Grand Prix d’Angoulême 2010, Hervé Barulea, qui signe Baru (1), est né le 29 juillet 1947, à Villerupt (un bled de la Meurthe-et-Moselle, en Lorraine). Ado dans les années 1960, il découvre le rock`n`roll par l’intermédiaire de juke-box laissés dans les cafés après le départ de militaires américains des bases du coin, quand la France est sortie de l’OTAN. Comme l’auteur de « L’Autoroute du soleil » le déclare pour présenter ce nouveau diptyque : « Le rock`n`roll, ça reste encore et toujours ma réserve d’énergie ! » Dans ce premier volume de 140 pages tendres et drôles, et un brin nostalgiques, Baru s’intéresse à cette « musique du diable » — qui est loin d’être une musique de vieux réservée aux baby-boomers — et à ses icônes qui ont fait vibrer sa jeunesse, et toute sa vie… à travers des anecdotes vécues ou des récits fictifs, évoquant notamment les Rolling Stones, mais aussi les Yardbirds, les Who, Vince Taylor…
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« Une enquête algérienne », c’est le sous-titre d’un album consacré à Bourdieu, l’éminent sociologue disparu en 2002 : un album qui s’interroge, certes, sur ce que Bourdieu a retenu de ses années comme appelé du contingent, mais un album qui retrace l’enquête que réalisent Pascal Génot et Olivier Thomas sur l’Algérie de ces dernières années… Et c’est d’autant plus intéressant !
Cette double entrée permet en effet aux auteurs de se raconter autant qu’ils racontent. Plus précisément, le scénariste Pascal Génot – qui, depuis 2011, s’est vu invité à de multiples reprises – a noué les liens, pris de nombreuses notes et réalisé un carnet de voyage (sans oublier « l’enquête documentaire » de Saadi Chickhi, signalée en page de titre). De fait, c’est lors de ces séjours que, par hasard, il découvre le passé algérien de Pierre Bourdieu.
Grâce à ses amis locaux, il visite, observe, découvre, cherchant à éviter, comme l’a fait Bourdieu en son temps, les stéréotypes et l’imagerie coloniale. L’album évoque alors l’enfance et les origines du sociologue pour mieux comprendre comment s’est forgé en lui cette lucidité sociale qui va caractériser toute sa vie et construire tous ses engagements ; les auteurs re-situant utilement Bourdieu dans le contexte philosophique de l’époque (la querelle Sartre/Camus, par exemple).
C’est réellement à partir de la page 58 que commence la biographie algérienne de Bourdieu : l’album compte tout de même 250 pages nourries et très documentées. On le découvre sur le bateau qui traverse la Méditerranée, déjà choqué par ce qu’il entend dire par les jeunes recrues qui l’accompagnent. Ils ont été bien formatés ! Démobilisé au bout de deux ans, Bourdieu reste alors à Alger pour y enseigner la sociologie : une sociologie attentive aux rapports de domination, notamment.
Si Bourdieu n’était pas enclin à se raconter, il trouve avec cet album deux auteurs qui le font remarquablement à sa place, s’appuyant sur de nombreux documents (bibliographie à l’appui) et donnant pour chacun des six chapitres des éléments explicatifs complémentaires en fin d’ouvrage. Certaines séquences tiennent quelquefois du texte illustré, quand d’autres jouent plus nettement la carte de la bande dessinée. Il faut d’ailleurs insister sur le dessin d’Olivier Thomas : le réalisme soucieux de ses décors et de ses personnages traités en noir et blanc, pour un ouvrage longuement mûri puisqu’il fut commencé en 2015 et achevé cette année.
Ce « Bourdieu  une enquête algérienne » constituera désormais un ouvrage de référence sur le sociologue et l’Algérie d’hier et d’aujourd’hui. Il suppose clairement des lecteurs motivés, mais qui ne regretteront pas de s’approprier cet impressionnant travail historique, ne négligeant ni le reportage, ni le carnet de voyage personnel, voire intimiste.
Didier QUELLA-GUYOTÂ ; http://bdzoom.com/author/DidierQG/
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« Bourdieu : une enquête algérienne » par Olivier Thomas et Pascal Génot
Éditions Steinkis (24 €) – EAN : 9782368460764
Parution 24 août 2023











