Quel beau récit en bande dessinée que ces bouleversantes « Mémoires d’un garçon agité » : l’histoire d’un gamin émotionnable d’une dizaine d’années qui a décidé d’arrêter de grandir et de se raconter, à l’aide de la vieille machine à écrire familiale. Ce refuge dans l’écriture est le seul moyen qu’il a trouvé pour essayer de stopper le temps : pour oublier le fait de se sentir responsable, ainsi que la douleur subie devant l’anéantissement de ce qui était jusque-là sa vie. Le sensible dessin à la Sempé de Valérie Vernay et cet attachant personnage qui retrace des anecdotes de sa courte existence pourraient nous faire penser au Petit Nicolas, mais le propos du scénariste Vincent Zabus — par ailleurs poète et dramaturge — est tout autre : l’humour n’est là que pour dissimuler la gravité du sujet.
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Ils étaient quatre amis, et l’un d’eux s’est donné la mort. Les dégâts provoqués par ce décès sur les trois trentenaires encore vivants sont incommensurables : comment vont-ils gérer, chacun, cet événement tragique et affronter cette culpabilité qui peut leur faire croire qu’ils n’ont peut-être pas été assez présents auprès de leur copain en détresse… Un récit interrogatif sur l’amitié, rempli de fausses pistes, et qui bénéficie d’une illustration subtile, ronde et réaliste à la fois !
Chacun des protagonistes va se retrouver le temps d’une soirée un peu spéciale, après que le notaire leur ait remis un cadeau personnalisé, et très surprenant, de la part du défunt. Voilà qui perturbe encore plus Hugo, lui qui ne peut déjà pas se résoudre à accepter cette réalité : au point de n’avoir toujours pas effacé le numéro de son pote du répertoire de son téléphone. Il perd alors tous ses repères, revoit un ancien flirt et en fait sa maîtresse, alors qu’il a une superbe et jusque-là compréhensive compagne…
Le scénariste Jim, qui est aussi un habile dessinateur comme il nous l’a prouvé encore récemment avec son très beau diptyque « Une nuit à Rome », a mis au point une habile mécanique sur fond de crise de la quarantaine et de réflexions sur la mort. Cette histoire douce-amère bénéficie aussi d’une illustration douce et dynamique à la fois, pas si éloignée que ça du graphisme de certains mangas : une marque esthétique que peaufine, album après album, le dessinateur de « Tranquille Courage » ou des « Âmes nomades », chez le même éditeur.
Gilles RATIER
« Où sont passés les grands jours ? » T1 par Alex Tefenkgi et Jim
Éditions Bamboo/Grand Angle (13,90 €) – ISBN : 978-2-8189-2552-2











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