Avec le somptueux « Nouvelle France », le scénariste Stephen Desberg et le dessinateur Bernard Vrancken mettent en scène une captivante aventure humaine durant les guerres coloniales nord-américaines du XVIIIe siècle. Quand l’histoire rencontre le fait d’hiver…
D’emblée, par son sujet, cet album généreux (riche de quelque 113 planches et 128 pages) convoque le souvenir d’un autre grand récit : celui de Hugo Pratt paru chez Casterman en 1976 : « Fort Wheeling ». Si Pratt jouait de son admirable noir et blanc, Vrancken joue de la couleur avec ce nouvel album : une couleur où prime la valeur dramaturgie, entre noirceur des ombres et blancheur de l’hiver.
Les sarcophages du sixième continent 1, de Sente et Juillard
Il fallait oser le faire : montrer Mortimer sans barbe et Blake sans moustache, retracer les conditions de leur rencontre en Inde, ainsi que le passé mouvementé et amoureux de celui qui deviendra le professeur Mortimer.
Il fallait oser, Sente et Juillard l’ont fait. Et, avouons le, la partie dite de « flash-back » est la plus réussie de ce nouvel album, tant cette fraction du récit se révèle passionnante. C’est en effet dans les années 30, alors que Mortimer, jeune écossais frais émoulu de l’université, retrouve sa famille en Inde, que la machination de 1958, mise en place par une alliance entre le gouvernement russe et un mystérieux empereur indien âgé de 2000 ans, trouve ses racines. 1958, c’est l’année de l’exposition universelle de Bruxelles. Mortimer, qui dirige le pavillon britannique, tente de transmettre en direct, via une liaison radio, les battements de cœur du sixième continent, l’Antarctique. C’est en utilisant cette liaison que les terroristes frappent au cœur de l’exposition universelle, qu’ils cherchent à déstabiliser.
Si l’intrigue sophistiquée mise en place par Yves Sente ne trouve pas son terme au bout de cet album, celui-ci est suffisamment riche en révélations et émotions pour nous permettre de l’apprécier sans faire la fine bouche. Outre tous les personnages clés de la série créé par Edgar P. Jacobs, Nasir y compris, qui fait ici son grand retour, Sente met en scène un nouveau « méchant » dans la plus grande tradition. Quant à André Juillard, il témoigne majestueusement d’une maîtrise du graphisme ligne claire et des personnages créés par Jacobs. LT






