1992 à 1995, Romanini est engagé pour dessiner — tenez-vous bien ! — Donald et Picsou dans <em>Le</em> <em>Journal de Mickey</em> italien (<em>Topolino</em>).</p>
<div id="attachment_156084" class="wp-caption alignnone" style="width: 644px"><a href="http://bdzoom.com/156078/patrimoine/romanini-auteur-proteiforme%e2%80%a6/attachment/paperino-voir-legende/" rel="attachment wp-att-156084"><img class="size-full wp-image-156084" src="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2020/05/Paperino-voir-légende.jpg" alt="" width="634" height="855" /></a><p class="wp-caption-text">Un Paperino — c’est-à-dire Donald, en Italien — dessiné par Romanini.</p></div>
<div id="attachment_156095" class="wp-caption alignright" style="width: 195px"><a href="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2020/05/Tex.jpg" rel="lightbox[156078]" class="lightbox"><img class="size-full wp-image-156095 " src="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2020/05/Tex.jpg" alt="" width="185" height="267" /></a><p class="wp-caption-text">Tex vu par Giovanni Romanini.</p></div>
<p style="text-align: justify">Dans le même temps, il assiste de nouveau Magnus sur ce qui sera sa dernière œuvre (mais chef-d’œuvre de méticulosité) : un album spécial, grand format, de 224 pages du cow-boy vedette Tex Willer, « La Valle del terrore » (« La Vallée de la terreur » chez Clair de Lune).</p>
<div id="attachment_156083" class="wp-caption alignleft" style="width: 215px"><a href="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2020/05/Martin-Mystère-voir-légende.jpg" rel="lightbox[156078]" class="lightbox"><img class="size-large wp-image-156083 " src="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2020/05/Martin-Mystère-voir-légende-555x741.jpg" alt="" width="205" height="741" /></a><p class="wp-caption-text">Romanini faisait partie du staff d’auteurs produisant, à tour de rôle, des épisodes de « Martin Mystère » chez Bonelli.</p></div>
<p style="text-align: justify">Magnus lui confie la représentation des chevaux et de certains décors.</p>
<p style="text-align: justify">Et c’est chez l’éditeur de <em>Tex</em>, Bonelli, que Romanini trouve refuge au XXI<sup>e</sup> siècle, étant depuis une vingtaine d’années l’un des dessinateurs de la très populaire série « Martin Mystère », après avoir débuté sur <em>Zona X</em>, un <em>spin-off</em> du détective de l’impossible.</p>
<p style="text-align: justify">Parallèlement, nous raconte-t-il pour conclure, il s’est remis à peindre, comme à vingt ans : <em>« En alternance avec mes BD, je fais des peintures de western, des détrempes sur toiles, ma grande passion. »</em></p>
<p style="text-align: justify" align="right"><strong>Bernard JOUBERT</strong></p>
<p style="text-align: justify" align="right"><strong>(1)</strong> Sur Magnus, voir <a title="Lien permanent vers Roberto Raviola dit Magnus" href="http://bdzoom.com/6230/patrimoine/le-coin-du-patrimoine-bd-roberto-raviola-dit-magnus/" rel="bookmark">Roberto Raviola dit Magnus</a><span style="color: #000000;font-size: 1.8em"> </span>sur <em>BDzoom.com</em>.</p>
<div id="attachment_156082" class="wp-caption aligncenter" style="width: 830px"><a href="http://bdzoom.com/156078/patrimoine/romanini-auteur-proteiforme%e2%80%a6/attachment/peinture-voir-legende/" rel="attachment wp-att-156082"><img class="size-full wp-image-156082" src="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2020/05/peinture-voir-légende.jpg" alt="" width="820" height="574" /></a><p class="wp-caption-text">Ayant assisté Magnus sur son fameux Tex speciale chez Bonelli — travail de plusieurs années —, Romanini a aussi produit des peintures de western pour le plaisir, à la fin de sa vie.</p></div>
<div id="attachment_156183" class="wp-caption alignnone" style="width: 1164px"><a href="http://bdzoom.com/156078/patrimoine/romanini-auteur-proteiforme%e2%80%a6/attachment/romanini-1-1/" rel="attachment wp-att-156183"><img class="size-full wp-image-156183" src="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2020/05/Romanini-1-1.jpg" alt="" width="1154" height="1590" /></a><p class="wp-caption-text">Le Martin Mystère de Romanini.</p></div>
<div id="attachment_156096" class="wp-caption alignnone" style="width: 970px"><a href="http://bdzoom.com/156078/patrimoine/romanini-auteur-proteiforme%e2%80%a6/attachment/giovanni-romanini/" rel="attachment wp-att-156096"><img class="size-full wp-image-156096" src="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2020/05/giovanni-romanini.jpg" alt="" width="960" height="1280" /></a><p class="wp-caption-text">Une planche originale de Giovanni Romanini.</p></div>
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		<title>Hodges le magicien disparaît&#8230;</title>
