Grand Prix d’Angoulême 2010, Hervé Barulea, qui signe Baru (1), est né le 29 juillet 1947, à Villerupt (un bled de la Meurthe-et-Moselle, en Lorraine). Ado dans les années 1960, il découvre le rock`n`roll par l’intermédiaire de juke-box laissés dans les cafés après le départ de militaires américains des bases du coin, quand la France est sortie de l’OTAN. Comme l’auteur de « L’Autoroute du soleil » le déclare pour présenter ce nouveau diptyque : « Le rock`n`roll, ça reste encore et toujours ma réserve d’énergie ! » Dans ce premier volume de 140 pages tendres et drôles, et un brin nostalgiques, Baru s’intéresse à cette « musique du diable » — qui est loin d’être une musique de vieux réservée aux baby-boomers — et à ses icônes qui ont fait vibrer sa jeunesse, et toute sa vie… à travers des anecdotes vécues ou des récits fictifs, évoquant notamment les Rolling Stones, mais aussi les Yardbirds, les Who, Vince Taylor…
Lire la suite...Enquête sur l’Île de Pâques…
Dès la couverture, on sait qu’on se trouve à l’Île de Pâques, les têtes de statue émergeant sur crête d’une colline. Au premier plan, un homme nous regarde et, à l’évidence, c’est celui que désigne le sous-titre : « Une enquête de l’inspecteur Valverde ». Une enquête policière dans l’Île de Pâques ? ! Voilà qui n’est pas banal !
On est au début du XXe siècle, en 1933, plus exactement. L’île est alors chilienne, mais une compagnie anglaise en exploite une partie et l’un de ses membres, Anthony Wilcox, vient d’être assassiné. Alors qu’on accuse un Pascuan plutôt fou du meurtre, débarque Guillermo Valverde venu pour faire la lumière.
Le gouverneur qui le reçoit affiche très vite son mépris pour cette population d’indigènes parasites et peu civilisés. À l’entendre, les Pascuans sont des menteurs, des voleurs, des profiteurs. Mieux, l’homme qu’ils ont arrêté, Napoléon Riroroko, a avoué, dit-il ! Bref, on lui fait comprendre qu’il est venu pour rien et qu’il va perdre son temps à enquêter ! Mais Guillermo Valverde est du genre curieux et teigneux.
Napoléon Riroroko est effectivement un individu déconnecté du réel et qui se prend pour l’homme-oiseau, une des figures mythiques de l’île ; bref, un coupable idéal qui répète à l’infini que les Chiliens sont des poux. Valverde découvre peu à peu la situation qu’on réserve aux Pascuans, travaillant de force pour la compagnie, maltraités et parqués comme du bétail derrière des barbelés, ignorés finalement par une galerie de personnages haut en couleurs et qui donnent toute sa saveur à ce récit.
D’une certaine façon, ce titre complète (pour l’aspect historique) l’album que j’ai personnellement consacré au sort des Pascuans de l’Île de Pâques au XIXe siècl :, à savoir « Esclaves de l’Île de Pâques » réalisé avec Manu Cassier à La Boîte à bulles. Laurent Lessous, qui l’a chroniqué ici-même : « Une traite esclavagiste ajoutée à une exploitation éhontée des ressources, indiquait-il notamment, a fait descendre la population indigène de plus de 3 000 à moins de 120 âmes à la fin du XIXe siècle. En 1862, des navires péruviens abordent la paisible île de Pâques dans un but bien précis : enlever un maximum d’êtres humains pour les déporter à 4 000 Km sur les îles Chincha, proches du littoral sud-américain. Il faut des milliers de bras d’esclaves pour exploiter les gisements de guano, engrais naturel que les Européens achètent sans compter ». Autant dire qu’après les Péruviens, les Chiliens et les Anglais, les Pascuans survivants sont devenus rares…
Didier QUELLA-GUYOT Sur BDzoom.com : http://bdzoom.com/author/DidierQG/
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« Une enquête de l’inspecteur Valverde T1 : Caballero Bueno » par Thomas Gilbert et Thomas Lavachery
Éditions Rue de Sèvres (25 €) – EAN : 9782810208036
Parution 23 avril 2025















