Grand Prix d’Angoulême 2010, Hervé Barulea, qui signe Baru (1), est né le 29 juillet 1947, à Villerupt (un bled de la Meurthe-et-Moselle, en Lorraine). Ado dans les années 1960, il découvre le rock`n`roll par l’intermédiaire de juke-box laissés dans les cafés après le départ de militaires américains des bases du coin, quand la France est sortie de l’OTAN. Comme l’auteur de « L’Autoroute du soleil » le déclare pour présenter ce nouveau diptyque : « Le rock`n`roll, ça reste encore et toujours ma réserve d’énergie ! » Dans ce premier volume de 140 pages tendres et drôles, et un brin nostalgiques, Baru s’intéresse à cette « musique du diable » — qui est loin d’être une musique de vieux réservée aux baby-boomers — et à ses icônes qui ont fait vibrer sa jeunesse, et toute sa vie… à travers des anecdotes vécues ou des récits fictifs, évoquant notamment les Rolling Stones, mais aussi les Yardbirds, les Who, Vince Taylor…
Lire la suite...« Ainsi soit Benoîte Groult » par Catel
Après les biographies imposantes de Kiki de Montparnasse et d’Olympe de Gouges qu’elle a réalisées avec son compagnon, le scénariste et directeur éditorial José-Louis Bocquet, Catel Muller dite Catel s’est attaqué toute seule, cette fois-ci, à un autre roman graphique jubilatoire du même tonneau : une bio-graphique sur Benoîte Groult, grande figure de la littérature et de la défense de la condition des femmes, dont elle avait dévoré l’essai « Ainsi soit-elle », alors qu’elle n’avait que quinze ans. La retranscription en BD de leurs entretiens animés, où se confrontent amicalement différents points de vue, résulte sur plus de trois cents pages aussi drôles que passionnantes !
Catel réussit donc à mettre habilement en images, en bulles et en cases, leurs diverses rencontres qui ont eu lieu dans des endroits chers à cette généreuse militante qui fût aussi l’épouse de Georges de Caunes et de Paul Guimard ou l’amie de François Mitterrand, sans jamais lasser le lecteur une seconde : plus que la vie d’une romancière-pionnière du féminisme ou qu’un survol de plus d’un siècle de lutte des femmes, il s’agit du récit enthousiasmant d’une amitié entre deux personnes étonnantes, de deux générations différentes, dont la connivence est pourtant évidente.
Tout a commencé avec un premier portrait de cette écrivaine dont l’histoire personnelle, singulière et plurielle, se fond dans l’Histoire du XXe et du XXIe siècle : Catel l’avait esquissé en bande dessinée, pour une double page publiée dans le quotidien Libération, en 2008. Or, de rendez-vous en dîners, le projet d’un roman graphique sur la vie de l’auteure de « La Touche étoile » se fait jour : pourtant, la nonagénaire reste au départ assez hermétique à l’idée. Pour elle, la bande dessinée se résume à « Bécassine ». Qu’importe, au fil des mois, Benoîtine, comme l’appelle désormais tendrement Catel (en référence à l’héroïne bretonne de Pinchon et Jacqueline Rivière) (1), va se laisser convaincre et se confie sans langue de bois à la dessinatrice, avec sagacité, humour et tendresse.
Ainsi, de son crayon attentif, cette acharnée représentante d’une bande dessinée littéraire part de l’enfance de la sage Rosie (le vrai prénom de Benoîte) dans les années trente pour aboutir à sa toute récente consécration de commandeuse de la Légion d’honneur : presque cent années d’une vie privée et publique flamboyante, jonchées de moments du quotidien où l’on découvre la grande dame, sans masque et sans posture.
Une fois ce formidable livre terminé, on se surprend alors à remarquer que les combats féministes de Benoîte Groult ont même porté leurs fruits au niveau de la bande dessinée ; en effet, il faut bien reconnaître que le 9e art n’est plus l’exclusivité du sexe masculin puisque quatre des meilleurs livres lus récemment en ce domaine, par votre serviteur, ont été écrits et dessinés par des femmes : « Mauvais Genre » par Chloé Cruchaudet, « Eve sur la balançoire : conte cruel de Manhattan » par Nathalie Ferlut, « La Propriété » par Rutu Modan et, donc, ce « Ainsi soit Benoîte Groult » de Catel. Respect, Mesdames…
Gilles RATIER
(1) Contrairement à ce que beaucoup de personnes croient, ce n’est pas Maurice Languereau alias Caumery qui a créé « Bécassine » sur le plan des textes, en 1905, mais Jacqueline Rivière : la rédactrice en chef du magazine La Semaine de Suzette, où paraissait cette bande dessinée ancestrale. Ce qui fait de cette dame le premier — et donc du même coup la première — scénariste connu(e) de bandes dessinées francophones…
« Ainsi soit Benoîte Groult » par Catel
Éditions Grasset (22 €) – ISBN : 978-2-246-78352-7













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