En ces temps moroses pour la vente de livres, il est toujours agréable d’accueillir une nouvelle maison d’édition dans le paysage de la bande dessinée francophone. Nöpp nous vient de Barcelone. Ouverte aux talents espagnols, mais aussi français et internationaux, ce nouvel éditeur publie une première bande dessinée jeunesse en français en ce début 2026 : le jubilatoire « Bourricorne », le récit d’un âne qui se rêve bête de scène.
Lire la suite...Dino Attanasio : le doyen de la BD franco-belge tire sa révérence !
Depuis la disparition de Marie-Mad (Marie-Madeleine Bourdin) — le 11 août dernier à l’âge de 102 ans —, Edoardo Attanasio, dit Dino Attanasio, graphiste italien naturalisé belge, était devenu le doyen de la bande dessinée francophone, avec ses 100 printemps célébrés le 8 mai 2025. Né donc en 1925, et entrant tout juste dans sa 101e année, le premier dessinateur de la version BD de « Bob Morane », cocréateur de « Spaghetti » ou de « Johnny Goodbye », et repreneur graphique de la série « Modeste et Pompon » vient de nous quitter le 17 janvier 2026. Quelle triste nouvelle : on le croyait immortel !
Formé à la World’s P. Press du Liégeois Georges Troisfontaines et à l’International Press du beau-frère de ce dernier (Yvan Cheron), Attanasio avait quasiment commencé sa carrière d’auteur BD, en 1951, en illustrant quelques scénarios de Jean-Michel Charlier et de René Goscinny (« Fanfan et Polo » pour La Libre Belgique et « Les Belles Histoires de l’Oncle Paul » dans Spirou : voir Les premières Belles Histoires de l’Oncle Paul) — excusez du peu ! — avant de devenir le créateur graphique de Bob Morane et des mésaventures inénarrables du Signor Spaghetti (toujours avec Goscinny) et de reprendre la série « Modeste et Pompon » dans le journal Tintin.

Planche originale de l'une des « Belles Histoires de l’Oncle Paul » scénarisées anonymement par Jean Michel Charlier dans Spirou (1951).
Ce Milanais, ayant fui l’Italie de Mussolini, s’installe en Belgique dès 1948, ayant juste, auparavant, collaboré à un dessin animé (« La Rose de Bagdad ») et à divers films publicitaires.
À la suite du conflit qui opposa Troisfontaines et les deux célèbres scénaristes précités (soutenus par leur ami Albert Uderzo), lesquels avaient simplement décidé de faire valoir leurs droits, la joyeuse équipe de la World Press se disloque petit à petit.
En 1953, Dino ne retrouve du travail que dans les publications issues de l’abbaye des pères norbertins d’Averbode, comme le très catholique Petits Belges où il illustre des contes hebdomadaires (dont certains étaient signés John Flanders alias Jean Ray, auteur d’« Harry Dickson »).
Il fréquente aussi les locaux des éditions du Lombard, habillant les pages rédactionnelles de l’hebdomadaire Tintin, avec quelques-uns de ses dessins, et réussissant à placer diverses histoires complètes souvent écrites par Yves Duval, par Greg (« Pastis et Dynamite ») ou Lucien Meys (« On a volé Valentine », en 1954, dans son pendant féminin Line).
C’est dans ce cadre qu’il crée graphiquement le sympathique personnage de Spaghetti : des croquis qui seront repérés par son ami le dessinateur Evany, lequel ira aussitôt les montrer au rédacteur en chef de Tintin (André Désiré Fernez qui était en place depuis 1948 et qui restera à ce poste jusqu’en 1959).
Cet ancien avocat, ami de Raymond Leblanc (le grand patron du Lombard), est surtout connu pour avoir écrit la série de romans « Nick Jordan », aux éditions Marabout, dans la même collection que celle qui accueillait le « Bob Morane » d’Henri Vernes : un héros dont Dino Attanasio illustrera les pages intérieures des romans et sera le premier à adapter en bandes dessinées les aventures, en 1959, dans l’hebdomadaire féminin Femmes d’aujourd’hui.
Pourtant constamment dans le collimateur d’Hergé, qui restait le directeur artistique et de conscience de ce journal pour les 7 à 77 ans, André Désiré Fernez, scénariste anonyme de « Jack Diamond » (avec les Funcken) ou de « Pom et Teddy » (avec François Craenhals) — mais déclaré sur « Jimmy Stone » où Attanasio renouait avec le dessin réaliste (en 1964) — réussit quand même à imposer une vision populaire de la bande dessinée, ainsi que de nouvelles plumes comme celles d’Yves Duval, d’André-Paul Duchâteau, de Greg…, et de René Goscinny, justement suggéré par Attanasio pour scénariser les avatars de son petit Italien : un personnage assez malin, caricature du Latin volubile et débrouillard, cherchant continuellement à se faire une place au soleil, par tous les moyens, tout en tentant, vainement, d’échapper à son envahissant cousin souffre-douleur Prosciutto.
Entre octobre 1957 et mai 1959, Spaghetti va vivre 21 aventures, en deux ou quatre pages, avant de se lancer dans son premier long-métrage : « L’Émeraude rouge », bientôt suivi par 14 autres épisodes aussi drôlissimes et mouvementés les uns que les autres.