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		<pubDate>Mon, 25 Feb 2019 23:00:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Bernard Joubert</dc:creator>
				<category><![CDATA[Patrimoine]]></category>

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		<description><![CDATA[«<em> Disparition de James Hodges </em> », le 3 février dernier, serait-on tenté de titrer. Mais il y aurait ambiguïté. Féru d'illusionnisme, le dessinateur aurait pu disparaître d'un côté d'une scène pour réapparaître de l'autre. Disparition sans trucage, faudrait-il préciser.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_139781" class="wp-caption alignleft" style="width: 202px"><a href="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2019/02/01-photo_Hodges_congres_Tours_1995.jpg" rel="lightbox[139659]" class="lightbox"><img class="size-full wp-image-139781         " src="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2019/02/01-photo_Hodges_congres_Tours_1995.jpg" alt="" width="192" height="281" /></a><p class="wp-caption-text">James Hodges au congrès national des magiciens, en 1995 (photo B. Joubert).</p></div>
<p style="text-align: justify;">À plus de 90 ans, Hodges illustrait encore des explications de tours de magie, la passion de sa vie et le domaine dans lequel il était devenu depuis longtemps la signature de référence. Mais ses quelque soixante-dix ans de carrière dans le dessin populaire l&#8217;avaient amené à travailler pour bien d&#8217;autres publics : couvertures de romans, pochettes de disques, boîtes de jeux, pin-up, bandes dessinées érotiques&#8230; Les éditeurs de revues sexy et de romans de gare ne commandaient pas une illustration à James Hodges, mais cinquante, cent, à réaliser sans attendre. Et pourtant, la vitesse d&#8217;exécution ne mettait jamais à mal l&#8217;aisance avec laquelle il abattait ces travaux alimentaires. Il n&#8217;existe pas un dessin de Hodges raté, même le plus torchonné. Tous attestent de la souplesse de sa main qui traduisait sur le papier son amour pour la danse, et son style est reconnaissable sans coup férir, quand bien même il varia les techniques, du réaliste à l&#8217;humoristique.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour lui rendre hommage, voici une interview que j&#8217;avais réalisée en compagnie de Jean-Pierre Bouyxou pour <em>Le Collectionneur de bandes dessinées</em> n° 68, à l&#8217;automne 1991, que j&#8217;ai complétée de précisions en légendes.</p>
<div id="attachment_139703" class="wp-caption alignright" style="width: 207px"><a href="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2019/02/02-programme_19521.jpg" rel="lightbox[139659]" class="lightbox"><img class="size-full wp-image-139703  " src="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2019/02/02-programme_19521.jpg" alt="" width="197" height="252" /></a><p class="wp-caption-text">Programme d&#39;un spectacle en 1952.</p></div>
<p style="text-align: left;"><strong>James Hodges, c&#8217;est votre vrai nom ?</strong><strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong></strong>Oui. Je suis né en France, en 1928, mais le gros de ma famille est d&#8217;origine anglaise. Ça m&#8217;a d&#8217;ailleurs valu d&#8217;être arrêté pendant l&#8217;Occupation. Et j&#8217;ai perdu une partie de ma famille dans les camps. J&#8217;ai toujours vécu en milieu artistique. Mon père faisait un peu de magie en amateur et je me suis passionné tout jeune pour l&#8217;illusionnisme et la ventriloquie. Il était tapissier décorateur et ma mère avait aussi travaillé dans la décoration. Quand on a été libérés, ma mère et moi, il a fallu gagner notre croûte. C&#8217;était encore l&#8217;Occupation, elle n&#8217;avait pas le droit de travailler. J&#8217;avais treize ans. Il y a des artistes qu&#8217;on connaissait qui ont dit : « Tu pourrais aller faire des séances au noir dans des salons. » Et j&#8217;ai commencé la magie et la ventriloquie dès treize ans pour qu&#8217;on survive. Mais, en fait, j&#8217;ai toujours voulu être danseur. Je le regrette encore aujourd&#8217;hui. J&#8217;ai travaillé longtemps dans ce milieu. J&#8217;ai illustré des livres sur la danse, j&#8217;ai suivi des tournées.</p>
<div id="attachment_139705" class="wp-caption alignleft" style="width: 336px"><a href="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2019/02/04-ballet_1964.jpg" rel="lightbox[139659]" class="lightbox"><img class="size-full wp-image-139705  " src="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2019/02/04-ballet_1964.jpg" alt="" width="326" height="490" /></a><p class="wp-caption-text">Décors et costumes pour le ballet E=MC2 du chorégraphe Joseph Lazzini à l&#39;Opéra de Marseille en 1964. Hodges travaillera de même pour le Théâtre de France (Odéon), le Théâtre des Champs-Élysées, le Théâtre de Dix heures, le Théâtre national de Chaillot, l&#39;Opéra d&#39;Oslo... Il fut aussi un spécialiste de l&#39;utilisation scénique des marionnettes, créant une compagnie, en 1958, avec son épouse Liliane.</p></div>
