Tout juste auréolées du Prix René Goscinny du jeune scénariste (pour « Les Cheveux d’Édith », également chez Dargaud, mais avec Dawid au dessin), les prolifiques autrices en ouvrages jeunesse ou romans young adult que sont Fabienne Blanchut et Catherine Locandro nous racontent, dans ce qui n’est que leur deuxième bande dessinée, comment, entre silences et non-dits, a basculé la vie de Frédérique, alors qu’elle avait à peine 13 ans. Basé sur leurs trajectoires personnelles, cet attachant et délicat récit intime, somptueusement mis en images par l’Italien Thomas Campi, nous amène en Corse-du-Sud. À l’occasion de vacances en famille, pendant un été bien particulier de 1985, la fillette comprend qu’elle grandit et qu’elle est différente, car elle prend doucement conscience de l’attirance qu’elle développe pour une serveuse du restaurant du village…
Lire la suite...« Sorcière et ténèbres » T1 par Hiroko Nagakura
Pour cette quatrième chronique d’octobre sur le thème d’Halloween nous allons évoquer le cas de « Sorcière et Ténèbres ». Quoi de plus commun en cette période que des sorcières ? À part peut-être les chasseurs de sorcière justement ! Il est de notoriété publique que ces femmes ensorceleuses puissent être de catégorie blanche ou noire, bonne ou méchante. Ce que Kokuyô, le chasseur de sorcières n’a que faire. Pour lui, elles sont toutes des êtres maléfiques qu’il faut éradiquer. La suite va peut-être lui donner tort.
Une vague de décapitation d’étudiantes sévit dans le lycée fréquenté par Hitsuji, une jeune sorcière un peu loufoque. Celle-ci a une passion immodérée pour les choses qui, habituellement, répugnent les humains. Comme elle le dit elle-même après avoir envahi la classe de chenilles « dés que je vois des choses qui frétillent ou un peu poisseuses, je me sens toute chose ». Évidemment, ses camarades ne sont pas de cet avis et la trouvent bizarre, même s’ils reconnaissent que, physiquement, elle est extrêmement jolie. Mais c’est vrai qu’il est étrange qu’une adolescente effeuille une plante carnivore au lieu d’une pâquerette pour savoir si l’homme de ses rêves est épris d’elle. Ou qu’elle se prépare un plateau-repas rempli de sauté de larves, de spaghetti de vers de terre et d’oeufs d’insecte. Sous ses airs candides, elle ne cherche qu’à se faire aimer et apprécie, en retour, tout ce qui l’entoure dans la nature.

L
orsqu’un nouvel élève débarque dans sa classe, sa vie va basculer. Étant allergique au soleil, il est entouré de bandelettes telle une momie. Tout le monde trouve cette attitude des plus étranges. Tout le monde sauf Hitsuji qui tombe immédiatement sous son charme. Ce qu’elle ne sait pas encore, c’est qu’il est en fait venu dans cette école avec une mission : enquêter sur les décapitations qui, selon lui, sont l’oeuvre d’une sorcière ! Sorcières qu’il déteste au plus haut point, comme le lecteur le découvrira au fur et à mesure de l’avancée de l’histoire. La belle Histsuji n’en a que faire, elle va donc tenter de lui prouver que certaine sorcières, comme elle, sont dignes de confiance. Toujours fourrée dans ses pattes, elle finira par percer ses petits secrets. Tout va s’accélérer lorsque ce couple improbable découvre qu’un congrès des sorcières noires, qui n’a lieu que tous les dix ans, va avoir lieu non loin de là.
Avec « Sorcière et ténèbres », on est loin de l’arrogance de « Rudolf Turkey » par le même auteur. Cette série de seulement deux gros volumes se déroule dans un monde fantasmagorique avec une héroïne positive et particulièrement énergique. Autant Kokuyô est un personnage taciturne, alors que Histuji déborde de vitalité et de joie de vivre. Ce couple n’a rien en commun et seule l’attirance de la jeune fille pour tout ce qui est bizarre et répugnant va les rapprocher. Plus Kokuyô va la repousser, plus elle va redoubler d’efforts pour se faire apprécier de ce garçon qui ne veut surtout pas sympathiser avec ce qui le traumatise : les sorcières !
Cette série en seulement deux volumes est très agréable à lire. La romance en toile de fond détend l’atmosphère face aux événements dramatiques qui se préparent. Humour, action, romance, intrigue, tout est bien dosé pour captiver l’attention du lecteur. L’édition est soignée, même si les pages couleur ne se trouvent pas au début comme cela est habituellement pratiqué. En contrepartie, en fin de volume, sont encartés les illustrations et deux mini posters reprenant les couvertures sur fond blanc. Couvertures des volumes 1 et 2 qui peuvent être combinés pour former une illustration complète.
Voilà un manga destiné à un jeune public amateur d’histoires fantastiques. La mort, les êtres malveillants et autres créatures imaginaires sont tous là, sans jamais tomber sur une violence graphique gratuite et outrancière. La candeur et la ténacité de la principale protagoniste ne peuvent que nous faire tomber sous son charme. Ce premier tome, un gros volume de 280 pages proposé à un prix très modeste, est à savourer paisiblement en cette période d’Halloween (ou après).
Gwenaël JACQUET
« Sorcière et ténèbres » T1 par Hiroko Nagakura
Éditions Komikku (8,95 €) – ISBN : 9782372870542














