Grand Prix d’Angoulême 2010, Hervé Barulea, qui signe Baru (1), est né le 29 juillet 1947, à Villerupt (un bled de la Meurthe-et-Moselle, en Lorraine). Ado dans les années 1960, il découvre le rock`n`roll par l’intermédiaire de juke-box laissés dans les cafés après le départ de militaires américains des bases du coin, quand la France est sortie de l’OTAN. Comme l’auteur de « L’Autoroute du soleil » le déclare pour présenter ce nouveau diptyque : « Le rock`n`roll, ça reste encore et toujours ma réserve d’énergie ! » Dans ce premier volume de 140 pages tendres et drôles, et un brin nostalgiques, Baru s’intéresse à cette « musique du diable » — qui est loin d’être une musique de vieux réservée aux baby-boomers — et à ses icônes qui ont fait vibrer sa jeunesse, et toute sa vie… à travers des anecdotes vécues ou des récits fictifs, évoquant notamment les Rolling Stones, mais aussi les Yardbirds, les Who, Vince Taylor…
Lire la suite...« Notre-Dame de Paris » : le temps de la cathédrale !
Après les très réussis « Dracula » et « Frankenstein », Georges Bess adapte chez le même éditeur un roman-fleuve, célèbre et emblématique de son auteur : Victor Hugo. Et, comme pour les autres adaptations citées, un noir et blanc profond, avec des nuances de gris, donne de la netteté et une certaine patine.
Le contexte est à  Paris, au XVe siècle : une période charnière entre la fin du Moyen Âge et les promesses de la Renaissance, où l’Église — encore sans frein — commet de criminelles outrances, avant que de sages rois n’arrêtent son pouvoir. Esmeralda, Quasimodo, Frollo, Phœbus ou Gringoire, qu’ils soient bons ou mauvais, apparaissent comme des marionnettes du destin, et disparaissent comme dans une pièce de théâtre : à ciel ouvert, sans contrôler grand-chose.
Cette nouvelle mise en images (1) est d’un dessin impeccable, classique, mais avec une certaine originalité : dessins épars, éclatés sur la page, et pleines ou doubles pages. Une présentation qui fait bien sentir la dureté du roman et de ces temps, à travers un ensemble copieux de 200 pages, au noir et blanc somptueux.
Le propos du roman est connu, mais résumons les débuts. Gringoire, poète et comédien, joue un mystère (une pièce théâtrale à sujet religieux, souvent jouée en plein air) près du Palais de justice, non loin de Notre-Dame. Le déroulement du mystère est troublé par une fête traditionnelle : l’élection du pape des fous. Sonneur de la cathédrale, borgne, bossu et très laid, Quasimodo est élu.
L’Égyptienne Esmeralda — comme on nommait les Bohémiennes — danse habituellement sur le parvis, pour un peu d’argent, en compagnie de sa chèvre : Djali. Gringoire suit la jeune femme et assiste à une tentative d’enlèvement —par Quasimodo et un homme encapuchonné — qui tourne court grâce à l’intervention de Phœbus de Châteaupers :un capitaine de la garde. Gringoire erre dans le pire des quartiers : la cour des Miracles, où — inquiété et menacé de mort par des truands — il ne doit la vie qu’à la Bohémienne.
Un saut dans le passé nous apprend que Quasimodo a été adopté très jeune par Frollo — l’archidiacre de Notre-Dame —, qui en a fait son sonneur et homme à tout faire. Frollo, rigoriste forcené, a juré de ne pas toucher une femme, mais admire en secret (et même, aime) Esmeralda.
De retour au présent de l’histoire : Quasimodo est jugé de façon expéditive pour sa tentative d’enlèvement de la jeune femme. Sourd et jugé par un sourd, il est condamné au pilori.
Quant à  Esmeralda, elle est épiée par Frollo, mais aussi par Phœbus, qui l’invite chez les proches de sa fiancée (Fleur-de-Lys), alors que la Bohémienne est — en fait — amoureuse de lui. L’engrenage du destin va s’accélérer, pour Esmeralda et pour bien d’autres…
Hasard ou non, cette publication coïncide avec la fin des travaux de rénovation-restauration de la cathédrale — l’un des symboles de Paris —, pour une étincelante renaissance.
Ce sont donc autant le livre de Victor Hugo que ce lieu particulier en bord de Seine — deux monuments ! — qui sont célébrés ici. Hugo y traite de grands thèmes : la justice (y compris la peine de mort), le destin, le libre choix, les pulsions, le pouvoir…
En adaptant un livre lourd de près de 1 000 pages, foisonnant, Georges Bess — tout en conservant la répartition en « livres » (les chapitres) — a pu maintenir une clarté essentielle pour le public d’aujourd’hui : il suit parfaitement l’intrigue et les nombreux temps forts.
Chaque chapitre est introduit par une page titre avec un dessin formant parfois enluminure. Le trait est très lisible, fluide, au service de l’histoire, donc moins baroque, moins chargé ou complexe que dans son « Dracula » par exemple (2). Avec ce beau noir et blanc, plus humble, mais très évocateur et lorgnant parfois vers le fantastique, on est plongé dans ce drame, sans pouvoir le lâcher. De la belle ouvrage, et certainement un livre à offrir !
(1) Elle a été précédée de plusieurs adaptations en BD, parmi lesquelles on citera : « Notre-Dame de Paris » dans « Cinémastock » T2 par Alexis et Gotlib (Dargaud, 1976), « Notre-Dame de Paris » par Paul Gillon et Claude Gendrot (Hachette, 1985) et « Notre-Dame de Paris » de Jean-Marie Michaud et Claude Carré (Glénat, 2011).
(2) Voir : « Bram Stoker Dracula », réédité et heureux de l’être….
« Notre-Dame de Paris » par George Bess, d’après Victor HugoÂ
Éditions Glénat (25,50 €) — EAN : 978-2-344-05414-7
Éditions Glénat (39 €) — EAN : 978-2-344-06127-5 (pour l’édition en grand format)






















