Quel beau récit en bande dessinée que ces bouleversantes « Mémoires d’un garçon agité » : l’histoire d’un gamin émotionnable d’une dizaine d’années qui a décidé d’arrêter de grandir et de se raconter, à l’aide de la vieille machine à écrire familiale. Ce refuge dans l’écriture est le seul moyen qu’il a trouvé pour essayer de stopper le temps : pour oublier le fait de se sentir responsable, ainsi que la douleur subie devant l’anéantissement de ce qui était jusque-là sa vie. Le sensible dessin à la Sempé de Valérie Vernay et cet attachant personnage qui retrace des anecdotes de sa courte existence pourraient nous faire penser au Petit Nicolas, mais le propos du scénariste Vincent Zabus — par ailleurs poète et dramaturge — est tout autre : l’humour n’est là que pour dissimuler la gravité du sujet.
Lire la suite...« Rampokan » par Peter Van Dongen
Dupuis réédite en un seul volume et en couleurs les deux volets de « Rampokan », publiés par Vertige Graphic en 2005 en version bicolore. Il faut dire que Van Dongen est le tout nouveau dessinateur de « Blake et Mortimer » et, surtout, que cet élève de Joos Swarte, avait mis 12 ans pour achever cette œuvre imposante. Qui plus est, de père néerlandais et de mère sino-indonésienne, l’histoire de Java et des Célèbes lui tenait à cœur…
Suite à la guerre d’indépendance de l’Indonésie qui a chassé les Pays-Bas à la fin des années 1940 de ses terres, les Hollandais souhaitent reprendre le contrôle de leur ancienne colonie. D’abord colonisées par les Portugais, puis possession hollandaise jusqu’après la Seconde Guerre mondiale, les Célèbes (aujourd’hui Sulawesi) ne constituent que quelques îles de l’archipel de Java. Le combat entre Hollandais et autochtones dura plus de trois ans.
C’est pourquoi apparaissent dès les premières pages un quarteron de conscrits venus combattre les « terroristes », c’est à dire la population vivant légitimement chez elle ! L’un d’eux, Johan Knevel, le héros, de retour sur ces terres où il est né, n’a de cesse que de retrouver Ninih, sa nounou indonésienne et c’est aux Célèbes qu’il va vraiment se sentir « chez lui ».
Mais Knevel, à la recherche de son enfance perdue, est trop doux, trop naïf, pour survivre dans un environnement conflictuel et complexe, d’autant qu’il est le responsable involontaire de la mort d’un soldat sur le bateau qui les menait à Java. Knevel est souvent désorienté dans cet univers violent où il n’est pas toujours facile de faire la part des choses, d’autant qu’ils sont plusieurs à jouer de drôles de rôles sous une double identité !
L’histoire découpée en deux parties – la première commence en 1946, à Bandung (Java) et la deuxième se situant en 1950, à Makassar (Sulawesi) – est complexe, pas toujours facile à suivre, mais la réalisation « ligne claire », très élégante, aux décors très soignés, très documentés, rend l’ensemble passionnant. Qui plus est, un dossier complète utilement la lecture en donnant de l’auteur des renseignements sur son héritage indonésien avec croquis, aquarelles, et photos de ses repérages complétés d’illustrations couleurs parues ici et là.
Didier QUELLA-GUYOT ([L@BD-> http://9990045v.esidoc.fr/] et sur Facebook).
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« Rampokan » par Peter Van Dongen
Éditions Dupuis (26 €) – ISBN : 979-1-0347-3101-5










