Dans son nouveau roman graphique, Pascal Rabaté nous transporte dans le Berlin de 1931, à quelques années du désastre, mettant en scène des artistes, des danseuses, des histoires d’amour, des soirées alcoolisées, des copains qui profitent de la vie… Bref : la grande fête. Hélas, cela ne va pas durer : nous, lecteurs, nous savons comment cela va se terminer… En narrateur accompli — tant en bandes dessinées qu’au cinéma —, l’adaptateur d’« Ibicus » et auteur des « Petits Ruisseaux » ou de « La Déconfiture » (1) va justement jouer avec cette longueur d’avance, tout en utilisant un graphisme coloré où il change légèrement son trait habituel, pour installer un malaise qui ne cesse de monter à la lecture de cette « Enfance des ruines » qui n’a pas fini de vous hanter…
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Le début : Paris, 1904. Eugène Pigot, jeune peintre sans le sou, essaye de vivoter en vendant une toile de ci de là. Monsieur Philippe Lechat, critique d’art avisé et acheteur attitré de la galerie Stern se rend un jour …
Le début : Paris, 1904. Eugène Pigot, jeune peintre sans le sou, essaye de vivoter en vendant une toile de ci de là. Monsieur Philippe Lechat, critique d’art avisé et acheteur attitré de la galerie Stern se rend un jour à son atelier pour lui acheter une toile. Il tombe par hasard sur une peinture curieuse qui attire toute son attention. Ne ressemblant à rien de connu, elle semble préfigurer le cubisme – que nos héros ne connaissent pas encore, pour cause – de plusieurs années. Mais le plus étrange dans cette affaire, c’est que Pigot ne se souvient absolument pas avoir peint cette toile. Et il trouve ça bien meilleur que ce qu’il fait habituellement… Et Pigot se dit alors qu’il est mûr pour l’asile… Même plus capable de se souvenir de ce qu’il a peint…
Notre avis : Anatomie du désordre est le premier titre de la collection Carrément 20/20, subdivision de Carrément BD qui permet à des auteurs de s’exprimer toujours au format carré, mais en format souple et sur 120 pages ! Et Emmanuel Moynot, qui se sent décidemment à l’aise dans ce format carré, en profite pour densifier son récit, qu’il situe, comme ses précédents opus, dans le cadre des mystères de la création. Il est ici question de schizophrénie, de paranoïa mais aussi d’une analyse impossible du talent. Passionant du début à la fin, graphiquement éblouissant, Anatomie du désordre est un des meilleurs albums parus depuis le début de cette année 2003. Qu’on se le dise ! LT
Glénat – Collection Carrément Broché – 14,99€