Ceci avant que Goscinny, accaparé par le succès d’« Astérix », ne passe la main, en 1965, à une kyrielle d’autres scénaristes ; tels le directeur à la Radiotélévision belge Roger Francel (en 1965), Lucien Meys (en 1966), Emmanuel de Lantsheer qui signait Edel (en 1977), Yves Duval (également en 1977), Greg (en 1982), et même à José-Louis Bocquet et Jean-Luc Fromental en 1983, sans oublier les anonymes (tels André Désiré Fernez ou Joanna, la propre épouse d’Attanasio) ;
et tout ceci dans les pages de Tintin ou de Tintin sélection, puis de Formule 1 (en 1975), du Journal illustré… (en 1982), de Rigolo (en 1983), et finalement de Pif-Gadget en 1991 (certains épisodes étant parus directement en albums chez Rossel Fleurus, Deligne, Dargaud, aux éditions des Archers ou chez Loup/Hibou).
En 1992, deux collectifs (où participèrent, bien innocemment, certaines signatures aujourd’hui connues comme Achdé, Michel Rodrigue et Alain Sikorsky) sont proposés par Planète-BD : ils seront rapidement retirés de la vente à la suite d’un procès intenté (et gagné !) par le créateur graphique ; en effet, ce dernier n’avait pas été consulté…
Il y eut aussi différents projets pour adapter la série « Spaghetti » en dessins animés. C’est ainsi que Raymond Leblanc en avait fait mettre un en chantier aux studios Belvision (Ray Goossens devait le réaliser en partant d’un scénario inédit d’Yves Duval), sans même prévenir Attanasio et Goscinny : c’était un temps où mettre au courant les auteurs semblait une démarche superflue, pour les éditeurs… En 1978, Attanasio mit également sur pied un studio d’animation familial qui, finalement, ne produisit vraiment qu’un épisode de cinq minutes (« Spaghetti à Hollywood »).
Toutefois, il réussit, en 1981, à convaincre Georges Dargaud de l’intérêt cinématographique de son personnage. Ce dernier lui proposa un arrangement qui aboutit aux six minutes de « La Pizza redoutable » : une nouvelle mésaventure de « Spaghetti » scénarisée par Greg, avec les voix de Roger Carel et de Gérard Hernandez. Pour la petite histoire, sachez aussi qu’il existe un 33 tours reprenant l’intrigue de « Spaghetti et la peinture à l’Houile » où Jean Yanne prête sa voix à Prosciutto, le tout sur une musique originale composée par Boby Lapointe.
Dessinateur très prolifique, Dino Attanasio a contribué à bien d’autres bandes dessinées : « Coconnut et Vermisseau » et « Pato » (en 1956) ou « Modeste et Pompon » avec Greg, puis Lucien Meys, Jacques Acar, Mittéï, Marc Wasterlain… (dès 1959), et même avec Jean Van Hamme en 1968 (séries publiées dans Tintin),
« Ambroise et Gino » avec Carlo Triberti (en 1965), « Colonnello Squilla » avec Lucien Meys (en 1966) ou « Gianni Flash » avec Yves Duval en 1968 (séries créées pour l’hebdomadaire italien Il Corriere dei Piccoli), « Candida » avec Yves Duval (en 1968) pour Ciné-Revue, « Johnny Goodbye » avec Martin Lodewijk puis Patty Klein (en 1969), « De Macaroni’s » avec Dick Matena (en 1971), « Bandoneon » avec Yvan Delporte (en 1971) ou « Conny Wildshut » avec Patty Klein (en 1973), pour les Hollandais de Pep et de son successeur Eppo, de Sjörs, de Tina ou des éditions Oberon, « Le Soleil des damnés » avec l’éditeur Michel Deligne qui signait le scénario Ed Engil (en 1983), « Il était une fois dans l’Oued » avec Jacques Lambrexhe (toujours chez Deligne, en 1984), « Le Décameron » avec son fils Alexandre Attanasio (en 1991) pour les éditions Claude Lefrancq, et les nombreuses histoires courtes réalisées pour Tintin, Line ou Tremplin, dont la plupart sont rééditées aujourd’hui aux éditions Loup/Hibou.
Pour en savoir plus sur ces nombreuses autres créations, nous pouvons vous conseiller l’ouvrage très bien illustré du regretté Alain De Kuyssche et de Denis Coulon aux éditions Ananké/Miklo : « Dino Attanasio, 60 ans de BD ».
Cependant, le meilleur ouvrage sur le dessinateur de « Spaghetti » est la biographie illustrée de 240 pages que Wilfried Salomé lui a consacrée en 2024 aux éditions Hibou : « Le Phileas Fogg des comics : la bibliographie de Dino Attanasio » par Wilfried Salomé. (1)
BDzoom.com présente ses sincères condoléances à la famille et aux proches de Dino, dont ses amis François Walthéry, Marc Wasterlain (qui fut l’un de ses nombreux assistants, à l’instar de William Vance, Pierre Seron, Lucien Meys, Daniel Hulet ou Daniel Kox), Marc Impatient (responsable d’Hibou : son ultime éditeur) et son biographe Wilfried Salomé.
(1) Voir sur BDzoom.com : Un ouvrage très complet sur l’un des doyens des dessinateurs belges de BD : Dino Attanasio !.


























