Manu Larcenet nous livre peut-être ici son album le plus personnel, après « Le Combat ordinaire » et « Blast » ! Il nous parle de la mort et de la vieillesse, cherchant à regarder en face ce qui nous échappe : la maladie, la solitude, l’angoisse, les liens que l’on a brisés, le temps qui passe, l’inadaptation à la société… Plus radicalement encore, en se dessinant au bord du vide et en retirant presque tout ce qui pourrait faire écran entre son personnage et le lecteur, il laisse planer cette question qui revient lorsque tout le reste s’effondre : à quoi bon ? « L’Insensé » est un album poétique que certains jugeront parfois inconfortable, mais qui est d’une puissance rare : une œuvre qui refuse les facilités de l’émotion, pour mieux atteindre quelque chose de beaucoup plus profond…
Lire la suite...« Violette Nozière vilaine chérie » par Camille Benyamina et Eddy Simon
Voici encore une biographie en bandes dessinées joliment mise en images par un nouveau talent féminin, au trait sensuel et doux, qui alterne habilement les contrastes, entre obscurité et lumières : Camille Benyamina, diplômée de l’école Émile Cohl à Lyon dont c’est la première — et certainement pas la dernière — incursion en ce domaine.

Ce portrait psychologique de cette tristement célèbre criminelle – l’une des affaires judiciaires les plus notoires du Paris de l’entre-deux-guerres – est également fort bien découpé par le scénariste Eddy Simon : journaliste, écrivain et spécialiste du 9e art qui s’est plus intéressé à la personnalité manipulatrice de cette parricide qu’au déroulement, point par point, du fait divers scandaleux. C’est d’ailleurs l’un des principaux attraits de ce bel album pourtant très bien documenté : car tout est dans les jeux de regards et dans l’ambivalence des différents protagonistes.
Ceux qui connaissent déjà toute l’affaire grâce au très bon film de Claude Chabrol, où explosa alors tout le talent de l’actrice Isabelle Huppert qui interprétait ce rôle de monstre en jupons des années trente, apprécieront les partis pris de profondeur graphique et de narration théâtrale. Les autres se laisseront porter, quant à eux, par l’histoire mystérieuse et attachante de cette jeune et perfide menteuse de dix-neuf ans, condamnée à mort pour avoir tenté d’assassiner, avec force de somnifères et de gaz, sa mère et son père qui, lui, ne s’en sortira pas…
Finalement graciée, puis réhabilitée, elle mourut d’un cancer des os à l’âge de cinquante et un ans, après avoir déchaîné l’inspiration des surréalistes et de la presse à scandale.
Gilles RATIER
« Violette Nozière vilaine chérie » par Camille Benyamina et Eddy Simon
Éditions Casterman (20 €) – ISBN : 978-203-03854-7












