« J’ai toujours rêvé d’être un fermier » : Jean Harambat se met au vert…

Devenu un auteur de bande dessinée confirmé, Jean Harambat n’a jamais oublié ses Landes natales ni ses origines paysannes. Un passé et un savoir-faire familial qui irriguent nombre de ses récits, et que l’auteur raconte en détails dans « J’ai toujours rêvé d’être un fermier ». Découpé en chapitres thématiques, ce récit intime et bucolique rend formidablement sensible un patrimoine éternel : la campagne, sa faune et sa flore, ainsi que les travaux quotidiens, réalisés dans la vieille ferme gasconne acquise par l’auteur. Une douce invitation à penser la nature, entre poésie et humanisme…

L'aventure de la ruralité (planche 2 ; Dargaud, 2026).

Né en 1976 à Mont-de-Marsan (Landes), Jean Harambat effectue des études de philosophie, joue au rugby, travaille dans un ranch de Tasmanie et devient logisticien au Libéria pour Action contre la faim, avant de réaliser, pour la presse écrite, des reportages dessinés (il voyage en Biélorussie, Éthiopie, Céphalonie et au Sahara). Il fait finalement carrière dans le 9e art à partir de 2008, sans rien renier de ses expériences précédentes. Puisant souvent dans l’Histoire et la mythologie, mettant en perspectives les tonalités tragico-comiques et la vulnérabilité humaine (citons « Le Juge pendeur » en 2011, « Ulysse, les chants du retour » en 2014, « Opération Copperhead » en 2017, « Le Detection Club » en 2019 et « La République d’après l’œuvre de Platon » en 2021), le bédéaste a régulièrement décrit le monde rural. En couvertures de ses albums, les personnages traversent ou s’inscrivent dans des paysages, confrontant leurs propres existences à l’aventure et aux épreuves du temps : à pied (« Ulysse ») ou à cheval (intégrale d’« Hermiston » en 2018), ces deux modes de déplacement se côtoyant souvent, à l’instar du visuel du présent ouvrage ou de l’irruption (hors-champ) de l’un dans l’espace de l’autre. Voir ainsi « Les Invisibles » : album (récompensé du Prix Château de Cheverny de la BD historique en 2019) où un cavalier fait irruption dans le quotidien paysan landais des révoltés contre la gabelle au XVIIIe siècle.

Couvertures pour « Les Invisibles » (Futuropolis, 2008), « Ulysse, les chants du retour » (Actes Sud, 2014) et l'intégrale « Hermiston » (Futuropolis, 2018).

Débutant son album par la phrase-titre « J’ai toujours rêvé d’être un fermier » (et non « célèbre » ou « un gangster »…), Harambat retisse un lien entre héritage familial, appel de l’aventure et philosophie intime. Du terrain de jeu de l’enfance à la ferme volonté de reprendre en mains une vieille ferme gasconne (baptisée La Bouyrie, la maison du laboureur en gascon), l’auteur décrit méthodiquement le fruit de son labeur et de ses observations : « L’Été de la Saint-Martin », « Métayage » , « L’Homme est responsable du paysage », « L’Oiseau bleu », « Xénophon au Péloponnèse », « Le Renard », « Le Jardin imparfait », « Les Saules » ou « La Danse des abeilles », pour ne citer que ces quelques titres de chapitres, donneront une idée de la pluralité des approches et sujets traités dans ce one-shot de 112 pages, mi-récit autobiographique et mi-documentaire écologique.

Le temps de s

Seulement l'été (planche 14 ; Dargaud, 2026).

Se laisser absorber par la beauté de la lumière au petit jour, faire le tour du terrain pour vérifier que tout est en ordre, partager une terre hospitalière, cultiver le champ tout autant que son esprit, comprendre que tout le monde mange tout le monde, se confronter à d’autres formes de responsabilité… Si les messages abondent dans « J’ai toujours rêvé d’être un fermier », ils sont délivrés au fil des pages avec une douceur et un caractère raisonné. En racontant le quotidien et le passage des saisons, autour de la rénovation de cette maison de laboureur, le récit se fait essentiellement attentif aux choses. C’est la grande force de l’ouvrage, qui s’inscrit comme une ode sensible à la nature, sans militantisme. Un album dans la veine des œuvres de Rousseau, Zola (« La Terre »), Pagnol (« L’Eau des collines ») et Giono (« Regain », « L’Homme qui plantait des arbres ») ; en bande dessinée, d’Étienne Davodeau (« Les Ignorants », 2011) au duo Troubs/Edmond Baudoin (« Le Goût de la terre », 2013) en passant, humour compris, par Didier Tronchet (« Tous à la campagne ! », 2024) et Manu Larcenet, avec son désopilant « Retour à la terre » (2002).

Mémoires (planches 18 ; Dargaud, 2026).

Philippe TOMBLAINE

« J’ai toujours rêvé d’être un fermier » par Jean Harambat

Éditions Dargaud (23,95 €) — EAN : 9782487663329

Parution 10 avril 2026

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