<p style="text-align: justify;">À la Libération, j&#8217;ai continué des études d&#8217;une façon un peu bâtarde. J&#8217;ai fait quelques mois d&#8217;atelier chez Paul Colin pour travailler le décor de théâtre. J&#8217;avais été élevé chez les frères, à Levallois, et quand on annonçait les prix de fin d&#8217;année c&#8217;était toujours pareil : les math, c&#8217;était pas moi, l&#8217;histoire non plus, mais le premier prix de dessin, si. Je dessinais sans arrêt. Je l&#8217;ai toujours fait. Mais aussi étrange que ça puisse paraître, je ne me considère pas du tout comme un dessinateur. Pour moi le dessin c&#8217;est avant tout une façon de noter les idées, pour noter la mise en scène d&#8217;un spectacle, une chorégraphie, tout ce qui est mouvement. Comme j&#8217;adore le mouvement, la danse, j&#8217;ai fait énormément de dessins de ballets, de cirques&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>C&#8217;est effectivement une constance remarquable dans vos dessins. Ils ne sont jamais statiques.<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;"> Plus ça bouge, plus j&#8217;ai envie de dessiner. Je dessinais tout le temps mais pour moi ça restait un hobby. Quand je suis sorti du camp j&#8217;étais tuberculeux et, à la Libération, je suis resté deux années en sanatorium, sans pouvoir faire autre chose que dessiner. J&#8217;avais seize, dix-sept ans. J&#8217;y donnais des cours de dessin. J&#8217;avais perdu mon père pendant la guerre. Géo Sandry, le régisseur du Cirque d&#8217;hiver, qui était comme un second père pour moi, m&#8217;a dit : « Quand tu vas sortir du sanatorium, tu ne pourras pas reprendre les spectacles immédiatement. Puisque tu dessines, tu vas essayer d&#8217;en vivre. » Je n&#8217;y avais pas pensé. Et me voilà arrivant chez Ventillard, avec un carton à dessin. Je montre à monsieur Ventillard des dessins humoristiques qui étaient tous des animaux. C&#8217;était à cause de mes origines anglaises, ça, les monstres, les fées, les animaux qui parlent, ça me semblait logique. Mais en France, non. Il m&#8217;a dit : « Vous avez déjà vu des animaux qui parlent, vous ? » Tout timide, j&#8217;ai quand même pensé à réagir. Je lui ai dit : « Il y a un précédent, c&#8217;est La Fontaine. » Mais ça ne lui plaisait pas. Et puis il a fouillé dans mon carton. Il y avait mes dessins de mouvements, d&#8217;anatomie et des nus. Il m&#8217;a dit : « Voilà ce qu&#8217;il nous faut ! Vous ne voulez pas nous faire des pin-ups ? » Et me voilà à dessiner des pin-ups dans <em>la Vie parisienne</em>, dans <em>Paris Flirt</em> qui est venu après, et chez d&#8217;autres <strong></strong>éditeurs, au <em>Rire</em>, à <em>Oxygène</em>.</p>
<div id="attachment_139704" class="wp-caption aligncenter" style="width: 1144px"><a href="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2019/02/03-Voyage_dans_la_lune_1953.jpg" rel="lightbox[139659]" class="lightbox"><img class="size-full wp-image-139704 " src="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2019/02/03-Voyage_dans_la_lune_1953.jpg" alt="" width="1134" height="971" /></a><p class="wp-caption-text">Dans la revue Nus 53, en 1953. Au centre, un autoportrait du jeune artiste, alors âgé de 25 ans. Le pseudonyme Jim Fou était parfois calligraphié avec une étoile à la place du o. À la même époque, Hodges usa aussi du pseudonyme Pol, pour des dessins placés dans les journaux par l&#39;intermédiaire d&#39;un ami.</p></div>
<p style="text-align: justify;"><strong>À l&#8217;époque vous signiez Jim Fou.<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est parce que Paul Colin, quand j&#8217;étais à son atelier, m&#8217;appelait toujours « tout fou », un peu touche-à-tout si vous voulez. Colin a été le premier à me dire : « Toi tu ne feras jamais rien de bien, tu seras toujours un touche-à-tout. » Et j&#8217;avais surtout l&#8217;envie de ne pas me spécialiser, c&#8217;était ma plus grande terreur. Je faisais du dessin de presse, j&#8217;ai rencontré ma femme, on s&#8217;est mariés, il fallait que je gagne de quoi vivre, mais je continuais à suivre des cours de danse, Serge Lifar, tout ça, et je faisais des expositions sur la danse et je vendais mes dessins. Il y a eu une période où j&#8217;ai eu un nom dans le milieu de la danse, j&#8217;illustrais des revues spécialisées, <em>la Danse</em>, <em>Musica</em>. J&#8217;avais donc deux styles de travail : la presse, où je noircissais du papier pour gagner ma croûte, et la danse, où je prenais mon pied en dessinant des croquis, des toiles. J&#8217;ai