« Nini Cordy 1949 » : la belgitude joyeuse !

Jadis croquée par Albert Uderzo sous les traits de Nicotine dans « Astérix chez les Belges », la chanteuse Annie Cordy obtient aujourd’hui un premier rôle dans « Nini Cordy 1949 » : une fiction insérée dans son authentique biographie. Séquence nostalgie heureuse.

Nées du hasard et de la nécessité de publier « Sourire 58 » — un album du duo Baudoin Deville et Patrick Weber sur l’emblématique monument belge qu’est l’Atomium —, les jeunes éditions Anspach étoffent, avec « Nini Cordy 1949 », leur catalogue grandement axé sur leur chère Belgique. Elles exhument souvent des sujets originaux, creusant encore et toujours le sillon de la belgitude, dans un esprit graphique lui collant à la peau : la ligne claire. Dès lors, évoquer en bande dessinée la pétulante chanteuse Annie Cordy, l’une des Belges les plus populaires du XXe siècle, apparaît comme une évidence éditoriale pour Nicolas Anspach : leur fondateur. Nièce, filleule et fille adoptive d’Annie Cordy, Michèle Lebon-Cooreman a accompagné avec bienveillance l’élaboration de ce one-shot écrit par Bernard Swysen et dessiné par Christophe Alvès. Comédie policière mêlant imaginaire et réalité, l’album est une fiction rigoureusement documentée qui s’inscrit dans les débuts artistiques de Léonie Cooreman, alias Annie Cordy. La part authentique de ce récit est sourcée par les archives personnelles de l’artiste, comme par les discussions avec sa fille adoptive. Malin, rythmé et — comme sa protagoniste — des plus sympathiques, le scénario alterne, ainsi, narration fictionnelle en gris colorés et flash-backs en sépia, lesquels brossent la prime jeunesse de la chanteuse.

D’emblée, le parti pris du rigoureux dessinateur apparaît judicieux pour porter cet album fleurant bon la nostalgie. Adoptant le classicisme académique d’un Jacques Martin (Christophe Alvès a récemment animé quatre aventures de Lefranc avec le regretté François Corteggiani au scénario), le style graphique est volontairement daté. Et, en l’espèce, fort à propos. Quel meilleur choix que ce trait si symbolique des Trente Glorieuses, sobrement secondé par la couleur feutrée de Pascale Wallet, dite Drac, pour visualiser une fiction se déroulant en 1949 : une époque où l’énergique Nini fait ses premiers pas sur scène outre-Quiévrain et où elle déménage du domicile familial avec son petit ami dompteur de cirque. 

Tout débute donc à Bruxelles, une nuit de 1949, lorsqu’un homme fait irruption au cabaret Le Bœuf sur le toit, où la fantaisiste Nini Cordy est à l’affiche comme meneuse de revues. Cet homme, un trompettiste de l’orchestre du cabaret et dissident russe prénommé Sergueï, y est abattu par ses deux poursuivants slaves. Non sans avoir, juste avant, caché un feuillet de partition dans la statue du bœuf. Avant de fuir la scène de crime, les deux agents soviétiques découvrent, par la partition, que ce feuillet est destiné à Nini… Dès lors, en remarquant son prénom sur ledit feuillet le lendemain, après le cambriolage de l’atelier de son père, Annie Cordy plonge dans une affaire d’espionnage international au temps de la Guerre froide où, pour l’Union soviétique, la musique est un ressort idéologique… Dès lors, la partition devient un enjeu narratif et, au-delà, un symbole de liberté…

Enfin, nonobstant un passionnant cahier documentaire de sept pages, l’album de 46 planches ne déroge pas à la règle du genre, multipliant les grandes cases sur des lieux emblématiques du Bruxelles d’autrefois — dont le disparu cabaret — comme autant de madeleines de Jacques Brel. Ici, le temps où « Bruxelles bruxellait » est celui de Nini, enfant d’une tonitruante famille de Laeken,dont le talent éclate juste avant son triomphe parisien en 1950. 

Nul doute qu’avec cet agréable divertissement la chaleureuse et énergique Anny Cordy aurait apprécié ce joli clin d’œil posthume à l’image de sa carrière, fantaisiste. Ici, l’« aussi belge que singulière » Nini Cordy nous distrait joyeusement, dans ce genre si singulièrement belge qu’est la bande dessinée. Il est à l’image de sa couverture rouge, tonique. Bref, tip top !

Jean-François MINIAC

« Nini Cordy 1949 » par Christophe Alvès et Bernard Swysen

Éditions Anspach (16,50 €) — EAN : 9782931105559

Parution 24 avril 2026

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