Et si un hôtel pouvait exaucer tous vos souhaits ? C’est l’intrigant point de départ de la nouvelle bande dessinée de Gaëlle Geniller, publiée chez Delcourt : un roman graphique de fort belle facture, où le fantastique est au service de l’intime, et qui mêle, en quasiment 180 pages de BD, mystère, fantaisie et sensibilité. L’autrice de « Minuit passé » et du « Jardin, Paris » engage ses lecteurs à franchir le seuil d’un lieu où les apparences pourraient bien être trompeuses. Attendez-vous, alors, à vivre une expérience qui ne ressemble à aucune autre, tant l’abondance visuelle de ce « Bienvenue à l’hôtel inhabituel » va vous inviter à la flânerie, à vous attarder sur les planches et à revenir sur certains détails, en vous laisser guider par la simple curiosité…
Lire la suite...« Big Sky » : secrets de famille et grands espaces…
La thématique western en bande dessinée continue de plus belle, et ce récit est le premier à allumer la mèche de la rentrée 2026 ! D’autres albums sont déjà prévus chez plusieurs maisons, mais Glénat s’offre ici le premier du genre dessiné par Marc Bourgne : un auteur bien connu pour d’autres séries à succès. Autre singularité : raconter le parcours d’un personnage de cette époque entre deux mondes — occidental et indien —, tiraillé entre ces deux cultures et pourchassé par celles-ci, est plutôt inhabituel. Le Montana — Big Sky ici — et ses paysages rudes et majestueux donnent un cadre ample à cette histoire forte, où la psychologie et les ressorts des personnages ne s’effacent pas devant l’action, parfois violente. Des ambiances variées s’offrent au lecteur : des lumières tamisées des intérieurs à celles — contrastées et vastes — des extérieurs…
Un jeune homme est retrouvé blessé, inconscient et nu dans la neige par une adolescente (Clara), puis soigné avec attention par la famille de celle-ci : père, mère, et les deux grandes filles. Il porte des traces sur le visage et un tatouage indien blackfoot, et pourtant, avec ses yeux bleus, il a tout d’un Blanc. Dès qu’il est rétabli, le jeune homme aide aux travaux et à la chasse pour la famille.
Un jour que les deux filles sont seules à la maison avec lui, deux hommes menaçants surviennent, cherchant un certain White Bird, alias Jan Ferlin : un Indien Blackfoot. Le réfugié échappe de peu au pire, ainsi que les jeunes filles, avec l’arrivée du père.
Un retour en arrière montre l’enfance du jeune homme blanc dans sa famille d’origine, aimante, puis sa capture par des Indiens Blackfoot. Il est alors élevé par Two Suns qui fait office de père adoptif. Plus tard, un chasseur de prime remarque sa photo chez un professionnel et alerte son père d’origine. Le mercenaire se met alors sur sa trace, le retrouve et le conduit à son père, mais il est mis en captivité. Le jeune homme n’a plus qu’un désir : s’évader, aidé par la nouvelle femme de son père (Edna)…
On connaît bien Marc Bourgne, en excellent artisan de beaux albums et séries de différentes tonalités : « Les Nouvelles Aventures de Barbe-Rouge », des albums dérivés de la série mère « IR$ », « Franck Lincoln », la saison 2 de « Michel Vaillant », « Alix Origines », entre autres… Le western manquait à son tableau (comme dessinateur, car il a signé le scénario du « Sentier de la guerre ») : c’est chose faite, avec bonheur. Ici, il rehausse son trait proche de la ligne claire par un souci du détail très élaboré, et multiplie les cadrages et angles de vue. Avec un trait précis, doux, expressif, où tout s’agence de belle manière, il reste d’une grande lisibilité. Pour s’ancrer dans l’héritage du western franco-belge, il s’est offert un petit clin d’œil avec les joueurs de cartes en début d’album : Blueberry, McClure et Red Neck ! Une case suffit pour cet hommage et cette marque de reconnaissance.
Le scénario de Serge Perrotin, rythmé en grands chapitres par périodes clés, laisse du temps pour dérouler posément l’histoire, qui progresse — dramatique et émouvante — jusqu’à la fin. L’état d’esprit des personnages et leurs réactions sont finement mis en scène, sans pathos, leurs motivations et agissements sont crédibles. Les couleurs, particulièrement raffinées, prennent une grande place dans la réussite de l’album : immédiates, elles sont pleinement justifiées par l’intensité des lieux et de l’action.
Pari réussi pour les auteurs, et en premier lieu pour Marc Bourgne, qui ajoute une grande étape à son beau parcours.
Notons que deux autres éditions, en tirage limité, sont disponibles : une version noir et blanc et une version avec un dossier préparatoire, toutes deux avec une couverture alternative.
Par ailleurs, il existe une version Canal BD (ISBN 978-2-344-07704-7, noté « / 001″ après l’ISBN page 2) avec vernis sélectif sur la couverture et le quatrième plat, cahier inédit de huit pages, couverture originale et frontispice signé : tirage limité à 1100 exemplaires.
« Big Sky » par Marc Bourgne et Serge Perrotin
Éditions Glénat (16 €) — EAN : 9782344033210
Parution 2 septembre 2026




















Très bonne bd. La version éditée par la librairie Bulle comporte quelques planches supplémentaires.
Oui, avec les deux autres éditions alternatives, je n’ai pas voulu en rajouter en parlant de l’édition Bulle, réservée aux passionnés et collectionneurs. Je me compte dans le lot, n’ayant pas pu résister à ces bonus.
Le tout est révélateur de l’engouement lié à l’arrivée de Bourgne dans le western.