« Le polar fait-il toujours frissonner ? » s’interroge à la une le dernier numéro des Cahiers de la bande dessinée. Le nouvel ouvrage d’Emmanuel Moynot — orfèvre en la matière — répond avec panache à cette interrogation. Acteur majeur dans le monde de la bande dessinée de ces quatre dernières décennies, au talent trop peu reconnu par le grand public, il signe en auteur complet ce petit bijou d’humour noir, au héros attachant et pourtant tellement dangereux. Une pépite à ne pas manquer !
Lire la suite...Les enfants du crépuscule, t1, Peur sur la ville
Dans un monde peuplé d’humains agressifs, apparaissent des créatures hybrides victimes d’une maladie inconnue. Lorsque se manifestent chez son petit frère Polo les premiers signes de la mutation, Alice décide de l’emmener en ville pour consulter un spécialiste capable de bloquer le processus.
Ils se retrouvent plongés dans une campagne électorale violente, polarisée par l’attitude à adopter face aux mutants.
Monstres ghettoïsés et maltraités, univers urbain oppressant, discours populistes racistes, cette nouvelle série, déclinée sur un mode de science fiction steampunk sous un trait semi réaliste, évoque un univers situé entre Dickens et Orwell. Analysant le moment où une société bascule vers un régime dictatorial, quand la haine prend le pouvoir sur fond de répression policière arbitraire et de contrôle inquisiteur, le tandem transalpin nous livre, dans un gros album de 55 pages, dense et riche, sobrement et classiquement mise en pages, un récit bien ficelé, peuplé de créatures fantastiques et de figures sociales tirées du roman populaire du XIXe siècle.
Juxtaposant les thématique, croisant les logiques, entrelaçant les messages, cette nouvelle série s’inscrit dans un genre aux règles déjà largement fixées, qui trouve sa place dans l’univers BD aux côtés du Croquemitaine (de Lebeault et Filippi chez Dupuis), dans la lignée d’Horologiom (du même Lebeault chez Delcourt). Il s’agit donc d’un premier tome très professionnel, qui pose avec habileté personnages, environnement social et références culturelles, de manière souple et fluide, dans un fondu révélant une vraie maîtrise des codes littéraires autant que bédéesques.
Joël Dubos
Les enfants du crépuscule, t1, Peur sur la ville, Semerano, Nizzoli, Humanoïdes associés, 12,90 euros






