À une époque où la bande dessinée « pornographique » était bannie des librairies, seuls les talentueux Milo Manara et PaoloEleuteri Serpieri étaient présents dans les librairies, malgré la censure instituée par les lois Pasqua. Avec la conclusion de ce préquel débuté en 2022, il est temps de dire adieux à …
Lire la suite...« Druuna au commencement » : une conclusion en apothéose pour le préquel de la plus pulpeuse des héroïnes de BD !
À une époque où la bande dessinée « pornographique » était bannie des librairies, seuls les talentueux Milo Manara et PaoloEleuteri Serpieri étaient présents dans les librairies, malgré la censure instituée par les lois Pasqua. Avec la conclusion de ce préquel débuté en 2022, il est temps de dire adieux à …
À une époque où la bande dessinée « pornographique » était bannie des librairies, seuls les talentueux Milo Manara et PaoloEleuteri Serpieri étaient présents dans les librairies, malgré la censure instituée par les lois Pasqua. Avec la conclusion de ce préquel débuté en 2022, il est temps de dire adieux à l’impudique héroïne née il y a 40 ans — en 1985 — dans Charlie Mensuel, sous l’impulsion de Claude Moliterni. Cette trilogie évoque le passé du personnage avant le premier épisode de « Morbus Gravis » : un futur pas vraiment réjouissant de l’humanité, vu par un maître italien de la bande dessinée.
Déjà en bien mauvais état, victime des guerres, de la pollution, de la tyrannie ou de la corruption, la Terre est anéantie par un ultime virus baptisé le Mal. Les derniers Terriens survivent à bord de la Cité : un astéroïde artificiel labyrinthique dominé par l’intelligence artificielle Alpha. Détruits par un mal mystérieux qui les transforme en mutants, monstres avides de sang, les survivants doivent leur salut à une transfusion sanguine. Parmi eux, la sculpturale Druuna, laquelle doit se prostituer pour obtenir le précieux remède destiné à son amant ravagé par le Mal. Ce sont les événements antérieurs à la catastrophe qui sont évoqués tout au long de ce préquel complexe, dont le troisième et dernier épisode vient de paraître.
Deux actions simultanées sont proposées au fil de ce récit post-apocalyptique. Accompagnée aux enfers par Polydore, Druuna est à la recherche de l’âme damnée de son ancêtre — Demetra —, morte peu avant la grande catastrophe. Cette séquence très sombre,où la plantureuse Druuna s’offre à des cyberdémons, est évoquée au lavis par le superbe trait, original, de l’excellent Corrado Roi. Le chapitre consacré à la destruction d’Arka City engloutie par un trou noir permet de suivre Druuna au sein de l’univers malsain d’un monde en perdition et qui a été imaginé par Paolo Eleuteri Serpieri.
Andrea Iula, successeur d’Eon (Joseph Viglioglia) et adoubé par le maître dès le deuxième épisode, campe une Druuna aux formes généreuses, telle que nous la connaissons. Sans égaler le génie de Serpieri, il s’en sort bien : « J’en suis très satisfait, et j’espère que vous apprécierez tout autant que moi le travail qui a donné vie au dernier acte de cette trilogie qui narre la genèse de ma créature adorée », écrit le maître en conclusion de son avant-propos.
Marco Cannavò signe le scénario de cet ultime album, bouclant avec habileté les aventures de ce personnage culte qui a fait fantasmer plusieurs générations de lecteurs masculins. Un savant dosage de fantastique, de sexe, d’horreur et la présence de somptueuses filles de papier.
Les dernières pages de l’album permettent de savourer une sélection d’illustrations et de croquis rares ou inédits réalisés par le créateur. Notons que les nombreuses séquences pornographiques, au réalisme d’une rare crudité — ce n’est pas un reproche —, destinent la lecture de cet ouvrage à un public d’adultes avertis.
Né en 1974, Marco Cannavò, journaliste, concepteur d’expositions, consultant de festivals, aborde le scénario en 2013 avec la série « Crom » (non traduite en France). Il publie en France, avec Corrado Roi, « Dracula – L’Ordre du dragon », « Frankenstein – Au nom du père » et « Jeckyll & Hyde – Le Docteur et l’assassin », tous trois chez Glénat.
Corrado Roi, né le 11 février 1958 à Laveno-Mombello (Lombardie), débute à 16 ans avec « Rick Zero » pour le studio Origa. Il commence une longue collaboration avec Sergio Bonelli Editore, animant Mister No, Martin Mystère, Nathan Never, Texone, Julia, Brendon… et surtout Dylan Dog, dont il signe toutes les couvertures de la série et dessine les épisodes les plus emblématiques. Depuis 2023, il dessine des classiques de la littérature d’horreur adaptés par Marco Cannavò.
Andrea Iula, né à Gênes en 1972, étudie le dessin à l’école de BD de Chiavari. Il démarre comme coloriste chez Disney, tout en réalisant des travaux pour la publicité. Il réalise des jeux vidéo, enseigne la BD à la Scuola Internazionale di Comics de Gênes etsigne des illustrations pour les éditions Annexia. C’est en 2023 qu’il succède à Eon pour la mise en images de « Druuna au commencement ».
Henri FILIPPINI
« Druuna au commencement T3 : Diabolicus Morbus » par Andrea Iula, Corrado Roy et Marco Cannavò, d’après Paolo Eleuteri Serpieri
Éditions Glénat/Lo Scarabeo (16 €) — EAN : 9782344073544


















