Mythiques Mirages de l’escadrille des Cigognes, guerre froide, menace nucléaire, espions venus du froid… furent — dès les premiers épisodes de la série née dans Pilote en 1959 — les ingrédients récurrents des aventures de Michel Tanguy et de l’inénarrable Ernest Laverdure. Et cela s’est poursuivi tout au long des années 1960. Depuis 2016, le fameux duo est de retour, dans son jus, avec une série de diptyques passionnants qui auraient eu leur place dans Pilote, au temps lointain de son âge d’or. Voici la conclusion mouvementée d’un quatrième diptyque signé par un duo d’auteurs talentueux, lequel a repris, sans avoir à en rougir, les héros imaginés par les immenses Jean-Michel Charlier et Albert Uderzo.
Lire la suite...Chantal Montellier sublime « Les Damnés de Nanterre »…
C’est un excellent ouvrage que nous présente Chantal Montellier : peut-être le meilleur de sa production ! À lire absolument.
Le 4 octobre 1994, Florence Rey et Audry Maupin attaquent la préfourrière de Pantin pour voler des armes. Place de la Nation, le taxi à bord duquel ils s’enfuient percute une voiture de police. Fusillade. Course-poursuite. Cinq morts et cinq blessés en moins de 30 minutes. Coup de folie ou opération terroriste ?
Le visage d’ange paumé de Florence Rey devient une icône cathodique instantanée : symbole de la violence des temps. On invoque l’influence de films comme « Les Tueurs nés » d’Oliver Stone. On présente Rey et Maupin comme des Bonnie & Clyde de la terreur, des nihilistes délirants, alors qu’en réalité leur parcours épouse celui de tant d’enfants des classes moyennes et ouvrières en rupture avec un modèle de société de plus en plus brutal et matérialiste…
Dix ans plus tard, Chantal Montellier rouvre le dossier et suit les pistes négligées à l’époque, y compris celle, évoquée à mi-voix par certains médias, du troisième, voire du quatrième homme. Son travail, vibrant de compassion et de sincérité, jette une lumière nouvelle sur une période de notre histoire qui reste à consigner. Une mise en perspective utile, au moment où la confusion idéologique et les tentations révisionnistes brouillent ce passé proche. Et par-dessus tout cela, flotte l’inoubliable visage de Florence Rey : le soleil noir de son regard.
Ouvrage publié chez Denoël Graphic
Gilles RATIER
Chantal MONTELLIER
Née le 1er août 1947 à Bouthéon, près de Saint-Étienne dans la Loire, Chantal Montellier a grandi au sein d’une famille issue, d’un côté, de la bourgeoisie locale et de l’autre, du milieu ouvrier. Son grand-père maternel, Pierre Séon, était porion dans une mine de Saint-Etienne, et sa grand-mère tenait une épicerie-buvette dans le même quartier, tout en faisant des travaux de couture. Louis Montellier et son épouse, Maria Guichard-Montellier, étaient eux propriétaire d’un commerce de cycles : vélos, motos, et landaus. Louis organisait des courses de motos et un prix, qui fut célèbre, a porté son nom.Â
Chantal Montellier – qui revendique une ascendance aux multiples strates sociales - grandit dans un quartier résidentiel près de Saint-Étienne. Elle est poussée par sa grand-mère maternelle, qui l’élève, à lire beaucoup de romans pour la jeunesse et des bandes dessinées. Dans un contexte familial très assombri par la maladie de sa mère, elle intègre l’école des beaux-arts de Saint-Étienne en 1962 et et obtient le Certificat d’aptitude à une formation artistique supérieure (CAFAS).
Quelques années plus tard, elle obtient aussi le Diplôme national des beaux-arts (DNBA), lequel lui permettra de devenir professeure d’arts plastiques et d’enseigner alors en collège et lycée entre 1969 et 1973, tout en commençant une carrière d’artiste peintre. Plus tard, entre 1989 et 1993, elle donnera des cours à l’Université de Paris VIII. Comme elle le raconte dans une interview publiée dans le hors-série Métal hurlant consacré à  Ah! Nana (2023), elle était « aussi douée pour l’enseignement que pour la physique nucléaire… »
C’est d’abord surtout par la peinture qu’elle s’exprime : certaines de ses toiles seront d’ailleurs présentées au Grand Palais en 1972. La jeune artiste se sent immédiatement attirée par les peintres de la nouvelle figuration, et c’est grâce à Guy Debord, théoricien du situationnisme, que Chantal Montellier renoue avec la bande dessinée. Sa manière de détourner les images pour les mettre au service d’une pensée politique marque profondément la perception que Chantal se faisait cet art encore marginalisé.
À la fin des années 1960, après Mai 68, de nouveaux magazines émergent pour mettre en avant la scène de la BD contemporaine. Chantal Montellier aborde le 9e art dans Le Canard sauvage (1973), Charlie mensuel (1974), Ah ! Nana ! (1976), où elle prépublie « Andy Gang », qui se poursuivra dans Métal hurlant (1978), Psikopat... Parallèlement, elle réalise des dessins de presse dans L’Humanité dimanche, France-Nouvelle, Révolution, Le Matin de Paris, Le Combat syndicaliste, Politis, Le Monde… Proche de Tardi à ses débuts, elle a intégré de nombreuses expériences graphiques « modernistes », dont celles du groupe Bazooka, avant de parvenir à un esthétisme d’une profonde originalité qui est à rattacher au mouvement « nouvelle figuration ».
Aux Humanoïdes associés, elle signe plusieurs albums rassemblant des récits parus dans Métal hurlant : « 1996 » (1978), « Shelter » (1979), « Lectures « (1982), « Wonder City » (1983), « L’Esclavage, c’est la liberté » (1984), « Odile et les crocodiles » (1984), « Rupture » (1985). À partir de 1978, elle collabore également à la revue (À suivre) où elle se fera remarquer, en 1989, avec « Julie Bristol » : série qui se poursuivra chez Dargaud en albums jusqu’en 1994. Chez Kesselring, en 1979, elle réalise l’album « Blues », puis édite chez Futuropolis « Les Rêves du fou » (un recueil de la collection 30 x 40), 1981), « Le Sang de la commune » (1982), « La Toilette » (1983) et « Un deuil blanc » (1987). En 1998, chez Dargaud, elle conçoit « Paris sur sang » et « Mystère au Père Lachaise ». En 2005, elle publie chez Denoël Graphic « Les Damnés de Nanterre », avant que Chantal Montellier crée, avec Jeanne Puchol et Marie-Jo Bonnet, en 2007, le prix Artémisia, uniquement réservé aux autrices de bande dessinée.
Si son engagement politique a parfois été considéré comme trop radical, Chantal Montellier – encartée au parti communiste entre 1968 et 1994 - est devenue aujourd’hui une figure incontournable de la bande dessinée française, témoignant avec talent, mais sans illusions, pour la cause des marginaux et des exclus d’un monde déshumanisé.Â