eu deux aventures de peinture dans ma jeunesse. D&#8217;abord quand je fréquentais les Jeunesses Musicales de France. J&#8217;y faisais le portrait des copains et des copines jusqu&#8217;au jour où j&#8217;ai reçu un coup de téléphone d&#8217;un père qui avait vu le portrait de sa fille et qui voulait que je fasse le sien. Quand j&#8217;ai senti que ça allait devenir un travail professionnel, j&#8217;ai fait une croix dessus. Je préférais réaliser à toute pompe mes petits dessins dans la presse que de la peinture commerciale. J&#8217;ai fait des dessins de danse classique pendant près de quatre ans. Et puis j&#8217;ai découvert la danse africaine, indonésienne, indienne&#8230; Et les galeries, comme celle de Mme Gournand qui est spécialisée dans la danse, m&#8217;ont reproché de ne plus faire de danseuses classiques, que des danseuses orientales ou expressionnistes pour lesquelles il n&#8217;y avait pas de clientèle en France.</p>
<div id="attachment_139711" class="wp-caption alignleft" style="width: 260px"><a href="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2019/02/06-Musica_87_et_84_1961.jpg" rel="lightbox[139659]" class="lightbox"><img class="size-medium wp-image-139711  " src="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2019/02/06-Musica_87_et_84_1961-250x181.jpg" alt="" width="250" height="181" /></a><p class="wp-caption-text">Les couvertures de la revue Musica étaient photographiques, à l&#39;exception de celles illustrées par Hodges, ici en 1961.</p></div>
<p style="text-align: justify;">Et là, pareil, ras-le-bol, si je dois me forcer à faire des tutus, je ne peux pas, je vais craquer. Donc j&#8217;ai aussi fait une croix dessus, je me suis mis à vivre uniquement de la presse. Mais j&#8217;ai commencé à noter des idées chorégraphiques, des arguments de ballets, et j&#8217;ai fait des expos présentant ces projets. Des chorégraphes ont acheté de ces projets, dont un pour l&#8217;Opéra de Marseille, et un ou deux ans après, vers 1960, ça s&#8217;est monté. César avait fait les décors pour un des ballets qui se passait dans une fonderie d&#8217;acier. Mais les machinistes de l&#8217;Opéra de Marseille refusaient de déplacer ses décors qui étaient trop lourds. On m&#8217;a demandé de venir les dépanner. Et ça a été mon premier décor de ballet. Là, j&#8217;ai pris mon pied. Et puis le directeur de l&#8217;Opéra de Marseille m&#8217;a proposé de faire les décors de <em>Carmen</em>. J&#8217;ai horreur de <em>Carmen</em>. J&#8217;ai refusé. J&#8217;étais décorateur quand j&#8217;en avais envie.</p>
<div id="attachment_139714" class="wp-caption alignleft" style="width: 893px"><a href="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2019/02/07-couv_Detective_pocket_Guerber_60s.jpg" rel="lightbox[139659]" class="lightbox"><img class="size-full wp-image-139714 " src="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2019/02/07-couv_Detective_pocket_Guerber_60s.jpg" alt="" width="883" height="1500" /></a><p class="wp-caption-text">Couvertures de romans de gare de la collection « Détective pocket » édités par André Guerber (éditions Bel-Air ou Baudelaire) dans les années 1960.</p></div>
<p style="text-align: justify;"><strong>Dans les années 50 vous faisiez déjà des couvertures de livres ?<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Oui. Mais pas encore de boîtes de jeux. Ni de bandes dessinées. La BD, ça a été un accident de parcours. Avec six enfants, j&#8217;avais besoin de pognon. J&#8217;ai eu notamment une commande d&#8217;une dizaine de pockets érotiques à la fois, Alors je suis parti en Vendée avec un assistant, Christophe Pellegrin, qui est un très bon dessinateur hyperréaliste. On faisait deux histoires en quinze jours. Ça a dû durer dix mois. Parallèlement, j&#8217;ai continué la ventriloquie et j&#8217;ai monté une compagnie de marionnettes. On m&#8217;a demandé de monter des numéros de marionnettes au cabaret À la tomate qui était devenu une boîte à strip-tease. Les marionnettes déshabillaient les filles.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le cinéma ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong></strong>Peu. Ça a commencé du temps de Colin. Et puis, après, je connaissais un imprimeur qui me faisait faire des affiches en lithographie. Je dessinais directement sur la pierre.</p>
<div id="attachment_139715" class="wp-caption alignleft" style="width: 1010px"><a href="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2019/02/08-couv_Presses_noires.jpg" rel="lightbox[139659]" class="lightbox"><img class="size-full wp-image-139715 " src="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2019/02/08-couv_Presses_noires.jpg" alt="" width="1000" height="1588" /></a><p class="wp-caption-text">Dans les années 1960, les Presses noires (Pierre Léopold et Guy Cécille) font fréquemment appel à Hodges pour les couvertures de leurs polars (entre autres, ici, d&#39;Ange Bastiani et Jean-Noël Berckmann, sous d&#39;autres noms).</p></div>
