Quel beau récit en bande dessinée que ces bouleversantes « Mémoires d’un garçon agité » : l’histoire d’un gamin émotionnable d’une dizaine d’années qui a décidé d’arrêter de grandir et de se raconter, à l’aide de la vieille machine à écrire familiale. Ce refuge dans l’écriture est le seul moyen qu’il a trouvé pour essayer de stopper le temps : pour oublier le fait de se sentir responsable, ainsi que la douleur subie devant l’anéantissement de ce qui était jusque-là sa vie. Le sensible dessin à la Sempé de Valérie Vernay et cet attachant personnage qui retrace des anecdotes de sa courte existence pourraient nous faire penser au Petit Nicolas, mais le propos du scénariste Vincent Zabus — par ailleurs poète et dramaturge — est tout autre : l’humour n’est là que pour dissimuler la gravité du sujet.
Lire la suite...« Back to Perdition » T1 par D. Marie et Vanders
Une tranche de vie saignante, à l’australienne, beaucoup plus noire que « Crocodile Dundee », c’est le menu proposé par « Back to Perdition ». Arrivé là, à Perdition, vous ne sourirez jamais !
Angie y vit avec son père, le propriétaire incontesté d’une ferme aux crocodiles qui dirige ses employés d’une main de fer dans un gant de cuir (de croco !). Alors, imaginez ce qui arrive quand la gamine se prend d’amour pour Mayaw, un bel Aborigène. Entre un père furieux et un Bruce, chasseur blanc violent et rejeté par la jolie Angie, l’histoire vire évidemment au drame, raciste et vengeur !

L’imbroglio amoureux s’appuie sur un schéma traditionnel et manichéen, assez convenu, finalement. Ce qui l’est moins, c’est le décor et ça commence dès la couverture par un entrelacs impressionnant de croco sanguinaires qui doit beaucoup aux couleurs de Cyril Saint-Blancat. Puis l’Australie impose son bush implacable, la Terre d’Arnhem (territoire du Nord de l’Australie rendu aux Aborigènes après 1976) et sa « wet » (la saison des pluies) qui plombe le ciel, détrempe tout, embourbe individus et passions. Pas étonnant que les protagonistes soient eux aussi en acier… trempé ! Comme l’histoire est prévue en deux tomes, on ne sait pas qui en ressortira complètement sec ! Angie, peut-être ?
Parce que l’Australie contemporaine n’est guère présente dans les albums, mentionnons cet autre titre paru il y a une dizaine d’années chez Casterman : » Bitume » tome 3 ( » Cow-boy Louie l’Australien « ), de Michel Constant et Michel Vandam (cf. notice L@BD).

Mais pour changer radicalement des marécages glauques et des crocodiles ou kangourous brutalisés, pour redonner des couleurs chatoyantes à l’Australie et en rêver, reste l’excellente série » Toto l’ornithorynque » de Yoann et Éric Omond (cf. notice L@BD), chez Delcourt !
Bons voyages.
Didier QUELLA-GUYOT (L@BD)
» Back to Perdition » T1 par Damien Marie et Vanders
Éditions Vents d’Ouest (13,50 €)









