C’est le 15 avril 1941 qu’Edgar Jacobs est présenté par son ami d’enfance Jacques Van Melkebeke à Hergé, à l’occasion de la représentation de « Tintin et Milou aux Indes » au théâtre des Galeries, à Bruxelles : une pièce écrite par Hergé et Van Melkebeke. Cette rencontre marque le début d’une longue et fructueuse amitié entre le dessinateur des aventures du déjà célèbre Tintin et l’imposant baryton devenu dessinateur par nécessité. Au fil de cet ouvrage passionnant, Éric Verhoest revient sur les trois décennies au cours desquelles les deux maîtres de la ligne claire se sont livrés à un amical duel. Jacobs, et plus encore Hergé, ont fait l’objet d’une multitude d’ouvrages (1) ; celui-ci est le premier réunissant les destins croisés de ces deux géants de la bande dessinée belge.
Lire la suite...Avec « Raven », Mathieu Lauffray dynamite les poncifs de la piraterie…
Le dessinateur de « Long John Silver » replonge avec délectation dans la grande aventure des boucaniers des Caraïbes : une imagerie spectaculaire qu’il exploite, cette fois-ci seul maître narratif à bord, en multipliant les abordages dantesques, les tempêtes dévastatrices, les coups de canon tonitruants et les combats au sabre sans pitié… peuplés de personnages hauts en couleur : que ce soit le chevaleresque feu-follet qu’est Raven, la cupide et redoutable Lady Darksee ou la naïve et jolie aristocrate Anne de Montignac, laquelle se retrouve, sans le vouloir, au milieu de leur ravageuse dualité…
En ce milieu du XVIIe siècle, la Jamaïque et l’île de la Tortue regorgent de gouverneurs sans foi ni loi, de forbans en tout genre, de jeunes femmes téméraires et de trésors enfouis. L’impétueux Raven, ancien mousse dans la Royale qui fut enlevé par des pirates (et qui en est devenu un), convoite celui de la cité maya Chichén Itzá qui a été perdu depuis des lustres par les soldats de Cortés : il serait enterré, selon la légende, au Morne-du-Diable, une île infestée de cannibales. L’ennui, c’est que la bravache Lady Darksee, aussi jolie que son cœur est noir et blessé, a également des vues sur ce fameux trésor.
Mathieu Lauffray s’en donne à cœur joie avec la mythologie de la flibuste, la furie des éléments, et les protagonistes au propre arbitrage qui ont dû créer des sociétés alternatives. Grâce à une mise en pages dynamique et une narration sans faille, ces pages explosent littéralement sur le plan graphique ! Certaines scènes sont même complètement picaresques, la précision du trait côtoyant des personnalités aux trognes caricaturales, voire humoristiques…
Celui qui travailla, jusque-là, sur des univers et des supports bien différents, allant des jeux vidéo au cinéma (« Nemo » et « Le Pacte des loups » avec Christophe Ganz) ou de l’historique à la science-fiction, s’amuse ici avec les genres et les techniques : il propose des kaléidoscopes de situations et de personnages que l’on aurait pu retrouver dans des mangas, des comics ou des séries télé.
Signalons, toutefois, que pour l’intrigue de « Raven », Mathieu Lauffray s’est très librement inspiré de « Vulméa, le pirate noir » : une longue nouvelle écrite par le créateur de « Conan the Barbarian » : Robert E. Howard.
De toute façon, pour notre dessinateur, le récit de piraterie est juste un outil dramaturgique qui lui permet de mettre en place un environnement pictural magnifié…
Mais aussi de mettre en scène toutes ces pulsions humaines qui produisent des énergies non maîtrisables, mues par des principes de liberté et d’accomplissement personnel.
Gilles RATIER
« Raven T1 : Némésis » par Mathieu Lauffray
















