Tout juste auréolées du Prix René Goscinny du jeune scénariste (pour « Les Cheveux d’Édith », également chez Dargaud, mais avec Dawid au dessin), les prolifiques autrices en ouvrages jeunesse ou romans young adult que sont Fabienne Blanchut et Catherine Locandro nous racontent, dans ce qui n’est que leur deuxième bande dessinée, comment, entre silences et non-dits, a basculé la vie de Frédérique, alors qu’elle avait à peine 13 ans. Basé sur leurs trajectoires personnelles, cet attachant et délicat récit intime, somptueusement mis en images par l’Italien Thomas Campi, nous amène en Corse-du-Sud. À l’occasion de vacances en famille, pendant un été bien particulier de 1985, la fillette comprend qu’elle grandit et qu’elle est différente, car elle prend doucement conscience de l’attirance qu’elle développe pour une serveuse du restaurant du village…
Lire la suite...« La Dame blanche » : un récit poignant sur le métier d’infirmière en maison de retraite…
Confrontée aux ravages du temps par son travail dans l’EHPAD Les Coquelicots, Estelle sait être patiente et dévouée, accompagnant les résidents avec empathie… Après quelques romans graphiques, également très sensibles et réalistes (mais peut-être, légèrement, moins aboutis), Quentin Zuttion frappe un grand coup avec ce premier ouvrage aux éditions du Lombard : il nous propose une bande dessinée dont l’environnement est indubitablement lié à la vieillesse et à la mort, mais qui est, en réalité, un véritable hymne à la vie !
Le lecteur est donc ici plongé dans le quotidien de ces auxiliaires de vie qui jonglent entre les soins, les parties de cartes ou de scrabble et les décès solitaires, tout en tissant, quelques fois, des liens forts et intimes avec ces femmes ou ces hommes en fin de vie. Mais jusqu’où ces accompagnantes — trentenaires, pour la plupart — peuvent-elles entrer en empathie sans perdre pied et prendre goût à une liberté dangereuse ?
Estelle, infirmière dont l’existence personnelle n’est guère stimulante, fait partie de ces soignantes qui ne comptent pas leurs heures et continuent de sourire même quand elles n’en ont pas envie. Peu à peu, elle va finir par dépasser son rôle strictement médical, reportant son affection sur certains de ces vieillards.
C’est ce qui se passe avec Romano, pour lequel elle se substituera à sa petite fille qui s’éloigne de son grand-père, ou de madame Thomas : une ancienne ouvrière dont elle encourage la propension à s’inventer une vie passée d’ambassadrice à Prague.
Alliant justesse et délicatesse et en s’inspirant notamment du témoignage de sa sœur, infirmière elle aussi, Quentin Zuttion réalise, à travers ce beau portrait de femme qui tâtonne, mais s’accroche et s’adapte, un vibrant hommage à ces nombreuses blouses blanches qui soignent, torchent, nourrissent et éprouvent également de la souffrance face aux derniers sommeils et aux rêves inachevés…
Ce jeune diplômé de l’École nationale supérieure d’art de Dijon, très présent sur les réseaux sociaux, et déjà auteur de cinq précédents livres de bandes dessinées (1), aborde ce sujet plutôt casse-gueule avec une belle narration, s’autorisant même quelques envolées oniriques et un dessin quasiment aérien : ce dernier nous aide, d’ailleurs, à supporter la lourdeur de l’atmosphère.
C’est aussi le cas de la colorisation de sa mise en images teintée principalement avec un bleu apaisant, quelques pages permettant l’apparition d’autres pigmentations plus vives, couleurs d’espoir…
(1) Connu notamment pour son blog illustré Les Petits Mensonges de Mr Q, Quentin Zuttion publie « Sous le lit » (sous le pseudonyme de Mr Q.) aux éditions Des ailes sur un tracteur en 2006, puis « Chromatopsie » chez Lapin et « Appelez-moi Nathan (écrit par Catherine Castro) chez Payot en 2018. Pour ce dernier éditeur, il réalise également « Touchées » en 2019 — sur les violences faites aux femmes — et « Drosophilia » en 2020.
« La Dame blanche » par Quentin Zuttion
Éditions Le Lombard (22,50 €) — EAN : 978-2-8036-7997-3



















