« Sigi » : les dangers de la route des Andes…

La jeune pilote de course Sigrid Hässler, dite Sigi, poursuit son tour du monde en voiture — entre montée du nazisme (en cette fin des années 1920) et multiples périls du voyage — avec le photographe Sven. Ils ont échappé à un piège mortel aux États-Unis (1) et les voici sur la route des Andes. Ils y croisent le riche propriétaire terrien Raul de la Hoya, lequel peut dépanner la voiture. En Europe, la blonde Hannah (en couverture de l’album), une amie de Sigi, est la maîtresse du mécène nazi Gottfried Geyer : un jeu de plus en plus dangereux… On retrouve ici les mêmes qualités que dans le premier tome et David Morancho, le dessinateur, reste à un échelon bien connu désormais, c’est-à-dire très haut. Une série prévue en quatre tomes, excellente et recommandée…

En ouverture d’album, on découvre Gottfried Geyer en mauvaise posture face à ses donneurs d’ordre nazis : la course qu’il doit saboter leur apparaît comme « des vacances » offertes à l’équipe de Sigi. Deux espions ont pourtant été placés dans le camion d’assistance, prêts à intervenir à tout moment contre Sigi. De plus, qu’il puisse avoir une maîtresse juive le dessert.

La jeune pilote, en panne moteur irréparable, peut compter sur le señor de la Hoya, lequel met des moyens à sa disposition, en espérant plus… Mais un épisode montre la cruauté du propriétaire terrien envers de quasi-esclaves d’origine asiatique, avant que Sigi ne reprenne la route dans ces paysages magnifiques et escarpés. Coup de théâtre : un ouvrier maltraité, croisé peu auparavant, s’était caché dans un véhicule de l’expédition. Entretemps, Hannah, surveillée par les hommes de Gottfried Geyer, est en mauvaise posture…

Dans cet album, aussi riche en rebondissements que le précédent et lourd d’une toile de fond politique et économique pesante, l’histoire reste fluide et agréable. Le contexte imaginé par le chevronné Erik Arnoux présente en effet des ressorts d’intrigue intéressants pour le lecteur, très dépaysé en matière de lieux et d’époques. Plus que le personnage de Sigi, celui de la blonde Hannah est particulièrement mis en valeur, dans des scènes émouvantes.

Quant au dessin de David Morancho, il a l’art de rendre raffinée et élégante la mise en image de toute situation, même la plus catastrophique. Son trait fin, qui s’applique autant à la grâce féminine (notamment dans l’une des rares scènesdénudées) qu’aux bâtiments et extérieurs, constitue l’apport central de ce récit.

Une très belle série à suivre.

Patrick BOUSTER

(1) Voir, sur BDzoom.com : « Sigi T1 : Opération Brünnhilde » : premier tour de chauffe d’un long voyage…

« Sigi T2 : Terra Inca » par David Morancho et Erik Arnoux

Éditions Glénat (16 €) — EAN : 9782331090882

Parution 11 février 2025

Galerie

Une réponse à « Sigi » : les dangers de la route des Andes…

  1. Patrick Bussard dit :

    Bonjour,
    Oui, cet album que j’ai acheté hier, est magnifique, époustouflant, le dessin virtuose, mais je voudrai témoigner que mon libraire n’en avait que deux exemplaires à l’office des nouveautés ! Sa raison, le tome 1 sorti en août 2023, n’aurait selon lui pas marché et donc il n’en a pris que deux exemplaires. C’est grave car cela veut dire que lorsqu’il les reçoit, ces deux exemplaires vont directement en rayon et ne bénéficient pas d’une présentation sur table. A moins d’être au courant de la sortie, les amateurs de BD n’ont donc aucune chance de tomber dessus, de se laisser « séduire » par la couverture. Ce qui me désole le plus, c’est le côté auto-prédictif de mon libraire : « Le tome 1 n’a pas marché donc je n’en prends plus ». A ce compte-là, des succès de librairie tel que Thorgal par exemple n’existeraient tout simplement pas car, faut-il le rappeler, ce n’est qu’à partir du tome 4 que les ventes de Thorgal ont commencé à décoller en librairie. Si tout le monde sabre une nouveauté dès le Tome 2, c’est la fin de la biblio-diversité et nous n’avons plus que l’ixième Lucky Luke, Blake et Mortimer, Astérix, Buck Danny, XIII, etc. sur les tables des librairies à nous mettre sous la dent. Un scénariste et un dessinateur suent sang et eau pendant au moins un an, y mettent tout leur coeur et, au final leur oeuvre n’est même pas exploitée dignement en librairie, on ne leur donne même pas une chance de rencontrer leur public au prétexte que le tome 1 n’aurait pas marché ? Le livre, c’est d’abord de la culture et pas des consommables interchangeables. C’est sûr que le Tome 2 ne risque pas de marcher si on ne le propose pas. La culture, c’est d’abord une économie de l’offre, de la proposition, pas seulement répondre à des attentes majoritaires des lecteurs face aux grosses sorties promues par les éditeurs, aux licences rentables. Mon libraire est un bon libraire, il fait ce qu’il peut face à la surproduction, aux arrivages incessants. Mais là, après mon passage hier, il n’a plus qu’un seul exemplaire d’une nouveauté sortie aujourd’hui. Misère de la chaîne du livre française toute entière où l’économie et le zéro stock priment, sans parler du gaspillage. Les stocks sont sur les routes plutôt qu’en librairie, les ouvrages sont maltraités chez les imprimeurs, les distributeurs et en rayon, de plus en plus mal imprimés, les ventes baissent, les prix augmentent, il n’y a plus de réels choix et les auteurs sont au final privés de l’exploitation de leur oeuvre. J’étais franchement triste hier pour les auteurs en sortant avec mon exemplaire sous le bras… et inquiet aussi car quand sortiront les tome 3 et 4, les trouverais-je encore en librairie ? Le lecteur est aussi pris pour un abruti car il commence une série dans l’idée de pouvoir la suivre jusqu’à la fin mais sans aucune garantie et quand le tome 3 sortira, on me dira peut-être, « désolé, je n’ai pas le tome 3, car les deux premiers n’ont pas fonctionné, cette nouveauté n’est disponible que sur commande ! » Quand on voit dans quel état lamentable arrive les exemplaires commandés à l’unité après leur sortie : pelliculage sale, coins défoncés, et coups de cutter un peu partout, rayures dégueulasses, impression pourrie, tâches d’encres, pages cornées partout dès le façonnage chez l’imprimeur, etc… et qu’on vous dit qu’on est désolé car un livre doit malgré tout avoir le même prix partout, que c’est la loi sur le prix unique du livre qui oblige le libraire à vendre au prix du neuf un exemplaire commandé mais déjà défraichi. Bon, j’arrête là, car quelques années après leur sortie parfois si confidentielle qu’elle en est presque invisible même pour l’amateur éclairé et alerte, ces mêmes BD se retrouvent à des prix exorbitants sur le marché de l’occasion ou certains se servent du travail des auteurs pour spéculer en bourse. J’arrête là pour avoir essayé de démontrer que trouver une nouveauté BD en librairie s’apparente de plus en plus souvent à la quête du Graal. Et pourtant j’habite une ville de 150 000 habitants !

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