Dans un monde médiéval fantastique ravagé par la guerre, où le bien et le mal se confondent en absurdités sanglantes, Alastor de Sombregarde est un chevalier maudit, revenu d’entre les morts, grâce à l’intervention d’un maître-gobelin plutôt roublard du nom de Guulghar. Cette anthropomorphe créature, aussi cynique que philosophe, tient en sa main un bâton orné du crâne de son frère Huulghar, lequel continue, malgré tout, de parler et d’exercer la sorcellerie. L’improbable trio traverse champs de bataille et forêts damnées, afin de retrouver la dulcinée du seigneur désabusé… Aurélien Morinière illustre de façon magistrale cette grinçante épopée d’heroic fantasy —tendance Tim Burton —, dont son complice (Olivier Dobremel, alias Dobbs) nous livre de prometteuses prémices tragi-comiques…
Lire la suite...« Le Porteur d’histoire » par Christophe Gaultier et Alexis Michalik
« Le Porteur d’histoire » est une pièce de théâtre d’Alexis Michalik qui connaît, depuis sa création en 2011, un succès important et qui reste encore jouée à Paris. Elle récolte en 2014 deux Molières, celui du meilleur auteur et celui du meilleur metteur en scène. C’est cette pièce que Christophe Gaultier adapte aujourd’hui en bande dessinée, dans ces petites cases qu’on compare si souvent et si justement à des scènes…
Tout individu est porteur d’histoires avec un « s » à la fin du mot, contrairement au héros du récit de Michalik qui semble n’en porter qu’une, une histoire qui commence au fin fond des Ardennes où Martin Martin (choix d’un nom de « héros » volontairement vidé de toute identité) se rend pour l’enterrement de son père.
Il pleut à verse et Martin s’égare…
Mais c’est par une réflexion générale sur ce que sont « histoire » et « Histoire » qu’on accroche le lecteur, un prologue qui disserte alors qu’un personnage encore inconnu roule, de nuit, vers Mechta Layadat, là où, en 2001, une mère et sa fille ont disparu mystérieusement…
On est précisément en 2001, en Algérie, et Martin Martin s’arrête chez cette femme qui a hérité d’une bibliothèque étonnante…
Comme lui, en somme, qui par hasard s’est retrouvé propriétaire d’une quantité de livres enterrés dans un cercueil…
Tout cela semble bien compliqué surtout quand on le raconte et que de récit en récit, d’enchâssement en enchâssement, les histoires se nourrissent, se télescopent, s’enrichissent, se bousculent jusqu’à remonter à un père fondateur : Alexandre Dumas. Mais que vient-il faire dans cette galère, mieux dans cette « chasse au trésor » ? Tout est lié, en fait, à la disparition légendaire d’une famille noble, les Saxe de Bourville, sous la révolution française, et à un fabuleux trésor qui pourrait être trouvé par celui ou celle qui résoudrait l’énigme de cette disparition. Ce n’est pas simple…
C’est après avoir lu un carnet manuscrit trouvé dans le mystérieux cercueil dont on parlait plus haut que Martin s’est retrouvé entraîné dans une quête vertigineuse à travers l’Histoire et les continents, au point que son périple feuilletonesque se perd dans un récit à tiroirs multiples et frôle l’invraisemblance… apparente ! Et de tiroir en tiroir, le monde et le passé s’entrouvrent sous nos pas : les Ardennes, Alger, Versailles, Marseille, Villers-Cotterêts, Montréal, Avignon… mais aussi les années : 2001, 1988, 1822, 1348, 258…
Le dessin crayonné, charbonneux, de Christophe Gaultier se prête parfaitement à cette aventure rétroactive et délirante sous les couleurs de Marie Galopin. Ce n’est pas la première fois que Gaultier goûte à l’adaptation littéraire : on lui doit « Robinson Crusoé » en trois volumes (chez Delcourt, en 2007-2008), « Le Suédois » d’après Stephen Crane (Futuropolis, 2009) ou « Le Fantôme de l’opéra » d’après Gaston Leroux (chez Fétiche, en 2011 et 2013) et aux biographies (celle de Gauguin, au Lombard, en 2013), sans oublier le triptyque consacré à « Arsène Lupin » (Rue de Sèvres, 2014-2016). Toujours est-il que le dessin de Christophe Gaultier se prête parfaitement à ces rêves d’aventures et à ces aventures peut-être rêvées que ce porteur d’histoire veut bien nous dévoiler invitant Delacroix à rejouer les orientalistes tandis qu’ailleurs, dans des soirées mondaines, Dumas jalouse Victor Hugo… Mais faut-il croire tout ce qui se raconte ? Toute histoire n’est-elle pas fiction, même les vraies ? Surtout les vraies ?
Didier QUELLA-GUYOT ([L@BD-> http://9990045v.esidoc.fr/] et sur Facebook).
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« Le Porteur d’histoire » par Christophe Gaultier et Alexis Michalik
















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