Kentucky T. McBride, chasseur de primes sans scrupules — mais aussi voleur, tueur, et même shérif improvisé d’une petite ville qu’il vient de braquer — se retrouve suspendu à un pont par une seule une main, l’autre étant occupée à tenir une chèvre. S’il la lâche, il va perdre un million de dollars… Ce western déjanté nous met d’emblée l’eau à bouche, de façon spectaculaire, et il faudra dévorer les 110 pages qui suivent pour savoir comment ce personnage en est arrivé là ! Un très agréable divertissement qui prouve, une fois de plus, que le prolifique et protéiforme scénariste Philippe Pelaez — ici soutenu efficacement par l’amusant trait semi-réaliste du talentueux Sébastien Corbet — jongle habilement avec les genres et excelle dans celui de la comédie !
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Après les divertissantes études de mœurs qu’étaient ses scénarios écrits dernièrement pour David Prudhomme, Sébastien Gnaedig ou Simon Hureau, le responsable de la sublime adaptation du roman « Ibicus » revient au dessin (et quel dessin !) pour nous conter la débâcle de juin 1940, pendant la Deuxième Guerre mondiale, dans un diptyque qui s’annonce une fois de plus incontournable : comme toutes les bandes dessinées de Pascal Rabaté !
L’armée française, pourtant considérée alors comme l’une des plus puissantes du monde, ne peut contenir la puissance retrouvée de l’Allemagne nazie. En cinq semaines, l’avancée allemande en France entraîne la désintégration de l’armée et une gigantesque panique dans la population. C’est le chaos : six millions de personnes s’enfuient sur les routes avec de maigres bagages et une grande partie des soldats français perdent leur régiment à la suite de la confusion générale.
Passant habilement de la comédie au drame – et vice versa —, l’auteur des « Petits Ruisseaux » met justement en scène un jeune bidasse motocycliste perdu dans cette guerre dépourvue de sens. Laissé à l’arrière pour surveiller les corps de ses camarades décédés en attendant l’arrivée du corbillard de l’armée, il décide ensuite de partir à la recherche de son unité. En quelques jours, entre errances, avaries mécaniques et rencontres croquignolesques, il voit tous les repères du pays s’écrouler, devant l’ampleur de la défaite annoncée.
Rabaté démontre ici, une fois de plus qu’il est un fin narrateur et qu’il sait se documenter au mieux pour rendre crédible son histoire, mais, surtout, qu’il est aussi l’un de nos plus remarquables dessinateurs : il use avec maîtrise et subtilité du noir et du gris, tout en affinant son trait – de moins en moins caricatural —, pour mieux nous faire sentir la pesanteur et l’absurdité de l’atmosphère d’une époque désemparée par les montées des extrêmes : époque qui n’est peut-être pas si éloignée que ça de celle que l’on vit aujourd’hui…
Gilles RATIER
« La Déconfiture T1 : Première Partie » par Pascal Rabaté
Éditions Futuropolis (19 €) – ISBN : 978-2-7548-1691-5












