« Frankenwood » : lorsque la machine à rêver réanime ses stars…

Avec une bonne dose d’humour noir, cette comédie, digne des meilleurs scénaristes du Hollywood mythique, ressuscite stars et décors de l’âge d’or des années d’après-guerre du cinéma américain. Un film en images, horrifique, fantasmé, s’offrant le luxe d’une distribution de rêve impossible, où évoluent les vedettes éternelles. Sous-titré avec humour « Une comédie noire en parodirama », ce récit est un régal pour les nostalgiques du cinéma américain : un voyage improbable en compagnie d’acteurs mythiques pour les autres.

Comté de Los Angeles, 1963 : Georgie, copie conforme de l’acteur George Reeve, bien connu pour son rôle de Superman à la télévision, enchaîné sur une voie ferrée, s’apprête à être déchiqueté par un train de marchandises. Cette séquence dramatique est la première de ce récit dont les protagonistes sont les stars étrangement ressuscitées du cinéma américain. À la fois Sam Spade et Philip Marlowe, Bogie — Humphrey Bogart — reçoit en son bureau de détective privé le parfait sosie de Marilyn Monroe. Elle lui demande d’enquêter sur la mort de son ami Georgie, dont le corps mutilé repose à la morgue. Pour Bogie et Marilyn, le duo vedette de cette comédie morbide, débute un long périple au cœur de la cité des Anges, plus vraie que la vraie, où ils croisent la route de stars disparues : Boris Karloff, Ollie Hardy, Stan Laurel, Sofia Loren, Afred Hitchcock et son épouse (et scénariste !) Alma Reville, Clark Gable, Jack Nicholson ou SJ — l’impresario de Humphrey — qui lui demande d’effectuer un casting pour obtenir le rôle de James Bond… et même le président Kennedy récemment assassiné. À l’issue d’un parcours mouvementé, le couple découvre que ce beau monde semble lié à un étrange bâtiment baptisé The Castel : un mystérieux commanditaire y réside qui souhaite exploiter les stars après leur mort.

Entre humour noir et polar déjanté, cette histoire de 112 pages au scénario décalé est un réel divertissement, inclassable, dont on déguste avec gourmandise les subtilités. Les dessins du Croate Igor Kordey invitent à savourer une facette insolite de Hollywood :les décors des films cultes sont reproduits avec minutie par un dessinateur — vieux routier de la BD —, dont le trait est sublimé par le sujet qui l’inspire. Produit par deux auteurs confirmés, ce one-shot propose au lecteur de sortir du classicisme réaliste de la bande dessinée traditionnelle franco-belge pour découvrir un dessin inventif et puissant, où se mêlent la fantaisie de l’humour noir et le réalisme morbide d’une histoire sanglante.

Igor Kordey.

Né à Zagreb, en Coatie, le 23 juin 1957, Igor Kordey étudie le dessin à l’École des arts appliqués et de design de sa ville natale,avant de cofonder le collectif New Square. De retour en Croatie, il fonde le studio Incident, où il publie des illustrations et des bandes dessinées, à plusieurs reprises récompensées. En 1986, il débute une carrière francophone avec la trilogie « Saga de Wam » (d’après le romancier roumain Vladimir Colin) pour les Humanoïdes associés. Il voyage au Canada, commence à travailler pour les États-Unis, collaborant avec Dark Horse où il dessine « Tarzan », « Predator », « Star Wars », mais aussi pour DC et Marvel, animant « New X-Men », « Black Widow » « Soldier X » « Cable », « Captain America »… Au début des années 2010, il inaugureune longue collaboration avec les éditions Delcourt pour lesquelles il dessine « Smoke » avec Alex De Campi, « L’Histoire secrète » (une série-fleuve qui compte plus de 30 albums) et « Empire » avec Jean-Pierre Pécau, « Le Cœur des batailles » avec Jean David Morvan, « Marshall Bass » et « Nous les morts » avec Darko Macan, « Taras Boulba » avec Jean-David Morvan et Frédérique Voulyzé, « L’Idole et le fléau » avec Laurent-Frédéric Bollée… « Frankenwood » est sa première histoire destinée aux éditions Dupuis.

Darko Macan.

Né à Zagreb en Croatie en 1966, Darko Macan étudie l’histoire et l’archéologie. Il débute 20 ans plus tard en écrivant des histoires de science-fiction pour des journaux de l’ex-Yougoslavie. « Bemmet » est sa première bande dessinée destinée à la revue SFera. Il réalise des épisodes de « Tom et Jerry », puis écrit des aventures de « Donald Duck » ou « Mickey Mouse » pour le marché danois et « Grendel Tales », « Tarzan : Carson of Venus », quelques épisodes de « Star Wars »… pour les États-Unis, le plus souvent avec son compatriote Edvin Biukovic. Il écrit le scénario d’« Un grain de sable dans le pollen » pour Massimo Fecchi (non publié en France), ainsi que ceux de « Marshall Bass », « Nous les morts » et « Colt & Pepper » pour Igor Kordey aux éditions Delcourt.

Henri FILIPPINI

« Frankenwood » par Igor Kordey et Darko Macan

Éditions Dupuis (23 €) — EAN 9782808505864

Parution 3 avril 2026

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