Né le 14 août 1926, le légendaire René Goscinny — disparu trop tôt à l’âge de 51 ans, en 1977 — aurait eu 100 ans cette année ! Une salve de livres célèbre aujourd’hui le centenaire du génial scénariste d’« Astérix », de « Lucky Luke » ou d’« Iznogoud » et créateur du « Petit Nicolas » (1), dont l’un est attendu depuis longtemps, puisque la première partie a paru en 2019. (2) Il s’agit du second volume du « Roman des Goscinny » par Catel (spécialiste du roman graphique biographique avec ses sensibles ouvrages sur Kiki de Montparnasse, Olympe de Gouges, Joséphine Baker…), qui a bénéficié une nouvelle fois, pour cet instructif et touchant portrait, de la complicité d’Anne Goscinny : la fille de cet homme guidé par le plaisir de divertir, dont l’héritage universel continue de faire vibrer toutes les générations…
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Marie Curie ! Tout un chacun admire la double lauréate du prix Nobel : cette scientifique révolutionnaire qui découvrit le polonium et le radium en 1898. Pour autant, combien savent que cette première femme nommée professeur à la Sorbonne appliqua sa rigueur scientifique au spiritisme ? Documentée, cette fiction signée Rodolphe et Olivier Roman aborde, aujourd’hui, cette figure mondialement reconnue par un prisme inusité en BD.
Après l’album « Sprague » paru en 2022 — avec de superbes couleurs de Denis Béchu —, Rodolphe signe là son deuxième album avec Olivier Roman : autre vieux routier de la BD, surtout connu pour les 13 albums de sa reprise d’Harry Dickson avec le scénariste Richard D. Nolane. Par son trait léger et frêle, par son traitement économe en clair-obscur, l’élégant académisme d’Olivier Roman fait la part belle à la mise en couleur du studio Cerise.
D’emblée, cette sobre colorisation numérique se décline délicatement en sourdes gammes de gris colorés et alterne ces dernières entre scènes chaudes et scènes froides, essentiellement entre ocres et bleus. Elle confère une douceur à l’ensemble tout en demeurant prudente, jouant de modulations vaporeuses pour la partition ombre/lumière. Issu du scannage du seul crayonné, le trait du dessinateur valorise au contraire le grain du papier, notamment dans de rares effets volumétriques, dans des images largement étrangères à l’aspect matériologique.
Quand on compulse cet album de 46 planches accompagné de cinq illustrations pleine page, le caractère plaisant de la mise en case du duo Rodolphe-Roman saute également aux yeux : avec son langage BD singeant parfois le code cinématographique, de grandes images sortant du cadre de la planche aux longues cases panoramiques.
Quid de l’histoire ? Cet album s’inscrit dans une série intitulée « Médiums », dont il est le premier titre. Prix Nobel de physique en 1903 avec son mari Pierre, puis Prix Nobel de chimie en 1911, l’emblématique Marie Curie est l’épicentre de cette fiction originale, rigoureusement documentée par les témoignages et comptes rendus des séances spirites menées par la médium italienne Eusapia Palladino. Des sources laissées par Pierre Curie et Charles Richet, futur Prix Nobel de physiologie et de médecine en 1913.
C’est à Paris en 1905 que les époux Curie, depuis deux ans auréolés du prix Nobel pour leurs travaux sur la radioactivité, se consacrent — curieusement — à d’inexpliqués et décriés phénomènes psychiques : apparitions de fantômes et lévitation d’objets… Dans sa jeunesse, Maria Sklodowska — future Marie Curie — invoquait déjà le fantôme de sa mère disparue… Appliquant à leurs recherches sur le spiritisme la même rigueur analytique que pour leurs travaux en laboratoire, les mêmes appareils notamment, ils organisent une série de séances de spiritisme dans l’hôtel particulier parisien du 14, rue du Condé, notamment en compagnie de confrères de renom : Édouard Branly,Henry Bergson (Prix Nobel de littérature en 1927), Paul Langevin (professeur au Collège de France).
Mais le 19 avril 1906, Pierre Curie est victime d’un accident avec un camion hippomobile glissant sur les pavés humides de la rue Dauphine : il est heurté mortellement à la tête par une roue arrière. Pour sa veuve désemparée, la perte est incommensurable. Cette tragédie la pousse à réaliser une expérience spirite — malheureusement non sourcée — autour des vêtements ensanglantés de son cher disparu… Puis le spiritisme l’aide à surmonter son deuil…
Moi-même esprit cartésien, je me suis finalement laissé emporter par ce fluide récit levant le voile sur un pan méconnu de la vie des Curie, une histoire complète agréablement menée par le duo d’auteurs. L’aventure humaine collective qui préside à cette expérimentation pourra séduire ainsi les plus sceptiques.
« Marie et les esprits » par Olivier Roman et Rodolphe
Éditions Anspach (15 €) — EAN : 978-2-9311-0517-7



















