Tout juste auréolées du Prix René Goscinny du jeune scénariste (pour « Les Cheveux d’Édith », également chez Dargaud, mais avec Dawid au dessin), les prolifiques autrices en ouvrages jeunesse ou romans young adult que sont Fabienne Blanchut et Catherine Locandro nous racontent, dans ce qui n’est que leur deuxième bande dessinée, comment, entre silences et non-dits, a basculé la vie de Frédérique, alors qu’elle avait à peine 13 ans. Basé sur leurs trajectoires personnelles, cet attachant et délicat récit intime, somptueusement mis en images par l’Italien Thomas Campi, nous amène en Corse-du-Sud. À l’occasion de vacances en famille, pendant un été bien particulier de 1985, la fillette comprend qu’elle grandit et qu’elle est différente, car elle prend doucement conscience de l’attirance qu’elle développe pour une serveuse du restaurant du village…
Lire la suite...L’art dit premier et les migrants comme fil rouge d’une exceptionnelle odyssée signée Lax !
Pour sa collaboration à la collection Louvre cogérée par Futuropolis et Louvre édition, Christian Lax nous amène au Mali, bien loin du site du célèbre musée… Un récit aussi engagé qu’émouvant, au graphisme éblouissant, pour nous faire partager les aléas de celles et ceux qui subissent la violence, la misère ou la guerre, et tentent de rejoindre nos côtes dans l’espoir d’une vie meilleure…
En voulant aborder le sujet très actuel et délicat des migrants, l’auteur d’une remarquable trilogie consacrée au vélo (« L’Aigle sans orteils », « Pain d’alouette » et « L’Écureuil du Vel’d’Hiv » ») ou d’un hommage décalé et piquant à « Un certain Cervantès » — sans parler de son superbe travail avec le regretté scénariste Frank Giroud (« Les Oubliés d’Annam » et « Azrayen » ») (1) — propose un vibrant voyage en pays dogon et salue la mémoire de tout un peuple.
Un jeune Malien chasseur de miel veut sauver, de la folie destructrice des islamistes, une sculpture datant du XIVe siècle qu’il a découverte lors de l’explosion d’un arbre sacré. Partageant le parcours d’autres migrants, sœurs et frères d’infortune, il va alors se mettre en danger pour confier la précieuse statuette, symbole et mémoire de sa culture, au Musée du Louvre.
« Prendre des risques pour mettre hors de portée de l’obscurantisme un patrimoine artistique peut paraître dérisoire par rapport à celles et ceux qui se jettent sur les mêmes chemins mortifères pour sauver leur peau, et arracher leurs enfants à l’enfer. Mais préserver nos patrimoines culturels, sociaux, artistiques, c’est conserver les traces des générations précédentes… Savoir d’où l’on vient et de qui l’on vient…, permettent d’envisager où l’on va. », ajoute, dans le dossier de presse, notre dessinateur-cycliste qui a été retardé pendant un an sur ce travail, à cause d’un chauffard en voiture qui l’a renversé alors qu’il était en vélo : les multiples fractures occasionnées ont nécessité une très longue rééducation.
Cela ne l’a heureusement pas empêché de nous livrer cette touchante ode à la transmission – laquelle devrait pousser les autorités responsables à la réflexion — joliment et sobrement aquarellée, et dont une sélection de planches sera exposée dans la Gallery : le musée du Centre belge de la bande dessinée (CBBD : 20, rue des Sables, 1000 Bruxelles), du 29 janvier au 10 mars 2019.
Gilles RATIER
(1) Sur Christian Lax, voir nos articles les plus récents sur BDzoom.com : Deux actus autour de « La Grande Boucle », « Un certain Cervantès » par Christian Lax, « L’Écureuil du Vel » d’Hiv » par Christian Lax, « Les Chevaux du vent » T2 par Jean-Claude Fournier et Lax ou « Pain d’alouette » T2 par Lax.
« Une maternité rouge » par Christian Lax
Éditions Futuropolis (22 €) — ISBN : 978-2-7548-1660-1












