En 2026, année du 250e anniversaire de la Déclaration d’indépendance américaine, un superbe album signé Laurent Paturaud et Esther Gil salue les commémorations de l’insurrection des Treize Colonies d’Amérique contre la perfide Albion.
Go West !
« Amériques » : quand des Français défendaient la liberté outre-Atlantique…
En 2026, année du 250e anniversaire de la Déclaration d’indépendance américaine, un superbe album signé Laurent Paturaud et Esther Gil salue les commémorations de l’insurrection des Treize Colonies d’Amérique contre la perfide Albion.
Go West !
De prime abord, en parcourant la fresque américaine que constitue ce somptueux album de 96 pages, le talent de Laurent Paturaud saute aux yeux. En vieux routier du dessin, ce Chartrain de 57 ans livre quasiment un chef-d’œuvre. En plus de deux décennies, il a déjà illustré deux séries ésotériques scénarisées par Thomas Mosdi : « Les Passants du clair de lune », déclinée en trois tomes chez Glénat, puis « Succubes » chez Soleil. Enfin, avec Esther Gil, la scénariste du présent « Amériques », il a créé deux albums pour les éditions Daniel Maghen, également éditeur d’« Amériques » : « Aux frontières de l’exil » en 2013 et « Mata Hari » en 2019.
Résidant dans l’Allier, non loin de Vichy, le duo de créateurs auvergnats s’est ici attaché à relater le destin d’un autre Bourbonnais, jeune officier français mué en héros oublié de la guerre d’Indépendance américaine : le chevalier Charles-François du Buysson (1752-1786). Pour cela, le duo a eu accès aux archives privées de François Devoucoux du Buysson : descendant de leur héros de papier et conseiller historique de l’album. Dès lors, la narration épouse au plus près la réalité historique appréhendée par des sources de premier ordre. Par le prisme du chevalier du Buysson, également narrateur du récit, le lectorat se trouve plongé dans le premier voyage outre-Atlantique du jeune marquis de Lafayette, Auvergnat et figure historique s’il en est, dont le chevalier figure parmi ses compagnons de voyage à bord de La Victoire.
D’emblée, en feuilletant l’album, la solidité du réalisme académique de Paturaud s’impose. On pense à Joubert, à Terpant, à Bourgeon… : à toute cette école du classicisme historique. En soi, le dessin colle au réel. Nulle exagération, nulle caricature. Le réalisme, et lui seul, maîtrisé, abouti, peut-être parfois d’essence photographique. Discrètement soulignées par un fin encrage noir au pinceau, les figures se détachent souvent des fonds traités par la seule couleur directe, les arrière-plans comme les figurants de second plan, et les ciels bien entendu. Naturellement, ce distinguo graphique traduit la focalisation nécessaire à la bonne lecture de l’image. Le chromatisme est tempéré, jouant de gammes de gris colorés, oscillant souvent d’harmonies brunes en harmonies grises. Conférant un effet de réalisme pictural, cette couleur module également l’intérieur des formes, particulièrement les visages des personnages.
Plongeons-nous dans cette histoire addictive déclinée en 78 planches. Tout débute en 1781, lorsque le navire Franklin — à bord duquel le chevalier revient d’Amérique — est abordé par un vaisseau britannique et que le chevalier jette sa précieuse correspondance à la mer pour qu’elle échappe aux Anglais. Suit un flash-back débutant cinq ans plus tôt : en novembre 1776. Là, à Paris, huit sympathisants de la cause américaine, dont du Buysson et Lafayette, accueillent secrètement un émissaire du Congrès américain : Silas Deane.
L’occasion de brosser la tragique situation après la déclaration d’indépendance de juillet 1776 qui a inauguré une guerre fratricide entre les troupes de George Washington et celles de lord Cornwallis. Ces officiers du régiment de Noailles — du Buysson et Lafayette s’y sont rencontrés — décident alors d’une expédition militaire pour appuyer les insurgents. Affrété à Bordeaux, le deux-mâts La Victoire les conduira au Nouveau-Monde… Mais, le roi d’Angleterre est bientôt informé de l’expédition de Lafayette…
Quel plus bel hommage à ce brigadier général américain qu’est devenu le chevalier du Buysson que ce tombeau de papier, esthétique et passionnant. Joliment illustré, un cahier documentaire complète la bande dessinée, présentant aussi des fac-similés de pièces d’archive. Le Bourbonnais, antre des amis Nan Aurousseau et feu Sébastien Japrisot, nous est cher. La fois prochaine fois que nous nous perdrons du côté de Meillard, nous penserons à ce héros voisin né au château des Aix. Si l’histoire a retenu le nom de Lafayette, il n’est que justice de redécouvrir son lointain cousin : le chevalier du Buysson, incarnation de l’alliance franco-américaine pour la liberté. Celle d’un autre temps, hélas.
Jean-François MINIAC
« Amériques » par Laurent Paturaud et Esther Gil
Éditions Daniel Maghen (19,50 €) — EAN : 9782356742575























