Avec le somptueux « Nouvelle France », le scénariste Stephen Desberg et le dessinateur Bernard Vrancken mettent en scène une captivante aventure humaine durant les guerres coloniales nord-américaines du XVIIIe siècle. Quand l’histoire rencontre le fait d’hiver…
D’emblée, par son sujet, cet album généreux (riche de quelque 113 planches et 128 pages) convoque le souvenir d’un autre grand récit : celui de Hugo Pratt paru chez Casterman en 1976 : « Fort Wheeling ». Si Pratt jouait de son admirable noir et blanc, Vrancken joue de la couleur avec ce nouvel album : une couleur où prime la valeur dramaturgie, entre noirceur des ombres et blancheur de l’hiver.
RENCONTRE AVEC CHRISTOPHER ET SYLVAIN RUNBERG
Les colocataires, dont le premier volume est sorti il y a quelques semaines, est une des heureuses surprises de la collection Expresso Dupuis, tant éditoriale (nous vous en avons déjà dit tout le bien que nous en pensions) que commerciale puisque le premier tirage est en passe d’être épuisé (les collectionneurs amateurs des ex-libris du Percolator ont intérêt à se dépêcher !).
De Christopher, on connaissait surtout la série « Les filles » et son expérience d’auteur et éditeur au sein de la structure associative La Comédie Illustrée. On l’avait également vu avec All you need is love, dont le premier volume inaugurait (et clôturait à la fois, puisque l’aventure s’arrêta dans la foulée de cette publication) la collection de bandes dessinées franco-belge de Panini.
Force est de constater qu’en s’associant avec Sylvain Runberg sur Les Colocataires, l’habitué des chroniques sociales et sentimentales a franchi un pas, en s’engageant dans un récit qui, tout en conservant une certaine légèreté, se révèle plus réaliste et doux amer qu’à l’accoutumée. Un réalisme qui l’a d’ailleurs poussé à adapter son style graphique en conséquence. « C’est Luc Brunschwig qui nous a mis en contact, se souvient Christopher. D’une manière étonnante puisqu’il m’avait présenté le projet de Sylvain comme ressemblant à ce que je faisais ou savais faire mais en m’expliquant que ce n’était surement pas pour moi, parce que ça se passait dans le sud de la France ! Or j’ai vécu 18 ans à Aix en Provence ! » Les deux auteurs se rencontrent, proposent quelques essais aux éditeurs et laissent reposer le projet tout en discutant ensemble, notamment de l’envie de Christopher de dissocier cette nouvelle série de ses « Filles ». Ca tombe bien, Sylvain Runberg est sur la même longueur d’onde et livre un scénario qui oblige Christopher à densifier son graphisme : « J’ai rapidement abandonné les arrière plan aux crayons pour tout attaquer directement au pinceau, nous révèle-t-il ».
Le dessinateur ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Outre le prochain volume des filles et la gestion de La comédie Illustrée, qui continue de fonctionner sur le fond existant avec, en prévision, l’édition limitée d’un ou deux nouveaux titres par an car Christopher souhaite « continuer à bien promouvoir les titres qui paraissent », il travaille actuellement comme auteur complet sur Love song, La solitude de l’homme dans l’adultère, une série de quatre albums à paraître dans la collection Polyptique au Lombard, racontant une histoire d’amitié entre quatre hommes, sur fond de crise de la quarantaine.
Quant à Sylvain Runberg, si vous ne le connaissiez pas avant ce premier album des Colocataires, dont la suite paraîtra d’ici mai ou juin prochain, vous devez vous attendre à retrouvez sa griffe assez régulièrement dans les bacs des libraires. Outre la co-scénarisation avec Luc Brunshwig des futurs Mic Mac Adam, toujours dessinés par Benn, il signera une série de science fiction dans la collection Repérages Dupuis (avec Serge Pellet au dessin), une série politico-fantastique, sur fond de civilisation viking, chez Empreinte(s) Dupuis (dessinée par le croate Boris Talijancic), deux albums de Kookaburra (avec Edouard Ocana et un dessinateur dont il nous réserve la surprise) et développe un projet pour Futuropolis.
Deux auteurs dans le vent !
Laurent Turpin