<p style="text-align: justify;"><strong>Vous aviez fait l&#8217;affiche d&#8217;un film naturiste de Claude Sendron, <em>Eve et les bonnes pommes</em>.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong></strong>Ah, oui ! J&#8217;ai même participé au tournage. Il fallait que je tire à l&#8217;arc dans une pomme qui était sur les genoux d&#8217;une jeune femme. Mais on ne me voit pas à l&#8217;écran.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Et l&#8217;affiche du Nouveau Grand-Guignol, en 1974, pour le Théâtre de l&#8217;Européen.<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Oui, parce que j&#8217;avais fait les décors, les costumes et les trucages. Mais je n&#8217;ai pas fait beaucoup d&#8217;affiches. Je trouve ça très pénible, on est trop tributaire du commanditaire. Je ne supporte pas.</p>
<div id="attachment_139716" class="wp-caption alignleft" style="width: 2010px"><a href="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2019/02/09-boites_de_jeux_70s.jpg" rel="lightbox[139659]" class="lightbox"><img class="size-full wp-image-139716 " src="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2019/02/09-boites_de_jeux_70s.jpg" alt="" width="2000" height="977" /></a><p class="wp-caption-text">Boîtes de jeux Miro/Parker des années 1970. Hodges illustra de nombreux jeux de société : les Grands Amiraux, Radar 2000, le Jongleur, le Jeu des cancres, Rattrapez-le !, la Glissade, Tennis, Prenez-les vivants, Astro-Soleil, De la terre à la lune, la Bataille navale (électronique), Méditerranée et bien sûr des boîtes de magie.</p></div>
<p><strong>Beaucoup de vos travaux ne sont pas signés.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il est très rare que j&#8217;aie envie de signer.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Vous avez signé « Jim » aussi.<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est exact, et également « James » et « Moi ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Il y a des éditeurs pour lesquels vous avez beaucoup travaillé comme André Guerber&#8230;<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Je travaille toujours pour lui. Je viens de lui finir dix bouquins pour enfants. Je l&#8217;ai connu par la danse. Il avait une revue qui s&#8217;appelait <em>Toute la danse</em> dont j&#8217;ai fait l&#8217;illustration pendant des années. Je lui ai fait beaucoup de couvertures de romans, des polars sexy, une centaine peut-être, mais j&#8217;ai très rarement lu les bouquins. Et aussi des classiques qu&#8217;il rééditait, <em>les Mémoires de Casanova</em>, <em>Dracula</em>&#8230; Parallèlement, j&#8217;ai fait beaucoup de cartes à jouer. France Cartes m&#8217;avait appelé pour faire un jeu de cartes de pin-up. À la suite de ça, j&#8217;ai dû faire 250 à 300 jeux pour eux dans les quinze années qui ont suivi. Et pour la Miro Company j&#8217;ai dessiné beaucoup de boîtes de jeux de société, comme <em>la Bonne p</em><em>aye</em>, cinq ou six par an. J&#8217;ai créé aussi quelques boîtes de jonglages et de prestidigitation.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Vous avez un intérêt évident pour le fantastique<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Absolument. Les quelques bouquins d&#8217;enfants que j&#8217;ai écrits sont des bouquins fantastiques. J&#8217;ai été élevé là-dedans.</p>
<div id="attachment_139720" class="wp-caption aligncenter" style="width: 1010px"><a href="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2019/02/10-affiches1.jpg" rel="lightbox[139659]" class="lightbox"><img class="size-full wp-image-139720 " src="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2019/02/10-affiches1.jpg" alt="" width="1000" height="1398" /></a><p class="wp-caption-text">Hodges fut l&#39;affichiste attitré des illusionnistes Mystag et Claude Gilsons et de la compagnie de théâtre musical pour enfants Patchwork (dont il fut le cocréateur avec sa fille Oona).</p></div>
<p style="text-align: justify;"><strong>Vous avez une curieuse attitude vis-à-vis de votre travail de dessinateur.<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il y a des gens qui sont admiratifs devant mes dessins, mais moi je ne les aime pas. C&#8217;était vraiment pour manger, pas autre chose. Je n&#8217;y attachais aucune importance. Il fallait juste que ça soit le plus vite fait possible pour me laisser du temps. Voilà pourquoi il m&#8217;est presque impossible de vous donner des titres, ça ne s&#8217;est pas fixé dans ma mémoire, c&#8217;était vraiment sans intérêt. Quand ce n&#8217;est pas autour du spectacle, je n&#8217;éprouve aucun plaisir à dessiner. Mais je ne suis pas malheureux, c&#8217;est mieux que d&#8217;être rond-de-cuir ou mineur.</p>
