C’est le 15 avril 1941 qu’Edgar Jacobs est présenté par son ami d’enfance Jacques Van Melkebeke à Hergé, à l’occasion de la représentation de « Tintin et Milou aux Indes » au théâtre des Galeries, à Bruxelles : une pièce écrite par Hergé et Van Melkebeke. Cette rencontre marque le début d’une longue et fructueuse amitié entre le dessinateur des aventures du déjà célèbre Tintin et l’imposant baryton devenu dessinateur par nécessité. Au fil de cet ouvrage passionnant, Éric Verhoest revient sur les trois décennies au cours desquelles les deux maîtres de la ligne claire se sont livrés à un amical duel. Jacobs, et plus encore Hergé, ont fait l’objet d’une multitude d’ouvrages (1) ; celui-ci est le premier réunissant les destins croisés de ces deux géants de la bande dessinée belge.
Lire la suite...« Une sœur » par Bastien Vivès
Lâchant temporairement le manga à la française « Last Man » qu’il réalise avec Michaël Sanlaville et Balak, Bastien Vivès revient au roman graphique pour raconter un amour de vacances initiatique et érotique, six ans après son fabuleux « Polina » qui lui a permis d’accéder à une certaine notoriété dans le monde du 9e art. Le sujet était casse-gueule, mais Vivès s’en sort haut la main, imposant un ton juste, une narration esthétique avec son lot de silences, et un trait maîtrisé !
Les vacances d’été sur l’Île-aux-Moines, dans le golfe du Morbihan, de deux frères et de leurs parents vont être perturbées par l’arrivée impromptue d’une amie de la famille qui vient de perdre le bébé qu’elle portait… Et surtout de son ado de fille, indépendante et détachée, fragile et forte à la fois. Alors que sa mère est venue pour se ressourcer, la nymphette doit dormir dans la même chambre que les deux enfants âgés de neuf et treize ans. L’aîné, garçon réservé qui passe son temps à dessiner va, grâce à celle qui a quand même trois ans de plus que lui, grandir d’un seul coup : une surprenante amourette s’installant doucement entre le pré-ado et la jeune fille qui devient femme.
Bastien Vivès réussit à nous émouvoir, tout au long de deux cents pages, en nous racontant l’intime de cette relation, l’approche entre les deux protagonistes et la montée du désir : une belle histoire certes ambiguë, mais qui parle à tous. En effet, qui de nous ne se souvient pas d’un été où l’on a transgressé certains interdits, à l’abri du regard des parents ?
Auteur sensible, Vivès prouve, une fois de plus, qu’il fait vraiment partie des auteurs de bande dessinée qui compte aujourd’hui, tant sur le plan du scénario (comme nous venons de vous l’énoncer) que de celui du dessin. En effet, son cinématographique style graphique, qui laisse beaucoup de place à l’imagination — les yeux des visages, par exemple, sont souvent absents —, est tout à fait reconnaissable, dès le premier coup d’œil : ce qui est la marque des plus grands !
(1) Ne pas hésiter à se procurer quelques autres albums signés Bastien Vivès, chroniqués sur BDzoom.com : « La Grande Odalisque T1 et T2 (“Olympia”) » par Jérôme Mulot, Florent Ruppert et Bastien Vivès, « Last Man » par Mickaël Sanlaville, Balak et Bastien Vivès, « Les Melons de la colère » par Bastien Vivés, « Polina » ou Bastien Vivès et Alexis de Raphelis.
« Une sœur » par Bastien Vivès
Éditions Casterman (20 €) – ISBN : 978-2-203-14716-4














