Né le 14 août 1926, le légendaire René Goscinny — disparu trop tôt à l’âge de 51 ans, en 1977 — aurait eu 100 ans cette année ! Une salve de livres célèbre aujourd’hui le centenaire du génial scénariste d’« Astérix », de « Lucky Luke » ou d’« Iznogoud » et créateur du « Petit Nicolas » (1), dont l’un est attendu depuis longtemps, puisque la première partie a paru en 2019. (2) Il s’agit du second volume du « Roman des Goscinny » par Catel (spécialiste du roman graphique biographique avec ses sensibles ouvrages sur Kiki de Montparnasse, Olympe de Gouges, Joséphine Baker…), qui a bénéficié une nouvelle fois, pour cet instructif et touchant portrait, de la complicité d’Anne Goscinny : la fille de cet homme guidé par le plaisir de divertir, dont l’héritage universel continue de faire vibrer toutes les générations…
Lire la suite...Au Sénégal, de Dakar à la Casamance…
Deux albums consacrés au Sénégal sortent ces jours-ci : l’un situé en Casamance et consacré aux « Enfants fantômes » ; l’autre, « Sunugal », entend aborder les différentes facettes du bourg de Saly, au sud de Dakar, à la fois village de pêcheurs et zone touristique. Dans les deux cas, les auteurs s’adonnent à une réflexion documentée sur des problèmes et des évolutions…
Avec « Enfants fantômes », on se trouve toujours au Sénégal, mais plus au sud, en Casamance. Sous-titré « Le Destin extraordinaire de Ibou et Arame », l’album aborde un sujet peu connu : celui des enfants sans état-civil, des enfants qui n’ont pas été reconnus par leurs père, notamment, et qui vivent sans identité légale et donc sans droits.
Ce sont eux, ces enfants fantômes qui se comptent par dizaines de millions : près de 90 millions en Afrique subsaharienne. Cette vie sans papiers les voue à bien des dangers : trafic d’enfants, esclavage, exploitation sexuelle, enfants soldats… L’absence d’état civil les condamnent même, en Casamance, à ne pas pouvoir faire des études : comment en effet s’inscrire à des examens quand on n’a pas de réalité officielle, en l’occurrence d’extrait d’acte de naissance ?! Il en est de même pour se soigner, travailler, circuler…
Les auteurs ont choisi de s’intéresser au parcours de l’un d’eux, Ibou, qui fuit le Sénégal direction le Mali pour retrouver ce père qui ne l’a pas reconnu. En chemin, il se lie d’amitié avec Moussa, qui est dans la même situation, puis Arame… Informé et descriptif dès que nécessaire (sur les villes et les populations croisées par Ibou), l’album, très simplement dessiné, aborde un sujet incontestablement problématique et important.
Dans « Sunugal », les auteurs présentent différents personnages et leurs parcours : qu’est-ce qui les mène ici, à Saly ? Pourquoi certains en sont-ils partis, puis revenus ? Saly n’est évidemment plus le village de pécheurs d’autrefois. Les uns entendent profiter de la manne touristique en construisant résidences et hôtels, quand d’autres se rebellent contre cette évolution qui ne profite pas à tous, loin de là, poussant certains à quitter le pays.
L’album, joliment dessiné, offre une galerie de personnages, souvent haut en couleurs, métropolitains ou non : Ibou qui a choisi de travailler en France et qui retourne sur ses vieux jours définitivement au Sénégal ; Catherine, une Savoyarde qui après maintes aléas s’y est installée ; Sara, qui travaille plutôt la nuit…; Mike, un Belge en quête de liberté ; Roger qui fait des aller-retours entre Lorient et Saly pour de bonnes et de « mauvaises » raisons… ; sans oublier Aristide qui rejoint sa petite fille, Salomé, en mission humanitaire au Sénégal ou les Tarin qui passent caricaturalement leurs vacances dans un hôtel de la Petite Côte.
Si dans ce pays certains rêvent de devenir footballeur pour échapper à leur condition précaire, d’autres sont plus réalistes et tentent de s’adapter aux vacanciers en jouant la carte d’un tourisme responsable. Au bilan, les auteurs dessinent un Sénégal plein de contrastes et de contradictions : un Sénégal pittoresque et attachant.
Rappelons que les auteurs ont abordé avec « Village global » (publié chez le même éditeur en 2019) le sort d’un village près d’Angers, qui accepte de rénover une vieille chapelle pour accueillir quelques migrants et le tollé qui s’ensuivait (cf. chronique ici même).
Didier QUELLA-GUYOT ; http://bdzoom.com/author/DidierQG/
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« Sunugal » par Damien Geffroy et David Lessault
Éditions Steinkis (20 €) – EAN : 9782368465318
Parution 15 juin 2023
« Enfants fantômes » par Daniel Ngassu et Michel Welterlin
Éditions Michel Lafon (24,95 €) – EAN : 97822749949086
Parution 15 juin 2023




















