Il n’en reviendra pas !

Raymond Maufrais fait partie de ces explorateurs qui ont fait couler beaucoup d’encre. En 1949, il se lance en effet dans un pari un peu fou : rejoindre en solitaire, en partant de Guyane, les légendaires monts Tumuc-Humac (des collines, en réalité !). Il n’en reviendra pas, et son corps disparut à jamais. Seul son carnet de voyage fut miraculeusement retrouvé en 1951, et c’est grâce à lui que l’on peut désormais raconter son périple…

Raymond Maufrais n’en est pas alors à son premier voyage, puisqu’il connait déjà le Brésil, mais cela ne lui suffit pas. On sent, derrière cet homme, le défi coûte que coûte, l’inconscience même face à un périple à la fois organisé et en même temps mal préparé. Maufrais est sûr de lui, jusqu’à devenir sourd aux conseils et aux avertissements, même les plus inquiétants.

Le personnage que Lucas Landais met en scène est ainsi très étonnant et fait évidemment sourire les locaux avec sa prétention naïve d’atteindre les montagnes extraordinaires situées là-bas, vers le sud de la Guyane qu’il va traverser peu à peu depuis Cayenne, puis Saint-Laurent du Maroni, Maripasoula… certes aidé, pendant un bon moment, par des locaux, puis seul, désespérément seul !

Après avoir attendu pendant des semaines, le voyage commence en effet en septembre 1949. Le « western guyanais » est lancé, intrépide, affolant… Au début, Maufrais est évidemment heureux de découvrir ce que la forêt amazonienne cache de secrets et de beauté, le tout superbement rendu par le graphisme de Lucas Landais et les couleurs incroyablement réussies, souvent très créatives, d’Elisa Cellier, dont le nom mériterait vraiment d’apparaitre en couverture. Mais, peu à peu, des réalités plus négatives entachent sa vision idéalisée de ces contrées.

Pourtant, Maufrais ne lâche rien. Il avance, toujours, même quand c’est monotone, même quand c’est dangereux (notamment à cause du monde animal qu’il côtoie), même quand la faim le tenaille et que la maladie l’affaiblit. Il faut dire que Maufrais a un compagnon fidèle : un chien maigrichon qui s’est imposé à lui dès le départ. Landais a évidemment imaginé certains épisodes, mais en respectant la chronologie du voyage de l’explorateur, que précisera le journal intime retrouvé deux ans plus tard.

C’est l’Enfer vert, dans toute sa splendeur, que nous offrent en pâture les auteurs : un enfer vertigineux, onirique quelquefois, d’où surgissent ici et là les souvenirs traumatisants de la Seconde Guerre mondiale. À noter, en postface, un dossier de huit pages avec photos ajoutant des éclaircissements sur la vie de Raymond Maufrais et sur la Guyane.

Didier QUELLA-GUYOT

Sur BDzoom.com : http://bdzoom.com/author/DidierQG/

Sur L@BD :  https://basenationalelabd.esidoc.fr, et sur Facebook.

« Je reviens dans six mois » par Lucas Landais

Éditions Albin Michel (23, 90€) – EAN : 9782226495198

Parution 4 février 2026

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