Manu Larcenet nous livre peut-être ici son album le plus personnel, après « Le Combat ordinaire » et « Blast » ! Il nous parle de la mort et de la vieillesse, cherchant à regarder en face ce qui nous échappe : la maladie, la solitude, l’angoisse, les liens que l’on a brisés, le temps qui passe, l’inadaptation à la société… Plus radicalement encore, en se dessinant au bord du vide et en retirant presque tout ce qui pourrait faire écran entre son personnage et le lecteur, il laisse planer cette question qui revient lorsque tout le reste s’effondre : à quoi bon ? « L’Insensé » est un album poétique que certains jugeront parfois inconfortable, mais qui est d’une puissance rare : une œuvre qui refuse les facilités de l’émotion, pour mieux atteindre quelque chose de beaucoup plus profond…
Lire la suite...De l’autre côté » par Léopold Prudon
À l’heure où le nombre des migrants (qu’il s’agisse d’expatriés économiques ou de réfugiés politiques) explose, il est bon de se mettre dans la peau des individus qui partent seuls ou en famille vers l’inconnu pour fuir l’insécurité, ou pire, la mort. Reportages, romans et bandes dessinées s’y essaient et l’album de Lépold Prudon fait partie de ces tentatives réussies…
Hamza est tunisien et désire plus que tout une autre vie, fuyant la Tunisie de l’après Ben Ali, un après dont il estime qu’il ne permettra pas de reconstruire le pays sur de nouvelles bases. Il pense qu’ailleurs c’est l’Eldorado et un ami a beau lui dire qu’il y sera seul, qu’il n’aura qu’un job de merde et un logement de merde, rien y fait, il part. Le désir, les rêves sont des moteurs implacables, plus que le courage car Hamza a peur, peur de cette traversée où il risque la mort, obsédé par ces fonds sous-marins et la faune aquatique inquiétante sous les dents de laquelle il craint de disparaître à jamais.
Les cases muettes sont d’ailleurs nombreuses à restituer ce malaise, traitées dans des noirs et blancs tranchés, comme pages 12 et 13 quand il regarde une dernière fois son village. Alors l’entassement des candidats à l’exil commence, à terre d’abord, puis à bord, lors de la traversée vers Lampedusa, si proche des côtes et si lointaine. Les échanges sont ténus, quotidiens, tandis que la peur au ventre tout le monde redoute que le bateau ne coule. Après la hantise des monstres marins, il faudra supporter celle des cafards qui semblent envahir des sous-sols kafkaïens…
Léopold Prudon, étudiant aux arts décoratifs de Strasbourg, réussit là un premier album cumulant deux difficultés : le traitement en noir et blanc et un sujet difficile. Il s’en sort très bien sur les deux plans, proposant même ici et là des cases particulièrement maitrisées et pleine d’émotion.
Alors, bon voyage (si l’on peut dire, vu le sujet !).
Didier QUELLA-GUYOT : L@BD->http://9990045v.esidoc.fr/ et sur Facebook.
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« De l’autre côté » par Léopold Prudon
Éditions Les Enfants Rouges (14 €) – ISBN : 978-2-3541-9075-0
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