<div id="attachment_139721" class="wp-caption aligncenter" style="width: 1210px"><a href="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2019/02/11-jeux_de_cartes_70s.jpg" rel="lightbox[139659]" class="lightbox"><img class="size-full wp-image-139721 " src="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2019/02/11-jeux_de_cartes_70s.jpg" alt="" width="1200" height="2524" /></a><p class="wp-caption-text">Pour ses innombrables jeux de cartes, Hodges variait styles et techniques, tout en restant identifiable. Ici des jeux publicitaires pour les sociétés Chaffoteaux et Maury, Billman, Banque des Antilles françaises, Roquette &amp; Fils, Playtex et pour l&#39;Europe.</p></div>
<p style="text-align: justify;"><strong>Et vous ne gardez ni les originaux, ni les publications ?<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ah non ! Sauf tout ce que je fais pour les magiciens. Ça me sert de documentation, j&#8217;ai illustré des milliers de techniques, de manipulation de boules par exemple, et je peux avoir besoin de mes dessins pour m&#8217;en souvenir.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Dans votre revue <em>Mad magic</em>, dont vous étiez le seul dessinateur, vous étiez obligé de varier les styles pour illustrer toutes les pages&#8230;<br />
</strong><em></em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Mad magic</em> c&#8217;était pour jouer, ça ne m&#8217;a rien rapporté. Je prenais mon temps. Habituellement, pour la presse, je ne prends pas mon temps, je fais le plus vite possible.</p>
<div id="attachment_139722" class="wp-caption alignleft" style="width: 340px"><a href="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2019/02/12-sachet_Tintin_Asterix_Grimaud.jpg" rel="lightbox[139659]" class="lightbox"><img class="size-full wp-image-139722   " src="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2019/02/12-sachet_Tintin_Asterix_Grimaud.jpg" alt="" width="330" height="241" /></a><p class="wp-caption-text">Difficile de reconnaître la main vivace de Hodges dans ces sachets publicitaires pour des jeux de 7 familles Tintin et Astérix édités par Grimaud...</p></div>
<p style="text-align: justify;"><strong>Vous crayonnez avant ?<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Oui, quoique pas systématiquement. Je fais un « squelette », mais de toute façon je passe à côté à l&#8217;encrage.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pour gagner du temps, vous pourriez le faire au crayon bleu.<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">J&#8217;ai essayé, mais ça ne m&#8217;a pas plu du tout.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Vous écriviez les scénarios de vos BD ?<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Oui. Je faisais un petit découpage avant pour retomber sur mes pattes. J&#8217;aime bien la BD mais pour rien au monde je n&#8217;aurais voulu faire ça toute ma vie. Il y a quand même une histoire que j&#8217;ai aimé faire, une des rares que j&#8217;ai gardées, c&#8217;était une histoire de hippies.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pourquoi ?<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">J&#8217;ai beaucoup aimé la période 68. J&#8217;ai toujours eu les cheveux longs et j&#8217;ai regretté de ne pas avoir vingt ans à ce moment-là. J&#8217;ai aimé&#8230; tout. Tout ce qui a bougé, le comportement, la façon de s&#8217;habiller.</p>
<div id="attachment_139725" class="wp-caption aligncenter" style="width: 1020px"><a href="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2019/02/13-couv_pockets.jpg" rel="lightbox[139659]" class="lightbox"><img class="size-full wp-image-139725 " src="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2019/02/13-couv_pockets.jpg" alt="" width="1010" height="1365" /></a><p class="wp-caption-text">Pour répondre à la commande d&#39;une maison d&#39;édition lyonnaise, E.D.H., Hodges concentra sa production de BD de poche érotiques sur moins d&#39;une année, même si la parution s&#39;étala sur plusieurs, à partir de 1978, dans les pockets Sexovid, Erotik story, Erosgirl, Sex party, Condor et une dizaine d&#39;autres. Christophe Pellegrin, qui l&#39;assista sur ces bandes, n&#39;intervint pas sur les personnages et les scénarios, se contentant de tracer les cases, lettrer, gommer, etc.</p></div>
