« Karl » : encore une touchante fable philosophique signée Cyril Bonin !

Avec sa sensibilité et son trait aussi délicat que maîtrisé, et en seulement une quinzaine de titres — dont certains en plusieurs tomes — réalisés depuis 1999, Cyril Bonin (1) s’est bâti, une solide réputation dans le monde du 9e art : enchaînant les albums émouvants, mais qui nous interpellent également sur la nature humaine. L’histoire de ce Karl, robot dévoué qui va provoquer un accident de la route pour éviter une biche et, en conséquence, le décès de son riche et fantasque banquier de maître, risque de hanter pendant longtemps nos réflexions sur les rapports entre l’homme et la technologie…

La voiture a violemment percuté un sapin et le financier Charles Brooks, qui se rendait alors à la Crown Bank depuis sa propriété isolée dans les bois, est mort sur le coup. Sa fille Magda, qui ne l’avait pas revu depuis près de dix ans, hérite de cette vaste demeure. Elle y découvre, glissé dans une housse et mis en veille, l’androïde-majordome bleu acier qui était au service de son géniteur et au volant de son auto. Celui même qui a choisi d’éviter un animal, au lieu de protéger à tout prix la vie de son maître…

C’est alors qu’un expert en cybernétique vient sonner à sa porte et lui annonce qu’il mène une enquête indépendante, car la banque où travaillait son père envisage de poursuivre en justice la société qui a mis au point le robot. C’est ainsi que, même si Magda préfère les relations humaines à la technologie, elle décide quand même de rallumer ce qui n’est, pour elle, qu’un objet froid. 

Toutefois, avec le temps, elle va apprendre à connaître Karl et, étonnamment, ce dernier va l’aider à retrouver une certaine perception de la beauté du monde : sa magie, sa poésie, sa diversité… L’automate reproduit-il seulement des réactions apparentées aux hommes ou aurait-il développé une conscience ? En clair, serait-il doté d’humanité ? C’est ce que va tenter de prouver l’avocat de la partie adverse…

L’originale ambiance années cinquante, mise en valeur par le subtil dessin et les douces couleurs pastel de Cyril Bonin, permet de donner un aspect intemporel et bienveillant à ce sensible et complexe récit rétrofuturiste, proposé aux éditions Sarbacane (2) : véritable hommage à la nature, à la vie, et au temps qui passe. Mais ce qui est encore plus flagrant, c’est l’excellence de sa narration tranquille et l’art de son découpage (une constance chez cet auteur) : comme l’action prend son temps, on savoure d’autant plus les dialogues ciselés, la mise en scène contemplative, et la beauté des images…

Gilles RATIER 

(1) Sur Cyril Bonin, voir récemment sur BDzoom.com : Belle adaptation BD, par Cyril Bonin, d’une partie d’un roman-fleuve de Douglas Kennedy !Toucher le bonheur… « Du bout des doigts » : encore un émouvant album du sensible Cyril Bonin !Un classique de la littérature japonaise adapté avec pudeur, et brio…Cyril Bonin fait son jeu : rien ne va plus ?« Stella » : la fin d’un roman… le début d’une histoire, mais surtout une très belle BD de Cyril Bonin sur la création, l’identité, et la place de l’auteur…« Presque maintenant » par Cyril Bonin« La Délicatesse » par Cyril Bonin [d’après David Foenkinos]« Fog : intégrale » T1 par Cyril Bonin et Roger Seiter« The Time Before » par Cyril Bonin« Amorostasia T2 : Pour toujours… » par Cyril Bonin« Amorostasia » par Cyril Bonin« L’Homme qui n’existait pas » par Cyril Bonin« La Belle Image » par Cyril BoninChambre obscure T1… 

« Karl » par Cyril Bonin

Éditions Sarbacane (22 €) — EAN : 9791040806493

Parution 4 février 2026

(2) À noter qu’en même temps que « Karl », les éditions Sarbacane sortent également un autre récit futuriste, un peu plus violent, dû à un créateur de 38 ans, Jérôme Lavoine, dont c’est le premier album et qui mérite d’être signalé : il s’agit de l’adaptation du roman de Laurine Roux intitulé « Le Sanctuaire ».

Un dessin plutôt léché (qui fait penser à celui de Michel Crespin) et, là aussi, une narration bien huilée sont au rendez-vous de cette histoire d’enfant-chasseresse qui va, elle-même, devenir proie dans un monde où un virus transmis par les oiseaux aurait balayé la quasi-totalité des humains… : c’est poignant, initiatique et poétique à la fois ! On applaudit…

« Le Sanctuaire » par Jérôme Lavoine, d’après Laurine Roux

Éditions Sarbacane (22 €) — EAN : 9791040806615

Parution 4 février 2026

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