Quand 2014 correspond avec 1914, dans « 14 -14 »…

Aujourd’hui, il est rare que des jeunes écrivent des lettres et les envoient à leur correspondant par les services de la poste. Sur injonction de sa mère, c’est pourtant ce à quoi s’astreint Adrien, avec un lointain cousin en cette année 2014. D’abord réticent, le collégien développe une belle amitié épistolaire avec cet Hadrien qui n’habite pourtant qu’à 20 Km de son domicile. Si la distance est faible, l’écart temporel est plus fort : Hadrien est un jeune garçon de 1914. Adaptée du roman éponyme de Paul Beorn et Silène Edgar, « 14-14 » est une plaisante et intelligente bande dessinée pour de jeunes lecteurs, dès dix ans.

Adrien est un adolescent d’aujourd’hui, un peu râleur, un peu mal dans sa peau, qui peine au collège et dans la difficile traversée de l’âge ingrat. Trop timide pour avouer ses sentiments à sa meilleure amie qui ne se gêne pas, elle, pour avoir un petit copain, il est en butte aux remarques de ses parents qui souhaiteraient qu’il s’implique davantage dans son travail scolaire.

Un soir où il rentre vexé dans le pavillon familial, il évite une discussion avec sa mère, en prétextant qu’il doit écrire des cartes de vœux dans sa chambre. Elle l’encourage à écrire en lui demandant d’envoyer un mot à un cousin qui habite dans un petit village à 20 Km de Laon. Adrien s’exécute et poste une courte missive dans une boîte aux lettres bleue, inconnue, mais proche de chez lui.

La lettre arrive bien à un Hadrien, à Corbeny, mais en 1914 ! Fils d’un agriculteur peu commode, le jeune garçon, 13 ans lui aussi, est un bon élève, appliqué, qui souhaite faire le petit lycée en tant que boursier après son certificat d’étude, pour devenir ingénieur. D’abord surpris par la lettre d’un cousin peu rencontré, il entame une correspondance avec celui-ci.

Leur échange épistolaire est dans un premier temps empreint de doute et de circonspection, puis assez vite une véritable amitié nait entre deux adolescents que tout semble opposer : l’un respecte l’école et ses parents, alors que le second dénigre l’un et l’autre ; le jeune du début du XXe siècle est déjà mature et se projetant vers l’avenir avec sa douce amie, alors que celui du XXIe siècle semble encore bien enfantin, maladroit avec les filles et englué dans des soucis qui semblent bien anecdotiques à son correspondant.

« 14 -14 » page 5.

À l’issue de plusieurs échanges de lettres, ils se rendent compte du siècle qui les sépare et Adrien, affolé, entend prévenir Hadrien et sa famille que le bel été 1914 sera catastrophique pour sa famille ; dès le mois d’août, les combats feront rage en Picardie et réduiront en cendres la ferme familiale et ses habitants. Une course contre le temps commence pour sauver un ami et toute sa famille…

À l’origine de cette bande dessinée jeunesse intrigante et passionnante de bout en bout, il y a le roman éponyme de Paul Beorn et Silène Edgar. Publié en 1914 pour le centenaire du début de la Grande Guerre. Il a vite rencontré son lectorat et un certain succès. Les auteurs voulaient que les enfants d’aujourd’hui se sentent concernés par les commémorations du centenaire, qu’ils comprennent ce qui s’est passé, comment vivaient les jeunes gens de leur âge à l’époque. La collection Pépites des éditions Jungle entend « adapter les classiques modernes et contemporains de la littérature jeunesse prescrits par l’éducation nationale et se mettre au service d’un patrimoine littéraire en offrant un support différent et imagé aux lecteurs en herbe. » Après de belles réussites que nous avons défendu dans cette rubrique comme « Croc-blanc » ou « L’Appel de la forêt », « 14-14 » rejoint donc son catalogue adapté par Maxe L’Hermenier pour le trait souple, simplifié et expressif de Pierre-Yves Berhin dit Hamo.

« 14 -14 » page 12.

Scénariste prolifique, Maxe L‘Hermenier a su ici conserver la richesse de l’intrigue du roman. Au-delà du décalage temporel, le cœur du récit est la construction d’une belle et solide amitié entre deux adolescents fort dissemblables. De quoi s’intéresser aux différences et aux permanences entre les deux époques.

Si les adolescent ont toujours les mêmes centres d’intérêts ; l’école ou le collège, les filles, les relations avec les parents, la famille ou les amis proches, ils n’ont pas le même mode de vie. Hadrien de 1914 respecte sincèrement école et enseignants, il fait attention à bien écrire et trace déjà les grandes lignes de sa future vie d’adulte, alors que l’Adrien de 2014 emploie un langage bien moins soutenu, se montre fort désinvolte avec ses parents ou ses professeurs, et sa vie d’adulte semble bien lointaine à l’enfant qu’il est encore.

Sa découverte de la vie d’Hadrien est un choc, tant elle lui semble précaire :  d’une grande pauvreté dans les biens possédés et souvent soumise à des maladies incurables. De quoi se remettre en question et grandir, enfin.

Une belle et généreuse morale pour une bande dessinée réussie, avec ce qu’il faut d’émotions et de drames avant un happy-end bienvenu.

Une bande dessinée épistolaire...

Laurent LESSOUS (l@bd)                                                                                        

« 14 -14 » par Hamo et Maxe L’Hermenier, d’après le roman de Paul Beorn et Silène Edgar

Éditions Jungle (24,95 €) – EAN :  9782822249515

Parution 24 septembre 2026

La réponse d'Adrien en 2014 à Hadrien de 1914...

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