Avec le somptueux « Nouvelle France », le scénariste Stephen Desberg et le dessinateur Bernard Vrancken mettent en scène une captivante aventure humaine durant les guerres coloniales nord-américaines du XVIIIe siècle. Quand l’histoire rencontre le fait d’hiver…
D’emblée, par son sujet, cet album généreux (riche de quelque 113 planches et 128 pages) convoque le souvenir d’un autre grand récit : celui de Hugo Pratt paru chez Casterman en 1976 : « Fort Wheeling ». Si Pratt jouait de son admirable noir et blanc, Vrancken joue de la couleur avec ce nouvel album : une couleur où prime la valeur dramaturgie, entre noirceur des ombres et blancheur de l’hiver.
La vengeance du comte Skarbek 1 : Deux mains d’or
Premier choc éditorial de l’année 2004, le premier volet du diptyque signé Sente et Rosinski, conjugue leçon d’histoire et passion artistique au cœur d’un récit romanesque aux multiples rebondissements, magnifié par la mise en image d’un Rosinski rayonnant de talent.
Le talentueux peintre du XIXème siècle Louis Paulus est l’objet d’une machination de la part du marchand d’art Daniel Northbrook et de clients collectionneurs-spéculateurs complices. Ceux-ci le laissent pour mort pour d’obscures raisons mercantiles, mais le peintre, de retour d’exil plusieurs années plus tard, revient sous les traits du comte Skarbek pour se venger.
S’il existe un genre cinématographique très américain, c’est bien le film de procès. En choisissant cette forme de narration pour son récit, Yves Sente se permet de jouer sur divers flash-backs de natures différentes, resituant son histoire dans le contexte historique et peu connu en France de l’indépendance de la Belgique, et jouant sur les effets d’annonces, qui entraînent de nombreux rebondissements.
« Le choix de l’époque allait de soi », dit Yves Sente, « elle répondait aux envies de se plonger dans une ambiance romantique, de réaliser de beaux costumes, … ». Depuis toujours, Rosinski admire les peintres et les dessinateurs du 19ème siècle. Le dessinateur, qui considère le scénario de Sente comme « un véritable cadeau » a véritablement « peint » cette bande dessinée, dans laquelle il restitue admirablement l’atmosphère de l’époque.
On regrette juste (mais peut-être un tirage de luxe viendra-t-il combler ce manque) que cette magnifique démonstration graphique n’ait pas été publiée dans un format plus grand, plus proche des planches originales (1 mètre sur 70 cm tout de même !) qui aurait laissé exploser d’une manière encore plus évidente la prouesse picturale et artistique de Rosinski, qui s’impose décidément comme un des plus grands auteurs de bande dessinée actuels.






