Dans son nouveau roman graphique, Pascal Rabaté nous transporte dans le Berlin de 1931, à quelques années du désastre, mettant en scène des artistes, des danseuses, des histoires d’amour, des soirées alcoolisées, des copains qui profitent de la vie… Bref : la grande fête. Hélas, cela ne va pas durer : nous, lecteurs, nous savons comment cela va se terminer… En narrateur accompli — tant en bandes dessinées qu’au cinéma —, l’adaptateur d’« Ibicus » et auteur des « Petits Ruisseaux » ou de « La Déconfiture » (1) va justement jouer avec cette longueur d’avance, tout en utilisant un graphisme coloré où il change légèrement son trait habituel, pour installer un malaise qui ne cesse de monter à la lecture de cette « Enfance des ruines » qui n’a pas fini de vous hanter…
Lire la suite...« Les Gens honnêtes » T2 par Durieux et Gibrat
Si le premier tome, paru en août 2008, nous avait déjà largement séduit, on peut dire que ce deuxième opus (et il devrait y en avoir au moins un ou deux autres de plus) nous a carrément enthousiasmé !
En effet, l’association entre le talentueux (et reconnu comme tel) auteur de « Mattéo », du « Sursis » ou du « Vol du corbeau » et le dessinateur, certes moins médiatisé mais tout autant digne d’éloges, d’« Oscar » ou de lyriques « one-shot » plus elliptiques, a été, une fois de plus, très fructueuse.
Comme Jean-Pierre Gibrat n’avait pas eu le temps de dessiner cette chronique sociale et familiale, tout aussi sensible qu’optimiste, il en a donc confié la réalisation graphique au poétique et ludique explorateur du trait qu’est Christian Durieux ; lequel a apporté sa propre vision à cette savoureuse comédie, en dotant, par exemple, les personnages de trognes inoubliables.
Ce ton humaniste et cette complicité sont d’ailleurs évidents dès les premières pages où Philippe, un quinquagénaire grand-père depuis peu, s’arrête devant la vitrine d’une librairie spécialisée en livres anciens. Le patron porté, comme lui, sur la divine bouteille, lui fait goûter de grands crus tout en lisant du Victor Hugo, du Proust ou du Duras : un véritable moment d’anthologie ! Par la suite, notre protagoniste, continuant d’afficher une désinvolture que rien ne semble altérer, va finir par se retrouver coiffeur dans le TGV qui l’avait mené à Bordeaux alors qu’il accompagnait son fils, après son renvoi de l’école, pour qu’il puisse trouver un lycée hôtelier où finir ses études…

En montrant que, pour une fois, les gens honnêtes peuvent réussir à faire face aux soucis du quotidien, les auteurs chroniquent habilement l’air du temps, avec tendresse et justesse, tout en nous faisant passer, sans que l’on s’en rende trop compte, du rire aux larmes. Pourtant, l’entreprise était plutôt ardue : toute la difficulté consistant à mettre en scène, de façon amusante, un récit finalement assez tragique, sans pour autant tomber dans la gaudriole et en évitant tout misérabilisme ! Manifestement, Gibrat et Durieux y sont arrivés, et y sont même bien arrivés…
Gilles RATIER
LA BD DE LA SEMAINE : ? Les Gens honnêtes ? T2 par Christian Durieux et Jean-Pierre Gibrat Éditions Dupuis (14 Euro)








