Louis ramène sa petite famille sur le bord de mer où il avait déjà passé des vacances avec son père, son oncle et sa tante, quand il n’avait que dix ans. Il va même jusqu’à relouer, pour quelques jours, la vieille maison où ils logeaient. En se promenant sur la plage, il se retrouve face à une falaise où une ancienne et menaçante villa en ruine résiste encore. Les souvenirs d’un été des insouciantes seventies lui reviennent immédiatement à l’esprit, alors que ses copains lui racontaient qu’y vivait une sorcière censée savoir parler aux morts… Pour cette convaincante plongée dans un passé qui marqua durablement cet enfant, le délicat scénariste Vincent Zabus s’est adjoint le trop rare Denis Bodart, dont le dessin s’accorde ici parfaitement à l’émotion du récit.
Lire la suite...Retrouver son corps et sa liberté…
« Ces lignes qui tracent mon corps » : sous ce titre intrigant, juxtaposé à un visage qui se retourne, vers le passé peut-être, qui tourne la page, semble-t-il, Mansoureh Kamari se lance, « à corps perdu » pourrait-on dire, dans une autobiographie aussi émouvante que perturbante. Au cœur de son album : le sort des femmes de son pays, l’Iran…
Deux trames articulent son récit : celle d’une jeune femme qui accepte de poser, d’exposer son corps, lors de cours de dessin, immobile et nue, une femme elle-même dessinatrice qui sait ce que tracer les lignes du corps veut dire ; et, deuxième trame, ce que signifie être femme interdite, esclavagisée, au pays d’hommes tout-puissants et maltraitants : l’Iran.
Elle nous explique ce que la loi islamique autorise aux hommes : tout ! Et ce qu’elle interdit aux femmes : tout ; si ce n’est d’obéir, de se taire, de ne pas chanter, de ne pas rire, de ne pas se montrer, de ne pas faire de sport, de ne pas danser, de ne pas discuter les ordres… Bref, ne pas vivre, se cacher et avoir peur !
Quand on apprend que le père est « propriétaire du sang de ses enfants », on imagine sans peine les violences, les dérives, les injustices, ce que décrit Mansoureh Kamari, qui précise que la fillette dès neuf ans est considérée comme une « adulte légale » ! La vie des adolescentes et des jeunes femmes est ainsi vouée au mépris, à l’insulte, à l’insécurité permanente : les regards, les attouchements ou pire sont monnaie courante. Mais dans cette prison familiale et sociale, Mansoureh Kamari s’est quand même forgé un caractère d’acier. Et des rêves ! Parmi eux : devenir une créatrice, dans un monde où on ne reconnait aucun talent artistique aux femmes.
Il lui a donc fallu fuir Téhéran, s’exiler, pour donner corps à son corps, et à ses désirs. « Ces lignes qui tracent mon corps » est son premier album et il est impressionnant de sincérité, et d’élégance, celle de la femme qui s’est battue pour trouver sa liberté et pour prouver son talent.
C’est l’occasion de lire « Les Combattantes : une histoire des violences sexistes et sexuelles » réalisé par Marie-Ange Rousseau et Géraldine Grenet.
L’histoire des dominations masculines et de leurs violences, souvent extrêmes (viols, féminicides) est longue et toujours d’actualité, d’où plus de 360 pages de bande dessinée et une bonne trentaine de pages de notes sur ce sujet extrêmement documenté par les autrices.
Didier QUELLA-GUYOT
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« Ces lignes qui tracent mon corps » par Mansoureh Kamari
Éditions Casterman (24 €) – EAN : 9782203290006
Parution 10 septembre 2025
« Les Combattantes : une histoire des violences sexistes et sexuelles » par Marie-Ange Rousseau et Géraldine Grenet
Editions Delcourt (32,50 €) – EAN : 9782413047582
Parution 03 septembre 2025



















