Grand Prix d’Angoulême 2010, Hervé Barulea, qui signe Baru (1), est né le 29 juillet 1947, à Villerupt (un bled de la Meurthe-et-Moselle, en Lorraine). Ado dans les années 1960, il découvre le rock`n`roll par l’intermédiaire de juke-box laissés dans les cafés après le départ de militaires américains des bases du coin, quand la France est sortie de l’OTAN. Comme l’auteur de « L’Autoroute du soleil » le déclare pour présenter ce nouveau diptyque : « Le rock`n`roll, ça reste encore et toujours ma réserve d’énergie ! » Dans ce premier volume de 140 pages tendres et drôles, et un brin nostalgiques, Baru s’intéresse à cette « musique du diable » — qui est loin d’être une musique de vieux réservée aux baby-boomers — et à ses icônes qui ont fait vibrer sa jeunesse, et toute sa vie… à travers des anecdotes vécues ou des récits fictifs, évoquant notamment les Rolling Stones, mais aussi les Yardbirds, les Who, Vince Taylor…
Lire la suite...« Monsieur Léon » et la couleur des sentiments…
Monsieur Léon a vu le jour dans le Série or « Haut les masques ! » de Fluide glacial, paru en septembre 2020 au début du monde d’après. Comme tout un chacun, Monsieur Léon a subi les obligations de la crise sanitaire liée à la covid-19 : confinement, attestation de sortie, pénurie, contrôle policier… D’aventure en aventure publiée dans le célèbre « magazine d’Umour et de Bandessinées », Monsieur Léon a fini par avoir son album éponyme, sous les pinceaux de Julien Solé et les histoires d’Arnaud Le Gouëfflec.
Dès la première page nous sont présentées deux choses essentielles à ce récit drôle et imaginatif. La première est l’univers de Monsieur Léon : un Paris mornement gris, où la sempiternelle trilogie « métro, boulot, dodo » a rendu la population, les immeubles, les véhicules, les égouts, et même les souvenirs uniformément monochromes. La seconde est un gimmick artistique ponctuant la narration : une utilisation parcimonieuse, mais éclatante des couleurs.
Monsieur Léon nous est donc présenté, dans son monde terne, assis dans le métro en compagnie de son ami Fernand. Ils se quittent en se souhaitant bonne chance, car un énième confinement vient d’être déclaré. En rentrant chez lui, Monsieur Léon salue sa voisine de palier : Mademoiselle Sophie. Les deux voisins s’encouragent mutuellement face à l’épreuve à venir. Une fois seul chez lui, tout s’illumine.
Nous comprenons visuellement que Monsieur Léon a une vie personnelle d’une immense richesse, n’ayant d’égale que celle du spectre lumineux. Monsieur Léon est un esthète, un dilettante aimant les belles choses, prendre le temps de cuisiner, de savourer un cigare, d’apprécier un livre ou un disque… La fin du confinement le ramènera dans son monde grisouille, au quotidien rendu compliqué par une actualité mêlant couvre-feu, manifestations et — en conséquence — omniprésence policière.
Alors, comment faire pour aller chercher en urgence l’élément indispensable à une soirée organisée en l’honneur de Mademoiselle Sophie ? Comment filouter les forces de l’ordre pour une réunion clandestine ? L’ingéniosité et l’acharnement de Monsieur Léon se découvrent donc. Son énergie de vivre sans s’en laisser compter le rend prêt à tout, énergie renforcée par le sentiment amoureux naissant pour sa voisine.
Le travail commun des auteurs rapproche ce « Monsieur Léon » d’un fantastique hérité du réalisme poétique. Des personnages et un cadre de vie populaires, ancrés dans le réel où un petit pas de côté fait basculer l’histoire dans l’onirique et le merveilleux. C’est l’union du trait tendre et de l’utilisation des couleurs par Julien Solé qui ponctue le récit, en mettant en lumière un détail ou en rehaussant les sentiments des personnages. Les situations et rebondissements imaginés par Arnaud Le Gouëfflec donnent pour leur part toute sa valeur poétique à cet album.
Brigh BARBER
« Monsieur Léon » par Julien Solé et Arnaud Le Gouëfflec
Éditions Fluide glacial (13,90 €) — ISBN : 979-10-382-0455-3

