<p style="text-align: center;"><a href="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2019/02/14-pocket_Sexovid_9_1978.jpg" rel="lightbox[139659]" class="lightbox"><img class="size-full wp-image-139726   aligncenter" src="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2019/02/14-pocket_Sexovid_9_1978.jpg" alt="" width="1000" height="729" /></a></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2019/02/15-pocket_Nymphosex_1_1979.jpg" rel="lightbox[139659]" class="lightbox"><img class="size-full wp-image-139727 aligncenter" src="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2019/02/15-pocket_Nymphosex_1_1979.jpg" alt="" width="1000" height="725" /></a></p>
<p><a href="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2019/02/17-pocket_Sexypocket_Nouveaux_Males_1980.jpg" rel="lightbox[139659]" class="lightbox"><img class="size-full wp-image-139729" src="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2019/02/17-pocket_Sexypocket_Nouveaux_Males_1980.jpg" alt="" width="1000" height="680" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Quoi d&#8217;autre en BD ?<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">J&#8217;en ai fait pas mal chez Ventillard, dans <em>le Hérisson</em>, <em>Marius</em>&#8230; Et des espèces de BD sans bulles qui reprenaient des textes érotiques : <em>le Roi Pausole</em>, <em>Gamiani</em>&#8230; J&#8217;ai beaucoup travaillé dans l&#8217;érotisme parce que, la pin-up, je fais ça presque les yeux fermés, ça va très vite.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pas de photos, pas de modèles ?<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Non. Des fois des photos pour varier un peu les visages, parce qu&#8217;on a tendance à se répéter. Mais c&#8217;est le seul effort que je fais.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Aujourd&#8217;hui ?<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Je travaille beaucoup pour <em>Quel avenir madame</em>&#8230;</p>
<p><a href="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2019/02/19-Sexologia_3_1978.jpg" rel="lightbox[139659]" class="lightbox"><img class="size-full wp-image-139732" src="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2019/02/19-Sexologia_3_1978.jpg" alt="" width="1500" height="1564" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Et toujours <em>le Hérisson</em> ?<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Oui, pour garder le contact. Je leur fais des animaux fantastiques, des séries de trois quatre dessins avec un petit texte. Je ne fais plus que rarement des dessins humoristiques. Maintenant que mes enfants sont grands, j&#8217;ai moins la nécessité de dessiner, je peux me consacrer davantage au spectacle. J&#8217;ai toujours un numéro de ventriloquie.</p>
<div id="attachment_139737" class="wp-caption alignright" style="width: 304px"><a href="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2019/02/20-Herisson_1991.jpg" rel="lightbox[139659]" class="lightbox"><img class="size-full wp-image-139737    " src="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2019/02/20-Herisson_1991.jpg" alt="" width="294" height="271" /></a><p class="wp-caption-text">La série le Bestiaire fantastique dans l&#39;hebdomadaire le Hérisson n° 2343 du 13 mars 1991. Hodges y publia des pin-up et des explications en BD de tours de magie.</p></div>
<p style="text-align: justify;"><strong>C&#8217;est volontairement que vous avez toujours travaillé pour des supports, heu&#8230;<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">&#8230; Nuls ! Oui-oui, je suis d&#8217;accord !</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Non, pas nuls, disons assez peu prestigieux.<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est par paresse. Je ne fais aucune démarche. Je n&#8217;ai pas envie de me bagarrer dans cet univers. Au départ j&#8217;ai dû frapper aux portes, après je n&#8217;ai vécu que de ce que l&#8217;on me proposait. Et, encore une fois, parce que j&#8217;ai toujours pensé que le dessin c&#8217;était pas mon job.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Vous avez travaillé pour Jacquet et ses éditions des Jarres d&#8217;or.<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Oui, pour le passage Jouffroy. J&#8217;ai travaillé pour Denoël. J&#8217;ai fait des pochettes de disques pour Decca, des disques de ballets et de jazz.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Vous avez fait des dessins assez hard parfois.<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Oui. Dans <em>Elle et lui</em> notamment. Ou pour illustrer <em>la Cuisine érotique</em> chez Guerber, que d&#8217;ailleurs, pour une fois, je ne sais pas pourquoi, je n&#8217;ai pas bâclé.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Vous faisiez les couvertures des <em>Aventures de Dracula</em> aux éditions Bel-Air.<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Je m&#8217;en souviens vaguement, ça fait une paye.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>On voit souvent aussi vos dessins sur des emballages de farces-et-attrapes.<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ah bon ? Ça doit être du piratage. Ils doivent prendre des illustrations que j&#8217;ai faites pour des catalogues comme ceux de Mayette et Hatte, des fabricants de matériel de magie.</p>
