Né en 1956, Suehiro Maruo ne pouvait pas encore être un adolescent engagé dans les années 1960. Pourtant, quand on lit « UNderGround » (avec cette graphie propre à la contre-culture alternative japonaise), on pourrait considérer ce manga comme une autobiographie. Il n’en est rien : c’est une allégorie de l’époque, un à travers ce mouvement artistique que la jeunesse s’est rapidement approprié pour son côté subversif et dérangeant, à l’image de l’œuvre de Maruo qui n’hésite pas à bousculer les conventions visuelles.
Lire la suite...La chute, tome 1, Les prisons de chair
Les petites structures de la bande dessinée réservent souvent d’excellentes surprises : les Editions petit à petit réussissent avec cet album à donner sa chance à une oeuvre originale et forte, dont la réussite tient à la complémentarité de ses deux auteurs en totale symbiose
Le récit se déroule sur deux plans. D’une part, se développe la narration des derniers jours des cathares réfugiés sur le Pog de Monségur, impeccable de véracité historique. D’autre part, en voix off, un commentaire théologique à la première personne remettant en cause l’interprétation cosmogonique de l’Eglise procure sa tension fantastique au récit.
A l’intensité dramatique du récit de Gabella, qui a subtilement composé une trame restituant toutes les facettes humaines, politiques et religieuses du drame cathare, répond le trait acéré et la couleur expressionniste de Poulos qui parvient parfaitement à rendre la cruauté implacable du temps et le vertige des lieux, des enjeux et des choix personnels ou collectifs. D’un côté, un texte qui retrouve toute la puissance contestatrice de l’hérésie, offrant au passage une autre interprétation inspirées des querelles théogoniques des premiers siècles de la chrétienté (et si le créateur de l’univers n’était pas Dieu lui-même ?), de l’autre des scènes intenses qui reposent sur des cadrages serrés et des dominantes chromatiques angoissantes. Un album d’une grande richesse qui gagne à être relu plusieurs fois.
Joël Dubos
La chute, t1, Les prisons de chair, Gabella, Poulos, Petit à Petit, 13,50 euros







