C’est le 15 avril 1941 qu’Edgar Jacobs est présenté par son ami d’enfance Jacques Van Melkebeke à Hergé, à l’occasion de la représentation de « Tintin et Milou aux Indes » au théâtre des Galeries, à Bruxelles : une pièce écrite par Hergé et Van Melkebeke. Cette rencontre marque le début d’une longue et fructueuse amitié entre le dessinateur des aventures du déjà célèbre Tintin et l’imposant baryton devenu dessinateur par nécessité. Au fil de cet ouvrage passionnant, Éric Verhoest revient sur les trois décennies au cours desquelles les deux maîtres de la ligne claire se sont livrés à un amical duel. Jacobs, et plus encore Hergé, ont fait l’objet d’une multitude d’ouvrages (1) ; celui-ci est le premier réunissant les destins croisés de ces deux géants de la bande dessinée belge.
Lire la suite...« Alix T42 : Le Bouclier d’Achille » ou le goût antique de l’enfance…
Alix ! Esclave d’origine gauloise devenu citoyen romain, Alix Graccus est de retour avec un album dont le thème provient d’un chant de cette « Illiade » signée Homère ! « Le Bouclier d’Achille » ou quand la pérennité des héros de papier fleure bon les madeleines de Proust…
Il est des séries qui défient le temps, « Alix » est de celles-là. Créée au Lombard en 1948 par Jacques Martin, cette série d’aventures antiques est devenue, depuis 1965, l’une des séries phares des éditions Casterman où, à partir de l’abandon de sa partie dessin par Martin en 1998, elle sera naturellement reprise en alternance par diverses équipes.
Comptant 46 planches, ce 42e album de la série se déroulant sous Jules César répond parfaitement à l’orthodoxie martinienne. D’emblée, en parcourant l’opus, le lecteur peut ainsi rester confondu par le mimétisme du travail visuel effectué par le dessinateur Marc Jailloux et la coloriste Florence Fantini. Tout y est : systématisme des bandes, abondance textuelle, position haute des bulles dans la case. L’habile travail de Jailloux, dessinateur sur la série depuis 2013, reprend fidèlement les codes de Martin dont il est convenu d’apparenter l’œuvre avec la fameuse ligne claire : académisme de la figuration, cerné extérieur plus marqué que l’habillage interne des volumes, hiérarchisation de la grosseur des traits, propension pour la matière… Garante de lecture optimale, l’absence de traitement volumétrique des chairs — aux seules joues marquées par un flouté — contraste avec la dégradation perspective de la couleur sur les décors.
Quid de l’histoire concoctée par Roger Seiter ? Dense, ce récit commence par l’assassinat de Politès — un riche marchand d’art — sur l’île d’Ithaque où il effectue des fouilles avec son équipage, dont le fourbe et récurrent Arbacès. Là, il venait de découvrir de précieuses tablettes d’argile pouvant avoir appartenu à Ulysse… Aussitôt, un berger îlien nommé Hermion dérobe trois de ces 20 tablettes écrites en grec archaïque pour les faire traduire par Oratis, fille d’Agamemnon, avant qu’elles ne soient ravies par le pilleur Arbacès.
Pendant ce temps, Jules César — guerroyant contre Pompée — confie une mission à Alix, qui se rend à Nauplie, en Argolide. Il y rencontre Oratis, laquelle lui confie ce que révèlent les tablettes confiées à elle par Hermion : rien de moins que le lieu du tombeau secret d’Achille près de la cité grecque de Mycènes ! L’enjeu est crucial : la récupération du bouclier d’Achille présent dans la tombe, mythique bouclier supposé fédérer les cités grecques dans l’actuelle guerre civile entre César et Pompée… Or, le prêtre Onias, ami d’Oratis, a reçu la visite d’un commanditaire à l’instigation duquel il a traduit les 17 autres tablettes… sans lui donner la traduction… Dès lors, Alix, Énak et Oratis gagnent Épidaure — en Argolide également —, mais, avant leur arrivée, Onias reçoit la visite d’Arbacès venu rechercher tablettes et traductions… Ce dernier exécute Onias avant de découvrir que sa victime a confié ses secrets à son amie Oratis…
On l’aura compris, Seiter sait mener son lecteur par le petit bout de la barbichette. Dès lors, pour peu que ce lecteur accepte les codes immuables de l’univers martinien, il ne peut qu’être emporté par ce récit haletant. Personnellement, j’y ai retrouvé l’esprit qui présidait à ma découverte des aventures d’Alix dans ma prime enfance. Procurer un sentiment ancien, reprendre pied sur une terre imaginaire aux fragrances enfantines, n’est-ce pas là la magie première de ces séries traversant les générations ? Puissent ces trois auteurs être remerciés pour savoir ainsi se fondre dans l’univers du démiurgique Jacques Martin.
« Alix T42 : Le Bouclier d’Achille » par Marc Jailloux et Roger Seiter
Éditions Casterman (15 €) — EAN : 978-2-2032-3278-5
Parution 18 octobre 2023