<div id="attachment_139738" class="wp-caption aligncenter" style="width: 1010px"><a href="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2019/02/21-Mad_Magic_1983.jpg" rel="lightbox[139659]" class="lightbox"><img class="size-full wp-image-139738 " src="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2019/02/21-Mad_Magic_1983.jpg" alt="" width="1000" height="1428" /></a><p class="wp-caption-text">Par passion, Hodges dessina bénévolement pour quasiment toutes les revues d&#39;illusionnisme françaises : le Magicien, l&#39;Illusionniste, Arcane, la Revue de la prestidigitation, Magicus, Imagik... Mais il fut surtout, avec Jean Merlin aux textes, le coauteur de la meilleure d&#39;entre elles, Mad Magic. Entre 1976 et 1985, les deux comparses produisirent 54 numéros de cette « revue des magiciens qui ont la main gauche adroite », inventive et drôle.</p></div>
<div id="attachment_139739" class="wp-caption aligncenter" style="width: 1510px"><a href="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2019/02/22-catalogue_Mayette_1975.jpg" rel="lightbox[139659]" class="lightbox"><img class="size-full wp-image-139739 " src="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2019/02/22-catalogue_Mayette_1975.jpg" alt="" width="1500" height="1959" /></a><p class="wp-caption-text">Hodges fut l&#39;illustrateur attitré des catalogues de matériel de magie Mayette/Hatte (ici en 1975) ainsi que ceux, ensuite, de l&#39;Académie de magie Georges Proust. Il fut l&#39;auteur — textes et dessins — de dizaines d&#39;ouvrages sur la ventriloquie, les grandes illusions, la sculpture sur ballons, les ombres chinoises, le faux-pouce, le chapeau de Tabarin, les fleurs à ressort, les illusions au théâtre, la lumière noire, les illusions d&#39;optique...</p></div>
<div id="attachment_139740" class="wp-caption aligncenter" style="width: 1010px"><a href="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2019/02/23-trading_cards_Majax.jpg" rel="lightbox[139659]" class="lightbox"><img class="size-full wp-image-139740 " src="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2019/02/23-trading_cards_Majax.jpg" alt="" width="1000" height="1400" /></a><p class="wp-caption-text">Vignettes autocollantes destinées à l&#39;album collecteur Magie du monde entier avec Gérard Majax. Hodges assistera Majax dans la conception de ses émissions de télévision, animera graphiquement la plus célèbre d&#39;entre elles, Y&#39;a un truc (1975), et sera vu dans certaines.</p></div>
<div id="attachment_139741" class="wp-caption aligncenter" style="width: 1510px"><a href="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2019/02/24-Magicgagagogo.jpg" rel="lightbox[139659]" class="lightbox"><img class="size-full wp-image-139741 " src="http://bdzoom.com/wp-content/uploads/2019/02/24-Magicgagagogo.jpg" alt="" width="1500" height="480" /></a><p class="wp-caption-text">Un strip du recueil Magicgagagogo tome 1, tours comiques expliqués en bande dessinée.</p></div>
<p style="text-align: justify;"><strong>Vous avez beaucoup travaillé pour André Mayette et Michel Hatte, son successeur.<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Mayette m&#8217;avait demandé de faire les illustrations de la revue <em>le Magicien</em> après la mort du dessinateur Robert Veno.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Il y avait pourtant déjà Marcel Jacquinot.<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Oui, mais Jacquinot ne s&#8217;occupait que des grandes illusions, il ne faisait pas les manipulations.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Et Jean Boullet ?<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;était avant, je ne l&#8217;ai jamais connu. J&#8217;ai travaillé sur les derniers numéros du <em>Magicien</em> et sur <em>Flash</em>, la petite revue parallèle. Mais, déjà, c&#8217;était <em>Mad magic</em> qui me trottait dans la tête. Et après, tout a suivi, les bouquins, etc.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Vous travaillez sur quoi qui vous fasse plaisir en ce moment ?<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Je conçois les costumes, les trucages et les décors du <em>Frégoli</em> que monte Jérôme Savary. Et je dessine un recueil d&#8217;anamorphoses que va éditer Georges Proust.</p>
<p style="text-align: right;" align="right"><strong>Propos recueillis en 1991 par Jean-Pierre Bouyxou et Bernard Joubert.</strong></p>
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