Tout juste auréolées du Prix René Goscinny du jeune scénariste (pour « Les Cheveux d’Édith », également chez Dargaud, mais avec Dawid au dessin), les prolifiques autrices en ouvrages jeunesse ou romans young adult que sont Fabienne Blanchut et Catherine Locandro nous racontent, dans ce qui n’est que leur deuxième bande dessinée, comment, entre silences et non-dits, a basculé la vie de Frédérique, alors qu’elle avait à peine 13 ans. Basé sur leurs trajectoires personnelles, cet attachant et délicat récit intime, somptueusement mis en images par l’Italien Thomas Campi, nous amène en Corse-du-Sud. À l’occasion de vacances en famille, pendant un été bien particulier de 1985, la fillette comprend qu’elle grandit et qu’elle est différente, car elle prend doucement conscience de l’attirance qu’elle développe pour une serveuse du restaurant du village…
Lire la suite...La crise de la cinquantaine vue par Davodeau et ses copains…
Après diverses bandes dessinées de reportages ou docu-BD plutôt réussies (1), l’auteur majeur du 9e art contemporain qu’est Étienne Davodeau renoue avec la fiction, en s’inspirant de la mauvaise passe due au passage du cap de la cinquantaine vécue par l’un de ses amis : Christophe Hermenier, concepteur graphique et photographe, dissimulé ici sous les traits d’Yvan. Avec un autre de ses proches, son collègue breton Joub, il aborde ce virage délicat de la vie d’un homme, avec tendresse, mais aussi avec humour, dans ce salutaire récit…
Cette année, Yvan a eu 50 ans et a perdu son boulot, sa mère et son père. Pour ne rien arranger, sa femme bosse au bout du monde, à Taïwan, et ses deux enfants mènent, désormais, leur propre existence. Bref, il se retrouve seul dans son appartement parisien et, pour surmonter la déprime qui le guette, il accepte de s’exiler, pour un temps, chez ses vieux potes Thierry et Sandra dans leur petit village du Jura.
Avant de mettre en vente la maison de ses parents, il décide aussi de photographier les petits objets de leur quotidien, comme pour espérer garder la trace d’un passé révolu…
Trente ans plus tôt, Yvan et ses copains de fac, lesquels ne vont pas tarder à le rejoindre dans sa retraite glacée et poudreuse du massif montagneux le temps d’un week-end, s’étaient immiscés à l’anniversaire d’un nouveau cinquantenaire. Ce soir-là, ils s’étaient conduits en jeunes crétins, convaincus, du haut de leurs arrogants 20 ans que ce type n’était qu’un croulant, qu’il était fini : ils ont beaucoup bu, beaucoup ri, se sont beaucoup moqué et sont repartis en laissant la fête sens dessus dessous. Ayant franchi à leur tour le demi-siècle, il est peut-être temps, pour eux, de reconsidérer leurs positions…
On retrouve avec plaisir le trait vif et sobre d’Étienne Davodeau, ainsi que lisibilité de sa narration, dans cette belle réflexion sur l’incertitude de la vie coécrite avec deux compères qui ont partagé ses mêmes souvenirs et questionnements. Joub se chargeant principalement des couleurs et Christophe Hermenier des pages de photos avec les bibelots rapportés de la maison familiale : heureuses respirations, avec de grandes cases représentant des paysages montagneux et enneigés, entre les nombreuses scènes de discussions rythmant agréablement, elles aussi, ce joli roman graphique un brin philosophique.
« Les Couloirs aériens » par Étienne Davodeau, Joub et Christophe Hermenier
Éditions Futuropolis (19 €) — ISBN : 978-2-7548-2553-5
(1) Voir, par exemple : « Cher Pays de notre enfance : enquête sur les années de plomb de la Ve République » par Étienne Davodeau et Benoît Collombat.














