Dans un monde médiéval fantastique ravagé par la guerre, où le bien et le mal se confondent en absurdités sanglantes, Alastor de Sombregarde est un chevalier maudit, revenu d’entre les morts, grâce à l’intervention d’un maître-gobelin plutôt roublard du nom de Guulghar. Cette anthropomorphe créature, aussi cynique que philosophe, tient en sa main un bâton orné du crâne de son frère Huulghar, lequel continue, malgré tout, de parler et d’exercer la sorcellerie. L’improbable trio traverse champs de bataille et forêts damnées, afin de retrouver la dulcinée du seigneur désabusé… Aurélien Morinière illustre de façon magistrale cette grinçante épopée d’heroic fantasy —tendance Tim Burton —, dont son complice (Olivier Dobremel, alias Dobbs) nous livre de prometteuses prémices tragi-comiques…
Lire la suite...Zaroff : le chasseur chassé…
L’impitoyable et dément chasseur du film culte « Les Chasses du comte Zaroff » va, à son tour, devenir une proie, le temps d’une suite imaginaire haletante, portée par l’impressionnant dessin du Québécois François Miville-Deschênes, au sommet de son art.
Il s’agit, en fait, d’une relecture inattendue de « The Most Dangerous Game », nouvelle de Richard Connell, dont la fin était ouverte et qui fut publiée en 1924. Elle donna donc lieu à une célèbre adaptation pour le grand écran par les réalisateurs américains Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel avec Joel McCrea et Fay Wray dans les rôles principaux (la même équipe que pour « King Kong » !), sortie en 1932 aux États-Unis, et deux ans plus tard sous le titre français « La Chasse du comte Zaroff » ou « Les Chasses du comte Zaroff ».
Dans « Zaroff », le prolifique scénariste Sylvain Runberg (« Orbital », « On Mars », « London Calling », « Cases blanches » ou l’adaptation du polar suédois « Millénium ») (1) transcende la base de ce grand classique du cinéma made in US qui fut un précurseur du genre survival.
Alors que le général Zaroff s’est réfugié sur une île au large du Venezuela, il voit débarquer la fille d’un chef de clan mafieux qu’il avait trucidé naguère, lors de l’une de ses fameuses chasses à l’homme. Décidée à venger son père, cette dernière enlève la sœur de notre tueur qui avait fui la révolution soviétique, avec ses enfants, et les a lâchés dans l’île. Si elle les retrouve avant lui, elle les tuera ! L’aristocrate russe, toujours aussi raffiné que psychopathe, devient donc la seule chance de survie pour ces innocents : mais va-t-il vraiment choisir de les sauver, alors qu’une inéluctable course contre la montre s’engage ?
Donc, outre l’indéniable qualité de la narration et l’originalité du scénario, le trait réaliste extrêmement précis de François Miville-Deschênes (« Millénaire » et « Reconquêtes », voir « Reconquêtes » T1), lequel a longtemps été illustrateur naturaliste et scientifique, est vraiment époustouflant, tant dans la justesse des expressions que dans le naturel des postures. Il mérite, à lui seul, l’achat de ce bel album publié dans la collection Signé des éditions Le Lombard, que l’artiste québécois a, lui-même, mis en couleurs dans de très agréables tons de pastel.
Gilles RATIER
(1) Voir, parmi nos récentes chroniques, « On Mars T1 : Un monde nouveau » par Grun et Sylvain Runberg et « On Mars » T2 : sans espoir de retour…, Jakob Kayne, le dernier des Mange-Mémoire…, « Motorcity » par Philippe Berthet et Sylvain Runberg, « Orbital T : Implosion » par Serge Pellé et Sylvain Runberg, « Millénium Sag T1 : Les Âmes froides » par Belén Ortega et Sylvain Runberg, d’après Stieg Larsson, Flesh & Bone : la collection terrifiante de Glénat Comics…, « Cases blanches » par Olivier Martin et Sylvain Runberg…
« Zaroff » par François Miville-Deschênes et Sylvain Runberg
Éditions Le Lombard (16,45 €) — ISBN : 978-2-8036-7228-8













