Lorsque les premières pages d’« Alix » ont été publiées, quasiment comme bouche-trou, dans Tintin, le jeune Jacques Martin était loin d’imaginer que son héros serait plus que jamais d’actualité en 2025. Non seulement la série classique se poursuit avec un succès mérité, mais les séries dérivées défient les modes. « Alix Senator », qui met en scène un héros quasi sexagénaire, en est le meilleur exemple.
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Le maître d’arts martiaux a tendance à boire un coup de trop et à regarder la jolie serveuse, alors que l’élève préfèrerait rester au lit à rêver qu’il est devenu une star du show bis, pendant que les chômeurs abandonnés par leur épouse veulent en finir avec la vie. A côté de tout cela, la jeune fille n’est pas du tout ce que l’on croit.
Bd muette hautement expressive (où les bulles elles-mêmes sont en pictogrammes), déclinée dans un style volontairement dépouillé donnant à l’ensemble un tour naïf et spontané, cet album dégage le charme incontestable d’une oeuvre subtile et tendre. Le plaisir inconscient que prend le lecteur à décrypter le sens des cases sans l’appui du texte se trouve en fait rapidement contrebalancé par le malaise né d’une série de détails cadrant mal avec un récit de vie quotidienne. D’une part, les personnages se révèlent complexes et contradictoires, se débattant entre leurs pulsions, leur désespoir, leur doute et leur égoïsme. D’autre part, une mystérieuse bouche d’incendie occupe une place d’emblée anormale alors que la jolie et gracieuse serveuse se livre à d’énigmatiques pratiques. Avec une remarquable économie de moyens, Eco exprime avec force les fêlures des personnages, s’interrogeant sur la condition misérable d’une humanité à la dérive, submergée par son impuissance et sa petitesse. Finalement, ce récit pourtant très court sonne comme une analyse désespérante et mélancolique des choix individuels et collectifs d’une civilisation plus vulnérable qu’elle n’en a conscience.
JD
Fire plug Kung Fu, de Eco, La Boîte à bulles, 12,50 euros