La publication de ce nouvel album de « Max Fridman », l’une des séries emblématiques de l’Italien Vittorio Giardino (âgé aujourd’hui de 79 ans), est un événement : d’autant plus que son réaliste dessin « ligne claire » est toujours aussi élégant et que son propos humaniste, témoignage d’une époque trouble pour une Europe en plein désarroi, est une fois de plus séduisant et poignant… Après avoir traqué les fascistes à Istamboul ou à Budapest, et pendant la guerre civile espagnole, notre énigmatique et flegmatique agent secret évolue, cette fois-ci, dans l’Autriche — annexée par l’Allemagne nazie — de 1938, pour cet imposant ouvrage composé de deux parties distinctes qui forment un tout passionnant…
Lire la suite...La chute, tome 1, Les prisons de chair
Les petites structures de la bande dessinée réservent souvent d’excellentes surprises : les Editions petit à petit réussissent avec cet album à donner sa chance à une oeuvre originale et forte, dont la réussite tient à la complémentarité de ses deux auteurs en totale symbiose
Le récit se déroule sur deux plans. D’une part, se développe la narration des derniers jours des cathares réfugiés sur le Pog de Monségur, impeccable de véracité historique. D’autre part, en voix off, un commentaire théologique à la première personne remettant en cause l’interprétation cosmogonique de l’Eglise procure sa tension fantastique au récit.
A l’intensité dramatique du récit de Gabella, qui a subtilement composé une trame restituant toutes les facettes humaines, politiques et religieuses du drame cathare, répond le trait acéré et la couleur expressionniste de Poulos qui parvient parfaitement à rendre la cruauté implacable du temps et le vertige des lieux, des enjeux et des choix personnels ou collectifs. D’un côté, un texte qui retrouve toute la puissance contestatrice de l’hérésie, offrant au passage une autre interprétation inspirées des querelles théogoniques des premiers siècles de la chrétienté (et si le créateur de l’univers n’était pas Dieu lui-même ?), de l’autre des scènes intenses qui reposent sur des cadrages serrés et des dominantes chromatiques angoissantes. Un album d’une grande richesse qui gagne à être relu plusieurs fois.
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Joël Dubos
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La chute, t1, Les prisons de chair, Gabella, Poulos, Petit à Petit, 13,50 euros






