Après un lancement réussi du premier tome en mode participatif, suivi d’une diffusion en librairie l’an passé et d’une post-publication en Allemagne — dans la revue Zack —, revoici le sympathique détective privé parisien Jeff Mistral dans une nouvelle et trépidante aventure. Elle va le mener en Camargue, à Arles plus précisément, où il filera un coup de main à un copain journaliste au Petit Méridional ; lequel enquête sur des meurtres perpétrés avec des armes de légionnaires romains, dans les lieux emblématiques de l’époque antique que sont les cryptoportiques ou les thermes de Constantin… Alain Julié et Olivier Andrieu s’en donnent à cœur joie dans cette investigation vintage, et limite ésotérique, remplie de voitures anciennes, de clins d’œil et de bonne humeur…
Lire la suite...« L’Amérique ou Le Disparu » par Réal Godbout [d’après Franz Kafka]
Karl Rossman, jeune homme originaire de Prague, est forcé d’émigrer à New York pour fuir le scandale : il a malencontreusement engrossé la bonne de ses parents. Naïf, seul et sans le sou, il ne va cesser de passer de malentendus en mauvaises rencontres, ratant les opportunités de s’en sortir qui se présentent à lui. Victime de toutes sortes d’injustices, il est piégé dans un labyrinthe social où le faible est condamné à l’échec…

Réal Godbout, célèbre dessinateur et scénariste montréalais – ne serait-ce qu’avec ses antihéros Michel Risque et Red Ketchup, dont les aventures déjantées sont également rééditées aux éditions La Pastèque —, est presque un mythe chez nos cousins québécois (voir : Vive le Capitaine Kébec : Libre !.
Aussi, pour ses derniers, rien que le fait d’apprendre qu’il s’était enfin remis à la bande dessinée, se hasardant, en plus, sur un terrain sur lequel on ne l’attendait pas (l’adaptation du premier roman, resté inachevé, de Franz Kafka) – était un événement en soi.
Tout en prenant à contre-pied l’atmosphère sinistre et extrêmement étrange des autres récits du romancier praguois, avec son caricatural et efficace graphisme très ligne claire, Godbout reste toutefois fidèle à ce roman enlevé et ironique… Et c’est une totale réussite : tant sur le plan graphique que narratif !
Il aura quand même fallu sept ans pour qu’il vienne à bout de cette mise en bulles et en cases où l’on retrouve, évidemment, les thèmes favoris de l’auteur du Procès ou du Château ; notamment cette critique du rêve américain, de la bureaucratie et d’une société impersonnelle qui ont entièrement prise sur l’individu déraciné, lequel reste le seul véritable responsable de ses choix. Heureusement, Godbout a eu la bonne idée d’épicer agréablement le tout d’une touche d’humour absurde et de mettre en valeur les ressorts feuilletonesques de l’histoire par un découpage maîtrisé. On obtient alors, au final, une forme cocasse et burlesque du pessimisme kafkaïen : suscitant autant les pleurs que les rires !
Gilles RATIER
« L’Amérique ou Le Disparu » par Réal Godbout [d’après Franz Kafka]
Éditions La Pastèque (23,70 €) – ISBN :978-2-923841-35-9











